Livre jaune, n° 5, page
Conclusion : restreindre le rôle de la mission et, à défaut des garanties jugées nécessaires, lui interdire d'accompagner les mahallas en campagne ; la ramener, en un mot, jusqu'à nouvel ordre, du rôle de commandement à celui d'instruction.
Les propositions de la légation se justifiaient évidemment par des raisons de prudence appréciables et par des préoccupations morales fort respectables. Mais, dans l'ordre politique, elles étaient grosses de périls. Au moment où tous les rapports de notre consul à Fez montraient « très précaire » la position du sultan en face des tribus révoltées ; au moment par conséquent où Moulay-Hafid avait le plus pressant besoin d'être soutenu militairement, n'était-il pas imprudent de lui retirer l'aide précieuse de notre mission, de le priver de son expérience et de sa valeur ? N'était-ce pas une sûre façon de l'éloigner de nous, de perdre le plus efficace de nos moyens d'action, de ruiner nous-mêmes notre crédit? M. Pichon, avec beaucoup de clairvoyance, en jugea ainsi et refusa d'abord de souscrire aux demandes de la légation : sa réponse en date du 21 juin 1909 débutait en ces termes :
Bien que les dangers courus par ce personnel d'élite apparaissent très grands et semblent dépasser les risques professionnels ordinaires, je ne crois pas possible d'opposer en principe et d'une manière absolue, un refus aux demandes du sultan à ce sujet. Une pareille attitude, contraire aux précédents adoptés depuis la reconnaissance du nouveau sultan, serait considérée par lui comme un abandon de sa cause et risquerait de porter la plus grave atteinte à l'heureuse influence prise par le commandant Mangin auprès du makhzen 1.