‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 54 sur 216 · Livre jaune n° 5, page · texte numérisé non relu

Livre jaune n° 5, page

réduit de 70 millions à 63. Il fut entendu en outre, le 3 février, dans une séance tenue au quai d'Orsay, en présence des ministres des Affaires étrangères et des Finances, que la liquidation des dettes du makhzen n'entrerait pas dans la combinaison rendue possible par l'abandon de notre créance et serait assurée par un autre procédé. Exigence excessive peut-être, si l'on se souvient que des magistrats français avaient participé à l'examen de ces dettes, si l'on retient surtout l'urgente obligation qu'avait la France, dans son propre intérêt, de venir en aide au makhzen : exigence compréhensible pourtant, si l'on note que, malgré le caractère politique de l'emprunt, la France ne le garantissait pas et que, par suite, la commission interministérielle ne pouvait l'examiner que comme une opération financière ordinaire, avec l'unique souci d'éviter à l'État français le risque d'autoriser un appel au crédit sans être absolument sûr de garantir aux prêteurs des gages certains et le paiement régulier du coupon.

Le texte même des propositions remises au ministère des Finances par le ministère des Affaires étrangères atténuait, plutôt qu'il ne la soulignait, la nécessité politique de l'emprunt. Nulle part il n'y était fait mention de l'intérêt direct qu'avait la France, si elle ne voulait pas que l'accord de 1909 fût frappé de stérilité, à organiser sans retard une force chérifienne capable d'établir l'ordre. L'organisation de l'armée chérifienne était considérée, du point de vue strictement marocain, comme « un moyen d'assurer le recouvrement de l'impôt ». Bien plus, la nécessité impérieuse pour la France, dans son intérêt propre, afin de s'épargner une expédition ultérieure, de créer cette armée que, depuis 1909, elle

avait si fâcheusement négligée 1, disparaissait devant le souci terre à terre de continuer simplement cette politique d'avances au makhzen qui ne pouvait donner de résultat. C'est ainsi qu'à la séance du 22 février 1911 il fut décidé qu'on prélèverait pour les besoins intérieurs du makhzen une somme de 1.500.000 francs sur la première annuité de 5 millions destinée au budget militaire et que, par suite, on différerait de quatre mois et demi la mise en vigueur de ce budget.

Par là s'expliquent la lenteur relative des travaux de la commission et le mécontentement du sultan que M. Pierre Baudin a signalés dans son rapport. A la fin de janvier, Moulay-Hafid déclarait à notre consul « qu'il était étonné de ne pas savoir l'accueil fait par le gouvernement français aux propositions d'entente que El-Mokri était chargé de lui soumettre ». Le 6 février, El-Mokri écrivait au ministre des Affaires étrangères pour rappeler qu'il n'avait encore été admis à participer à aucune discussion sur les propositions qu'il était chargé d'apporter au gouvernement. Il indiquait que ces propositions tendaient à un accord général et intime entre les deux pays, en vue d'inaugurer un régime de réformes au Maroc, le règlement des difficultés financières étant la question la plus urgente. Le 7 février, M. Regnault exposait, dans une note au ministre, son désir que la commission interministérielle poursuivît activement l'étude des questions dont elle était saisie. Le 10 février, M. Pichon communiquait à M. Klotz une note rédigée par M. Regnault sur le projet de nouvel emprunt marocain en discussion. Le 28 février, M. Klotz transmettait

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