Voir ci-dessous, pago
publics. Mais «les circonstances n'avaient pas permis de donner suite à cette idée ».
Et le ministère des Affaires étrangères concluait, ajoutant à ces motifs particuliers des raisons plus générales :
Les Allemands ont souffert au même titre que les Français des médiocres conditions politiques et financières du Maroc qui ont suspendu jusqu'ici le développement économique du pays. Il n'a pas dépendu de nous que l'ère des travaux productifs s'ouvrît plus tôt.... La Société Marocaine n'a rien fait encore, ni ports, ni chemins de fer, ni phares.... Si la Société Marocaine n'a pas abouti, c'est qu'elle visait de grandes affaires.... Le dossier montre comment l'Allemagne entendit présider officiellement à la création de la Société et amena les intéressés allemands à revenir sur des engagements écrits et signés pour exiger de nouveaux avantages. On ne laissait donc pas leur entière liberté aux commerçants et industriels qui discutaient les bases de leur association. C'est là une conception bien particulière et bien dangereuse des affaires économiques. Il est ainsi apparu combien il était difficile de mêler la politique aux entreprises économiques sans compromettre ces entreprises mêmes.
Que vaut cette explication — et d'abord la plus générale — à savoir que, si la Société Marocaine de Travaux publics a échoué, c'est qu'elle visait de grandes affaires? Quand les deux gouvernements décidèrent de provoquer et de patronner la constitution de cette société, ils avaient sous la main, pour procéder à des travaux publics au Maroc, les fonds de la Caisse spéciale créée par l'acte d'Algésiras. Mais la surtaxe ad valorem de 2,50 %, qui seule alimentait cette caisse, ne donnait que des ressources minimes et ne permettait par suite que de petits travaux comportant, suivant la juste expression du ministère des Affaires étrangères, « de nombreux marchés mais chacun peu considérable ». Les grands travaux, les seuls qui pussent être à la fois féconds pour le Maroc et
fructueux pour l'association franco-allemande, ne pouvaient dans cette caisse trouver leur aliment. Il fallait donc autre chose. Et c'est pour cela que fut envisagée la Société Marocaine, riche et puissante, capable de concevoir un plan d'ensemble et de l'exécuter. Dans ces conditions, comment admettre l'interprétation officielle de son échec? Constituée pour faire de « grandes affaires » comment s'étonner qu'elle en eût « visé » de telles? Et dès lors que le gouvernement français devait en 1«912 estimer qu'en les « visant », elle s'était condamnée à l'insuccès, comment l'avait-il laissée se constituer, comment l'avait-il poussée à se constituer? L'aide-mémoire allemand du 2 juin 1909 était parfaitement explicite à l'égard de ces groupements puissants, composés d'entrepreneurs expérimentés et la réponse française du 14 octobre suivant n'avait pas contesté que, la caisse spéciale étant insuffisante, il faudrait recourir à de tels groupements. Mieux eût valu ne pas leur permettre de se former que de leur reprocher, une fois formés, de s'être proposé le but en vue duquel ils s'étaient précisément formés. Que penser d'autre part du grief fait à la Société Marocaine de Travaux publics d'avoir sollicité des concessions portant à la fois sur la construction et sur l'exploitation? Quand on travaille dans un pays neuf, il n'y a pas trois moyens d'y exécuter des travaux publics ; il y en a deux. Si le pays a de l'argent, on peut travailler à son compte ; s'il n'en a pas, on doit lui avancer l'argent nécessaire à la construction et se récupérer sur l'exploitation. Or, au Maroc, les ressources financières étaient inexistantes. L'emprunt de 1910 1 ne s'était pas préoc-