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revendiquait à leur égard. Le 23 octobre, Mokri discutait sur les gages et refusait la plupart d'entre eux aussi bien que l'extension du contrôle des douanes. Le 16 décembre, il remettait une nouvelle note dans le même sens. Le 21, le gouvernement français réfutait cette note. Le 26 décembre, les Marocains acceptaient notre point de vue. Le 14 janvier 1910, l'accord était signé ad référendum, le 4 mars définitivement. Enfin, le 13 mai, le contrat, comme il a été dit plus haut, était à son tour établi.
Ce contrat consistait essentiellement à employer les ressources disponibles du makhzen pour gager une opération destinée en première ligne, sous des conditions de contrôle déterminées, à payer les dettes du gouvernement marocain à l'égard des particuliers ; ensuite à assurer le remboursement de l'indemnité de guerre française par une annuité calculée au taux du crédit français. Les gages comprenaient le solde disponible des douanes, les droits de portes et marchés (mostafadet) dans les ports ouverts, la redevance de la ferme du tabac et du kif dont le monopole devait être prochainement adjugé, la portion de la taxe urbaine dans les ports revenant au makhzen, enfin les biens domaniaux. L'ensemble de ces revenus devait être contrôlé par l'administration du contrôle des douanes. La France ne toucherait que par annuités son indemnité de guerre. L'opération ainsi définie témoignait indiscutablement de notre bonne volonté : bonne volonté d'abord à l'égard du makhzen, à qui nous donnions toutes facilités pour le paiement de l'indemnité en consentant à venir en dernière ligne après ses autres créanciers ; bonne volonté aussi à l'égard de l'Allemagne, qui, grâce à
l'emprunt, était en mesure d'assurer à ses nationaux des avantages appréciables : l'indemnisation des Allemands lésés à Casablanca (1.297.000 francs); le remboursement de la vieille créance Mendelsohn de 1905 et de la créance Renschhausen ; enfin 6.250.000 francs de travaux pour le port de Larache. L'Allemagne n'avait pas paru d'ailleurs aussi sensible qu'on eût pu l'espérer à ces bons procédés et quand il s'agit de préciser, conformément à l'accord du 4 mars 1910, les pouvoirs de contrôle dont l'administration française des douanes avait besoin, elle fit de nombreuses objections, auxquelles d'ailleurs le gouvernement français passa outre, sans qu'il en résultât de difficultés sérieuses.
Politiquement, l'emprunt était pour la France sans grande valeur. Aider le makhzen à payer ses dettes, c'était, évidemment, améliorer sa situation présente. Mais cela ne suffisait pas à améliorer sa situation future. En effet, dépourvu de recettes, le makhzen s'endetterait de nouveau et ce, d'autant plus rapidement que l'affectation de ses derniers revenus disponibles au service de l'emprunt 1910 allait encore diminuer ses ressources. Pour les augmenter, deux moyens seulement : le doter d'une force militaire capable d'obliger les tribus au paiement régulier de l'impôt, développer par des travaux publics l'outillage et le rendement du pays. Or, ni à l'une ni à l'autre de ces nécessités, l'emprunt ne pourvoyait. Il ne libérait le passé qu'en grevant l'avenir. Il ne faisait rien pour fortifier cette collaboration de la France et du sultan, qui était, pour notre pays, la stricte condition d'une application fructueuse de l'accord de 1909. Est-il en effet besoin de rappeler que, si cet accord nous permettait beaucoup indirec-
tement et sous le couvert du sultan, il ne nous permettait rien par nos moyens propres hors de la Chaouïa et de la région frontière ? Le problème se ramenait donc à développer l'action du sultan pour limiter la nôtre et d'abord à lui en fournir les moyens financiers. A cette obligation, l'emprunt de 1910 ne répondait pas. Pourquoi? Parce que, faute d'être garanti par la France, il était trop réduit pour être utile et constituait, sans plus, la préface d'un nouvel emprunt.
Effectivement, c'est le 21 août 1910 que le sultan ratifia l'accord financier du 4 mars précédent et, dès le mois de novembre suivant, El-Mokri reprenait le chemin de Paris pour venir négocier un nouvel appel au crédit. Le 3 décembre, le ministre des Affaires étrangères saisissait de la question le ministre des finances et définissait ainsi l'objet de l'opération :
1° Paiement du reliquat des dettes du makhzen non comprises dans la liquidation effectuée sur les fonds du dernier emprunt ; 2° augmentation d'une force militaire suffisante pour assurer le recouvrement de l'impôt ; 3° construction des ports de Tanger et de Casablanca et autres travaux publics de première urgence.
Il y aurait lieu d'ajouter à ces prévisions la somme que nécessiterait le maintien de la police des ports, tout au moins pendant deux ans au delà de l'échéance du 31 décembre 1911.
Une tranche de 15 millions devait servir à liquider le reliquat des dettes du makhzen antérieures au 30 juin 1909, — dettes arbitrées à Tanger par des commissions spéciales. Une seconde tranche de 43 millions serait affectée à des travaux publics. Enfin une combinaison concertée avec la Banque d'État assurerait au sultan une avance de 15 millions, à raison de 5 millions
par an pour l'accomplissement de la réforme militaire. Dans son objet, l'emprunt 1911 répondait donc heureusement aux nécessités qu'avait négligées l'emprunt 1910. Il envisageait l'avenir en même temps que le passé. Il tendait aussi, — bien tardivement, il est vrai ; mais mieux vaut tard que jamais, — à doter le sultan d'un budget militaire, qui permettrait, après deux ans perdus, de travailler efficacement à la consolidation de l'ordre liée à notre intérêt spécial. Pour la première fois, on renonçait à traiter le makhzen comme un père indulgent traite un fils prodigue, en entrouvrant périodiquement la bourse française pour de stériles libéralités. Le but politique de l'opération apparaissait enfin. Malheureusement, pour atteindre ce but nouveau, on n'apportait que de vieux moyens.
Au lieu, en effet, de reconnaître que, le but étant politique, les moyens devaient l'être aus^si ; au lieu de considérer l'emprunt comme une aide donnée à l'État marocain par l'État français ; au lieu de garantir par conséquent cet emprunt pour des raisons internationales qu'il appartenait au gouvernement d'exposer aux Chambres, on faisait quoi? Un emprunt à l'ancienne mode, un emprunt gagé, et non garanti par la France. On trouve, il est vrai, dans les lettres du ministre des Affaires étrangères, l'affirmation que la France donnait à l'emprunt, à défaut de sa garantie matérielle, sa garantie morale. Mais les garanties morales ne se cotent pas en bourse. Des lors qu'il n'y avait point de garantie matérielle, la question se ramenait à savoir si les gages étaient sérieux. Or, dès 1910, on l'a vu, les gages étaient rares. L'emprunt précédent avait absorbé les meilleurs. Ceux qui restaient étaient discutables. On envisageait, par suite,
une combinaison transactionnelle, — l'abandon momentané de la créance reconnue à la France (par l'accord du 21 mars 1910) 1 au titre de l'indemnité de guerre. Le gouvernement français admettait que le Maroc ajournât le remboursement de cette dette et, de ce fait, l'annuité, qui devait l'amortir par échelons, pouvait être affectée à gager l'emprunt. Nous cédions notre rang de créanciers privilégiés. Mais, de ce fait encore, des précautions devaient être prises pour que la somme ainsi rendue libre ne servît qu'à des paiements indiscutables. En un mot, dès lors que faisait défaut la garantie de l'État français, l'opération se présentait techniquement dans les conditions les plus délicates, « très scabreuses », a dit dans son rapport M. Pierre Baudin.
La commission interministérielle chargée de l'examiner ne put étudier la question que sur la base où elle lui était présentée. S'il se fût agi d'un emprunt garanti, pour des raisons politiques, par l'État français, l'examen eût été fort aisé et la solution très rapide. Mais ce n'était point le cas. Il s'agissait, comme la fois précédente, d'un emprunt gagé. Il était donc indispensable de vérifier de près la réalité des gages affectés à l'emprunt comme aussi celle des créances que l'on avait à rembourser. Le ministère des Finances éleva des objections sur l'un et l'autre point. Il dut rechercher également si le chiffre de l'emprunt était incompressible. Or un certain flottement apparaissait. A propos des travaux publics, les évaluations avaient varié, d'une réunion à l'autre de la commission, de 7 millions. On essaya de s'accorder sur des bases rectifiées. Le chiffre total fut