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cembre, interdiction à nos instructeurs d'accompagner les mahallas. Le 16 décembre, bien que les ambassadeurs marocains cèdent sur la Chaouïa, Casablanca et la région frontière, c'est-à-dire qu'ils acceptent avec quelques réserves verbales les clauses, si lourdes pour nous, admises par le gouvernement français, M. Pichon détaille ses exigences au sujet de l'emprunt et réclame de nouveau « les satisfactions exigées pour les dommages causés à nos ressortissants ». Le 26, nouvelle note des ambassadeurs qui, dit le ministre, « établit l'entente sur les questions essentielles ». Cette entente est précisée le 14 janvier par un arrangement signé de M. Pichon et des ambassadeurs. Toutefois, ceux-ci ont réservé l'approbation du sultan. Et cependant, au Maroc, les mauvais procédés, cette fois à l'égard de notre mission militaire, continuent. En outre, le 10 février, M. Pichon constate qu'il ne sait rien des intentions de Moulay- Hafîd touchant la ratification de l'accord du 14 janvier :
Il importe donc que nous envisagions sans retard les mesures que nous poumons être conduits à prendre pour amener le makhzen à ratifier nos arrangements et pour nous garantir contre les desseins hostiles qu'il pourrait nourrir à notre égard.
Le 14 février, il télégraphie à M. Regnault : « N'êtesvous pas d'avis qu'il y aurait lieu, dès maintenant, de fixer à Moulay-Hafid un délai pour la ratification des accords? Quel serait, dans ce cas, le délai que vous proposeriez. » M. Regnault répond le 16 :
Je propose d'envoyer le 18 au sultan une sommation par écrit d'avoir à ratifier les accords dans un délai de quarante-huit heures.
Le 17, pas de nouvelle de la ratification : M. Pichon lance alors l'ultimatum et en informe les puissances
en ajoutant « qu'il ne reculera pas, s'il le faut, devant l'emploi des moyens coercitifs ». Cependant, le 18, il tronque la note que M. Regnault se proposait de remettre au sultan et qui devient un simple mémento. Ainsi, même dans la crise, nous allégeons nos demandes et nous ménageons l'adversaire. Celui-ci essaie de se dérober. Le 21 février, Mokri vient dire qu'il est autorisé à ratifier. Mais il est trop tard. L'ultimatum est parti. Le 22 février, M. Gaillard le remet aux vizirs. Le 23, palabre avec le sultan. Le 24, réponse équivoque. M. Gaillard menace de quitter Fez. Le 26, veille du jour fixé pour son départ, il annonce que « le makhzen nous donne satisfaction sur tous les points ».
Le 4 mars 1910, l'accord était signé à Paris. C'était, après quinze mois de conflits, le premier acte de la collaboration franco-marocaine. De cet acte que résultait-il qui précisât la situation nouvelle que l'accord de 1909, au moins dans l'esprit public, avait eu pour objet et pour effet de nous assurer au Maroc? La France, sous diverses conditions, s'engageait à évacuer la Chaouïa, où elle ne possédait pas de titres à rester ; la zone nord de la frontière algérienne, d'où il n'était pas établi qu'elle dût sortir ; la zone sud de cette frontière, où il était certain qu'elle avait, en vertu des accords de 1902, le droit de demeurer. La France, d'autre part, consentait au sultan un emprunt qui devait permettre de liquider le passé, maïs non d'organiser l'avenir. Elle obtenait enfin que le chef de la mission militaire devînt le chef de tous les instructeurs; qu'un ingénieur français fût placé à la tête de l'administration chérifienne des travaux publics ot que les attributions de notre service de contrôle des douanes fussent élargies. Mais pour traduire en actes ces
promesses, elle avait en face d'elle un sultan qui, d'un caractère rebelle et plein de surprises, ne trouvait pas dans cet accord la preuve de notre puissance, soit pour lui nuire soit pour l'aider. Notre effort s'était usé à lui arracher une signature. Il n'avait réussi ni à lui imposer des actes ni à lui fournir des armes. La France était pour lui un banquier commode plutôt qu'un associé indispensable et redoutable. En un mot, à la lumière de l'accord du 4 mars 1910, le fait nouveau du 8 février 1909 apparaissait sans sanction. Comme l'avait dit le 23 novembre, M. Pichon, notre politique au Maroc restait, après cet accord, ce qu'elle était auparavant. De cette identité excessive, la preuve est facile à fournir, quelques terrains que l'on envisage, ceux où les traités et les circonstances nous permettaient d'agir directement, ou ceux encore sur lesquels notre action pouvait s'exercer par l'intermédiaire du makhzen.
Deux régions du Maroc, l'une pour des raisons de fait, l'autre pour des raisons de droit, se prêtaient à l'action directe du gouvernement français. La première était la Chaouïa, la seconde, la zone limitrophe de la frontière algérienne.
On a vu à quelles conditions l'accord du 4 mars 1910 avait subordonné l'évacuation de la Chaouïa et de Casablanca. Le retrait de nos troupes ne pouvait être envi-
sage, tant que l'ordre ne serait pas assuré par les autorités indigènes. Après avoir établi dans cette province un état de paix et de prospérité jusqu'alors inconnu, nous avions indiscutablement le droit d'exiger des garanties effectives contre le réveil d'anarchie qui eût suivi le départ immédiat du corps d'occupation. Nous avions obtenu du makhzen la promesse qu'il organiserait une force chérifienne constituée et instruite sous la direction de nos officiers, dans des conditions analogues à celles de la police des ports. Cette force serait soldée par les recettes de la province et au besoin sur les ressources générales du trésor chérifien. En attendant qu'elle fût capable de remplir sa mission, c'est-à-dire d'assurer la sécurité des personnes comme celle des transactions commerciales, nous laisserions dans l'intérieur nos postes et les troupes auxiliaires marocaines que nous avions formées. En ce qui concerne Casablanca, nous n'avions jamais cessé de considérer cette ville comme territoire marocain et nous n'avions pas l'intention d'y exercer une occupation définitive. Nous en retirerions nos troupes, lorsque nous aurions pu juger que l'organisation prévue pour la Chaouïa était en état d'y maintenir l'ordre d'une manière efficace et lorsque toutes satisfactions nous auraient été données par le makhzen pour le remboursement de nos dépenses militaires. Tant que ces garanties ne nous étaient pas acquises, nous demeurions à Casablanca et dans la Chaouïa, maîtres de notre action, a fortiori, de nos moyens d'action et, seuls, nous étions juges des nécessités militaires que cette action nous imposait. L'Allemagne, en signant l'accord du 8 février 1909 sans poser la question, nous avait, à cet égard, laissé toute liberté.
Or de l'examen des mesures prises dans la Chaouïa de 1909 à 1911, il ressort que de cette liberté de droit et de fait le gouvernement français n'a pas voulu profiter. La diminution des effectifs a été son but unique. Diminution trop rapide et qui obligeait les chefs à jouer constamment la difficulté, diminution consentie moins à des pressions extérieures, qui ne se sont jamais produites, qu'à des commodités parlementaires l. A la fin de 1$10, le général Moinier ne disposait en tout que de 6000 hommes (au lieu de 15.000 au début). Défalquez de ce chiffre les garnisons des postes de Casablanca, Ber- Rechid, Settat, Ben-Ahmed, etc., les indisponibles, malades ou autres ; tenez compte de la nécessité de laisser une force importante dans le voisinage de l'Oum- Rbia, en raison de la harka d'août 1910. Ajoutez que le corps d'occupation n'avait que deux pièces de montagne ; retenez qu'il se voyait appliquer des règlements d'un rigorisme absurde ; que les officiers étaient rappelés automatiquement en France après trois ans, quelle que fût leur compétence, privant inopinément le général en chef de ses meilleurs collaborateurs ; que la relève s'opérait au plus juste, sans laisser à ceux qui partaient le temps de former ceux qui arrivaient, vous concevrez les difficultés inutiles auxquelles on exposait nos troupes.
La conséquence? C'est que, les hommes manquant, les opérations de police mobile qui sont, au Maroc, la condition de la sécurité devenaient fort malaisées ; que l'immobilité, qui crée l'agression, s'imposait de plus en
1 . Notamment aux interventions répétées de M. Jaurès protestant contre notre « mauvaise foi » et contre le maintien de nos troupes au Maroc.
plus ; que les mesures de surveillance rayonnante ne pouvaient être prises que par de « petits paquets » contrairement à l'axiome lumineux de Gallieni et de Lyautey : « Seules, les grosses reconnaissances évitent les engagements. Mille hommes passent sans coup férir là où cent se font arrêter. » De là des surprises douloureuses, tel l'assassinat par les Zaer du lieutenant Marchand et de ses hommes. Pourquoi, d'ailleurs, parler de surprises ? « En réalité, tout en entretenant des relations avec nos postes du camp Boulhaut et du camp du Boucheron, les Zaer étaient en état d'hostilité à notre égard... »* C'est l'insuffisance des effectifs, avec, pour suite inévitable, l'immobilité totale ou une insuffisante mobilité qui avait préparé cette attaque et rendu possible cet échec. Les consignes de prudence envoyées presque chaque jour au commandant en chef aggravaient encore notre impuissance 2.
Malgré ces fautes, nos officiers et nos soldats avaient transformé la Ghaouïa et l'on ne saurait trop rendre hommage à leur magnifique effort. Perception régulière des impôts coraniques et des droits de douane, répartition équitable de ces taxes, travaux de propreté et d'hygiène, réfection des anciennes pistes, construction de ponts et de tramways, création d'un réseau télé-