Sénat, 10 février 1912. M. Poincaré
De même, il ne sera plus question ni d'un chiffre fixe de participation de l'industrie allemande dans les affaires, ni d'une zone d'intérêts privilégiée, ni d'une intervention dans l'exploitation et le recrutement du personnel. L'Allemagne sera sur le même pied que les autres puissances. L'hypothèque, que l'accord de 1909 avait constituée en sa faveur, cesse d'exister. La France reconquiert sa pleine liberté d'action.
En résumé, la France n'a pas réussi à s'affranchir, par le traité de 1911, de toutes les servitudes économiques que l'acte d'Algésiras avait fait peser sur le Maroc et cela constitue évidemment une restriction de ses droits, regrettable en principe. En pratique, l'égalité douanière était inévitable, en raison de l'intervention des tierces puissances et la France pourra vraisemblablement s'en accommoder. De même, les commissions internationales qui subsistent et les engagements pris en ce qui touche les taxes sur les minerais de fer, ne diminueront pas les droits nécessaires de l'État. L'adjudication, au contraire, obligatoire pour tous les marchés de travaux et de fournitures, sera certainement une gêne. C'est en revanche un gros succès d'avoir rendu à l'État marocain la maîtrise de la concession et de l'exploitation des grandes entreprises d'intérêt général, c'est-à-dire la direction et le contrôle. C'en est un également d'avoir aboli l'hypothèque économique que le traité de 1909 avait créé au profit de l'Allemagne dans tout l'Empire chérifien.