‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 61 sur 216 · Livre jaune, n°5, page · texte numérisé non relu

Livre jaune, n°5, page

par lui au sultan en matière militaire avaient contribué à accroître, sinon à provoquer, son hostilité contre nous. Dans les mois qui suivirent, le commandant Mangin et ses collaborateurs utilisèrent habilement toutes les circonstances pour reconquérir la confiance du sultan et regagner le terrain perdu. Profitant de l'échec subi et des désordres provoqués par l'envoi, contre leur avis, d'une mahalla non payée chez les Hayaïna, ils déterminèrent on septembre 1910 Moulay-Hafid à adopter enfin le programme de réorganisation élaboré par eux plus d'un an auparavant. Le commandant Mangin commença par désarmer avec infiniment d'adresse et de résolution la mahalla des Hayaïna, élément permanent de troubles et d'anarchie. Après quoi, il donna lecture d'un décret chérifien, énonçant les conditions nouvelles de recrutement et d'engagement, les peines encourues pour fautes contre la discipline, les récompenses réservées aux soldats méritants et il procéda aux réengagements. C'était là, selon son expression, une « petite révolution militaire » . Le lendemain, le sultan fit appeler les caïds dont les tabors avaient refusé d'accepter les conditions nouvelles et, en présence du commandant Mangin, leur adressa des reproches dont le texte est à citer tout entier :

— Vous n'êtes pas contents, paraît-il, des réformes que, par l'intermédiaire du commandant, je viens de donner à mon armée.

Vous voulez rester dans cet état de bassesse et d'incapacité qui est le vôtre. A part Bou-Aouda, vous propagez tous en ville des sentiments contraires à ceux de makhzen. Je n'admettrai plus qu'on puisse me raconter des choses pareilles.

Je réorganise mon armée parce que, telle qu'elle est, elle n'a donné aucun résultat.

Pour cela, je suis obligé d'avoir recours aux gens expérimentes

et de suivre, pas à pas, leur méthode qui est du reste la seule pratiquée par le monde civilisé, en tête duquel je vous cite la France.

Je me suis assuré que cette méthode ne renferme rien de contraire aux prescriptions coraniques.

La Turquie, nation islamique par excellence, qui l'a adoptée, vous le prouve.

Je vous donne la liberté de quitter mon armée, si vous le voulez, car si vous travaillez de mauvaise volonté, vous n'améliorerez pas le mauvais état dans lequel vous vous trouvez.

Vous êtes allés aux Hayaïna, pourquoi faire ? Pour toucher la solde et vivre en paix. J'ai toujours attendu le fruit de votre travail et vous êtes revenus sans résultats.

Je voulais vous envoyer contre les Zemmour ; mais maintenant j'ai perdu tout espoir en vous, puisque vous n'avez pas pu réduire cette petite tribu des Hayaïna.

Combien de fois vous ai-je adressé l'ordre de prendre l'offensive ? Et toujours la peur vous retenait.

Vous ne travaillez que pour vos intérêts personnels et le makhzen n'est rien pour vous.

Ne croyez-vous pas que je ne sache pas jour par jour ce qui s'est passé chez les Hayaïna ?

Vous aviez 14.000 soldats et vous n'avez pas osé prendre l'offensive.

Vous n'avez pas rempli vos devoirs de soldats et c'est pourquoi je ne vous ai pas envoyé de solde. »

Les caïds reha ont protesté de leur dévouement et demandé l'aman.

Le vizir Si Madani leur a dit alors :

— Saluez votre seigneur et prosternez-vous. Apprenez que rien ne lui échappe. Vous êtes ses soldats ; rien ne doit vous intéresser si ce n'est ce qui le touche. On l'a insulté en votre présence et vous ne l'avez pas défendu. Votre devoir est de tuer quiconque dit du mal de lui. Il n'y a que du bien dans ce qu'il vient de faire pour son armée l. »

En un mot, le sultan s'engageait résolument dans la voie que lui traçait notre mission militaire. L'occasion était unique de fonder notre autorité en réalisant vite

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