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de monopole de nature à barrer la route aux autres intéressés, fussent-ils allemands. Quelque temps après, enfin, le ministre des Affaires étrangères lui-même expliqua à MM. Mannesmann que la question de savoir s'il était possible — et comment — d'acquérir des droits miniers avant la promulgation de la loi minière, était très douteuse et que, par suite, ils n'avaient à compter que sous réserve, pendant cette période, sur l'appui du gouvernement.
L'origine même des droits invoqués était, de l'avis du gouvernement allemand, tout à fait problématique. MM. Mannesmann s'appuyaient sur une prétendue loi minière du 7 octobre 1908 édictée par Moulay-Hafid, mais le gouvernement impérial répliquait que, d'une part, le nouveau sultan était lié comme son prédécesseur par l'acte d'Algésiras accepté par lui; que, d'autre part, le corps diplomatique, contrairement à la décision du 20 avril 1908, n'avait pas participé à l'élaboration de cette loi ; qu'enfin cette loi, demeurée secrète, communiquée seulement à MM. Mannesmann, avait la forme non d'un texte législatif, mais d'un contrat d'association. Le sultan, d'ailleurs, se croyait si peu lié pai elle qu'il avait chargé ultérieurement l'ingénieur français, chef du service des travaux publics, d'élaborer la loi minière prévue par l'acte d'Algésiras.
Les titres invoqués par MM. Mannesmann étaient donc des plus contestables. Néanmoins, deux ans durant, les exigences de ces messieurs dominèrent la politique allemande et jamais le gouvernement n'osa prendre parti contre eux. Quand, en 1910, il fut question d'ouvrir de nouveaux pourparlers avec l'Union des Mines, le groupe Mannesmann répondit simplement qu'avant
de négocier, il préférait attendre les débats de la commission du budget du Reichstag et du Reichstag luimême. Il était impossible de marquer plus clairement qu'il comptait, par une manifestation de l'opinion, forcer la main au gouvernement. Le 10 mars 1910, l'affaire vint en commission. M. de Schoen fit ressortir que c'était une erreur de la considérer comme un différend entre Français et Allemands seuls, car l'Espagne, l'Angleterre, voire le Portugal et la Hollande, étaient intéressés dans la question. Il ajouta que, si l'Allemagne soutenait les Mannesmann contre la foi des traités, elle serait en butte aux reproches de tous les États avec lesquels elle avait contracté et obtiendrait seulement de porter la cause devant un tribunal d'arbitrage avec une autorité amoindrie. Le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, M. Stemrich, montra le danger de résolutions parlementaires portant sur des questions internationales, ces résolutions pouvant se heurter à des résolutions contraires dans d'autres parlements. Il conclut enfin qu'il serait toujours prêt à soutenir le bon droit allemand, mais dans la limite des accords internationaux. L'opinion n'en demeurait pas moins nerveuse et foncièrement rebelle à l'avis du gouvernement. Le 16 mars, la discussion reprit au Reichstag. Le chancelier déclara que le gouvernement allemand ne pouvait pas reconnaître la validité de la prétendue loi minière de Moulay-Hafid ; qu'il observerait ses engagements internationaux et qu'il s'efforcerait de retenir des prétentions des frères Mannesmann ce qui était compatible avec les conventions. M. de Bethmann Hollweg ajouta que sa politique n'était pas une politique d'abandon des intérêts allemands, mais une politique de conci-
Jiation. Trois jours plus tard, partant pour l'Italie, il dit à M. Jules Cambon qu'il tiendrait la parole donnée par lui au Reichstag de défendre les intérêts allemands dans la mesure compatible avec les arrangements internationaux. Il exprima le vœu très vif que l'Union des Mines cherchât et trouvât un terrain de conciliation avec MM. Mannesmann. Il pria l'ambassadeur de dire à M. Pichon combien, personnellement, il souhaitait que cette affaire s'arrangeât par une entente entre les intéressés. Mais d'agir sur les Mannesmann, le chancelier ne souffla mot. C'est à l'Union des Mines, et à«elle seule, qu'il demandait d'être conciliante. Il était désarmé devant les rois de l'opinion. Du beau rêve de 1909, du frein à opposer à une « concurrence stérile et nuisible », nulle trace ne restait dans ses propos désenchantés.
La non-promulgation du règlement minier prévu par l'acte d'Algésiras concourait d'autre part à interdire à l'Union des Mines tout acte d'exécution. Ce règlement avait été annoncé par l'article 112 du protocole de 1906. Il appartenait au makhzen de l'établir et de le promulguer. Mais dès le début, des rivalités internationales se dessinèrent. La légation d'Espagne redoutait de voir ce travail se faire sous l'influence de la France. La légation de France savait que le makhzen était saisi de projets allemands. Tous les autres représentants étrangers étaient naturellement enclins à développer le rôle du corps diplomatique. Il fut donc demandé au makhzen et admis par lui que la future législation serait préparée par l'ingénieur de la caisse spéciale et soumise officiellement au corps diplomatique en même temps qu'au gouvernement chérifien : le corps diplomatique pourrait s'assurer ainsi que le texte préparé s'inspirait bien des législations
étrangères. A la suite de l'accord franco-allemand du 8 février 1909, le gouvernement allemand fit remettre au ministère français des Affaires étrangères une note, en date du 6 juin, où il exprimait le désir de s'entendre avec nous sur les principes et les dispositions essentielles du règlement à établir. La France proposa donc, au mois de juillet, la réunion à Paris d'une conférence technique à l'examen de laquelle serait présenté le projet étudié par l'ingénieur de la caisse spéciale. Cette proposition fut admise et quatre spécialistes français, anglais, allemand et espagnol se réunirent à Paris, au mois de novembre 1909. Cette commission établit à titre officieux un projet soumis à la ratification des gouvernements. Mais l'Allemagne ayant élevé des objections, — toujours sous l'influence du groupe Mannesmann, qui demandait la création d'une juridiction arbitrale étrangère, — il fut nécessaire de réunir une seconde fois la commission en mai 1910. Après une discussion assez vive, elle adopta un projet en date du 9 juin. Ce projet a, depuis lors, été arrêté par des objections de détail du gouvernement néerlandais.
On ne saurait contester qu'en toute cette affaire, le gouvernement français n'eût témoigné, aussi bien que nos nationaux, d'un large esprit de conciliation et du désir sincère de libérer le gouvernement allemand d'une difficulté intérieure. Constamment il avait fait appel à la bonne volonté de l'Union des Mines et toujours cet appel avait été entendu. Si aucune transaction, au début de 1911, n'était encore intervenue, aucune responsabilité française n'était engagée dans cet échec. La faute en était au groupe Mannesmann d'abord, au gouvernement impérial ensuite, qui n'avait pas su, en
cette occasion, exercer sur ses propres sujets l'autorité dont il réclamait l'emploi dans son aide-mémoire du 2 juin 1909, qui s'était révélé incapable — incapable jusqu'à l'anéantissement — de discipliner le marché allemand *. Le gouvernement de la République française aurait-il, sur d'autres terrains, plus de décision ? Réussirait-il là où celui de l'Empire venait de si complètement échouer ?