‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 59 sur 216 · Livre jaune, n° o, page · texte numérisé non relu

Livre jaune, n° o, page

Toutefois, si fortes que fussent ces objections, — on doit même penser qu'elles étaient décisives ■ — le ministre des Affaires étrangères, en présence d'une situation assurément complexe, ne crut pas pouvoir s'y tenir et chercha, suivant l'usage, un moyen terme, qu'il modifia d'ailleurs à diverses reprises. Dès le 21 juin, il invitait le commandant Mangin à statuer d'après les circonstances. Le 17 septembre, il allait plus loin et prescrivait aux instructeurs ((d'éluder les demandes qui leur seraient faites par Moulay-Halid d'accompagner les mahallas ». En conséquence, la légation de Tanger envoyait au chef de la mission l'ordre « d'inviter ses collaborateurs à se renfermer dans leur véritable rôle qui est de dresser à l'européenne les troupes régulières du makhzen ». C'était le refus d'une aide active et à quel moment? A la veille d'une campagne que le capitaine Brémond, chef de la mission par intérim, annonçait comme « très sérieuse ». Dans ces conditions, et bien que le capitaine lui-même fût d'avis de s'abstenir, cette solution devait apparaître au sultan comme une véritable désertion. M. Pichon le craignit sans doute; car une fois de plus, il changea ses ordres. Le 21 juin, le ministre avait dit : « N'empêchez pas d'une manière absolue les instructeurs d'accompagner les mahallas en campagne. » Le 17 septembre, il avait dit : « Cantonnez nos officiers dans leur rôle d'instructeurs et ne les laissez plus partir en campagne. » Le 6 décembre, il télégraphiait : « Laissez-les partir, mais à condition que ce soit avec des troupes instruites par eux. » Le ministre ajoutait :

D'une façon générale, le chef de notre mission aura à apprécier si, dans chaque cas particulier, les garanties fournies par le

makhzen ont une valeur suffisante pour qu'on puisse détacher des instructeurs auprès des mahallas l.

Appréciation malaisée, malaisée en tout temps, plus malaisée encore en pleine crise, alors que le sultan, harcelé de toutes parts, allait au plus pressé, utilisant, telles quelles, les troupes bonnes ou mauvaises qu'il avait sous la main. Appliquées à la lettre, les instructions ministérielles aboutissaient en fait à l'abstention et l'abstention, c'était le sultan soustrait à l'influence française.

Les conséquences de ces instructions ne tardèrent pas à se développer. Ne pouvant plus compter que sous réserves sur les instructeurs français, Moulay-Hafid en chercha d'autres. Le 9 novembre 1909, on apprenait qu'il avait engagé à son service un ancien capitaine et dix sous-officiers turcs2 et certes cet engagement était contraire aux promesses qu'il nous avait faites le 17 février. Mais n'avait-il pas le droit de dire que, de son côté, la France lui avait manqué de parole? Le 10 décembre, le conflit s'accentuait. Le sultan, ayant décidé l'envoi de trois mahallas chez les Hayaïna, avait voulu leur adjoindre les instructeurs français. Dans l'incertitude où il était, le commandant Brémond répondit « n'avoir pas encore reçu les instructions demandées par lui » et, en conséquence, refusa de marcher. Moulay- Hafid fit alors partir les instructeurs turcs. C'était la ruine de notre crédit. M. Regnault le constatait le 6 février 1910. Mais il ne semblait pas soupçonner que les refus opposés par nous aux demandes du sultan étaient peut-

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