Livre Jaune n° 5, page
dant de poursuivre ce succès conformément au programme initial. Le marché de Debdou fut laissé de côté et c'est seulement en avril 1911 qu'on s'est décidé à l'ouvrir. De même, la seconde compagnie de police, dont le Haut-Commissaire recommandait la constitution rapide, n'existait pas encore en janvier 1912.
Au point de vue économique, le manque de décision est plus visible encore. Nos officiers et nos soldats, comme dans la Chaouïa, ont fait tout ce qui dépendait d'eux. On doit à leur labeur soutenu les 90 kilomètres de ta route circulaire du massif des Beni-Snassen, desservant Martimprey, Berkane, Taforalt Ain-Sfa, traversant la montagne avec une perfection de tracé et un fini d'exécution qui rappellent les plus belles routes de France, travail mené à bien en trois ans, sans crédits, sans indemnités, malgré la fièvre et le climat ; les 70 kilomètres de la route d'Oudjda à Berguent, moins achevée mais praticable aussi à l'automobile ; les pistes d'El-Aioun-Sidi- Mellouk, de Taourirt et de Mou-El-Bacha; les installations de lignes et de bureaux téléphoniques, des aménagements d'eau, des pépinières, des marchés, les écoles construites et entretenues à Martimprey et à Berkane sans aucun concours du budget d'Oudjda, les infirmeries créées en ces mêmes points, en un mot, tout ce qui a été fait en dehors d'Oudjda. On leur doit aussi la mise en vigueur d'un admirable système de gouvernement indirect, programme complet de protectorat. Par contre, rien n'a été entrepris de ce qu'eût dû provoquer l'initiative gouvernementale. Le chemin de fer sud-oranais, mené en 1906 à Colomb-Béchar, n'a pas depuis lors dépassé ce point, malgré les demandes pressantes et motivées du Haut-Commissaire. A la fin de 1910, le
chemin de fer de Marnia à Oudjda n'était même pas commencé. Et de même pour tout le reste. Gomment expliquer une abstention qu'aucune objection d'ordre international ne pouvait motiver, sinon par une inertie insoucieuse des réalisations et, par-dessus tout, craintive des objections parlementaires1?
Ainsi, à la fin de 1910, pas plus dans la Chaouïa que dans la région frontière, la France n'avait obtenu l'ensemble des résultats qui, conformes à son intérêt direct, eussent, du même coup, servi indirectement sa politique en montrant au sultan ce dont elle était capable. Sans méconnaître la valeur des difficultés locales, on est obligé de conclure que, plus que ces difficultés, le défaut de vues d'ensemble, le manque de volonté, la terreur des socialistes furent la cause d'une inaction d'autant plus tentante que les mauvaises conséquences n'en devaient apparaître que dans la suite. Le Gouvernement avait défendu contre les attaques des démagogues les personnes du général Moinier et du général Lyautey. Sa force morale n'était pas allée jusqu'à faire prévaloir contre M. Jaurès les propositions de l'un et de l'autre : Quieta non movere.
1, En janvier 1909, M. Jaurès, portant à la tribune des extraits tronqués et falsifiés du rapport Lyautey, avait dénoncé le Haut-Commissaire comme un « factieux ».