‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 6 sur 216 · Voir ci-dessous, page · texte numérisé non relu

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aux exigences de la situation. Elle impliquait en effet une insoluble contradiction. Car, en admettant notre \ intérêt spécial au maintien de la paix marocaine, elle nous désarmait cependant pour la défense de cet intérêt. Elle aboutissait au paradoxe de démunir, pour la défense de l'ordre, la puissance qu'elle avouait la plus intéressée à le sauvegarder. Elle nous imposait à la fois le devoir d'agir et l'impossibilité d'agir. Elle nous plaçait dans l'alternative, ou de sacrifier notre intérêt spécial pour rester sur le terrain international ou de le servir en sortant de ce terrain. Elle nous astreignait à chercher d'irréalisables conciliations entre l'action particulière, conséquence logique de nos intérêts particuliers, et l'action collective, conséquence juridique de nos engagements collectifs. C'est ainsi que, dès 1906, l'anarchie marocaine obligeait la France à prendre des initiatives manifestement extérieures au mandat qu'elle tenait de l'acte d'Algésiras: démonstration navale de Tanger (décembre 1906), occupation d'Oudjda (avril 1907), occupation de Casablanca (juillet 1907), occupation de la Chaouïa (1907-1908). Pourquoi ? Parce que les droits assurés à la France par le régime international, dont l'Allemagne demeurait la gardienne jalouse, n'étaient pas à la hauteur des devoirs qui résultaient pour nous de la force des événements et que, pour remplir les seconds, nous ne pouvions nous contenter des premiers. La conclusion? C'était d'assouplir le régime international, de l'assouplir en le libérant de la seule opposition qui en fît contre la France une arme politique. Tel était l'objet initial de l'accord de 1909 l.

1. Dès 1907, une négociation en ce sens avait été engagée à Tanger.

Cet objet était légitime. Car l'appui de l'Allemagne, ouvert ou détourné, avait été toujours pour le makhzen, que ce fût sous Abd-el-Aziz ou sous Moulay-Hafid, la plus forte raison de tenir en échec la politique française. Soit en 1905, soit depuis, cet appui avait été la carte maîtresse des sultans contre nous. C'était donc un succès notable, au lendemain de l'avènement d'un souverain qui, comme prétendant, avait servi l'Allemagne contre la France, de faire tomber cette carte de ses mains. Sans doute, l'acte d'Algésiras était maintenu et l'accord du 8 février ne se présentait dans son préambule que comme destiné à en faciliter l'application. Mais cette facilité même avait son prix. Grâce à elle, nous pouvions espérer que les questions politiques, militaires, administratives, financières, demeurées insolubles par suite de l'interprétation étroite de l'acte de 1906, seraient plus aisées à traiter, dèfs lors que nous serions assurés du concours de l'Allemagne. A l'égard soit de la police des ports, soit de la réorganisation militaire, soit de la réforme financière, la bonne volonté de l'Allemagne introduisait dans le problème un élément nouveau. Disons mieux, elle en transformait les données, puisqu'elle supprimait, à défaut des difficultés juridiques nées de l'acte d'Algésiras, les difficultés pratiques nées de l'opposition de la puissance qui avait exigé contre la France la promulgation de cette charte internationale. M. Pichon, dans un esprit réaliste, avait marché sur l'obstacle allemand et avait obtenu du gouvernement impérial un commentaire de l'acte de 1906, qui en modifiait le caractère. Non seulement, en effet, l'Allemagne reconnaissait une fois de plus l'intérêt spécial de la France dans l'empire chérifien, mais elle admettait ex-

plicitement qu'un lien étroit existait entre cet intérêt et la consolidation de l'ordre et dans la lettre annexe son « désintéressement politique » était mentionné. Le progrès n'était pas niable, si, pour le mesurer, on le confrontait à l'histoire de la veille. Quelle était sa valeur en fonction du lendemain?

De ce point de vue, l'accord de 1909 comportait un indiscutable abandon de certains des principes qui avaient, jusque là, dirigé notre politique marocaine et, d'abord, de notre collaboration avec l'Espagne. Depuis la signature de l'accord franco-espagnol du 3 octobre 1904, chaque phase de notre action marocaine avait été concertée entre Paris et Madrid. En 1905, à la veille d'Algésiras, le traité de l'année précédente avait été complété en vue de cette conférence 1. A la conférence même, les deux gouvernements s'étaient maintenus étroitement solidaires 2. En décembre 1906, ils avaient préparé d'accord la démonstration navale de Tanger. En 1907, la France avait demandé et obtenu que l'Espagne s'associât au débarquement de Casablanca. En 1908, les deux puissances avaient ensemble proposé à l'Europe les conditions qu'elles jugeaient nécessaires à la reconnaissance de Moulay-Hafid. En février 1909, pour la première fois, l'Espagne était laissée de côté et ce, malgré son vif désir de ne pas subir cette exclusion. Le 5 février, l'ambassadeur d'Espagne avait été informé, l'entente franco-allemande étant déjà assurée, de ce qui se préparait. Mais M. Pichon, en lui notifiant cette entente, ne lui avait point dit que l'Espagne y dût être

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