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Le commandant Mangin au ministre de la Guerre

et bien l'organisation arrêtée par le commandant Mangin. Pour cela, il fallait de l'argent et, à ce moment même, El-Mokri allait en chercher à Paris. Il fallait aussi des hommes, car le commandant Mangin n'avait avec lui à Fez que quatre officiers et six sous-officiers, c'est-à-dire un nombre d'instructeurs insuffisant pour un effort d'ensemble. On a vu que l'emprunt négocié à Paris dans de fâcheuses conditions ne devait pas réussir à résoudre le problème financier. On va voir que le problème militaire ne fut pas résolu davantage. Est-il besoin de signaler les conséquences certaines de cette impuissance, faiblesse du makhzen, progrès de la rébellion, insécurité croissante, risques enfin imposés à notre mission militaire?

Dès le 13 octobre 1910, le commandant Mangin avait demandé un premier renfort. Il écrivait à cette date à M. Regnault :

J'ai l'honneur de vous rendre compte que le sultan, d'accord avec le grand vizir Si-Madani-el-Glaoui, m'a fait part de sa volonté de mettre dès à présent en application le règlement provisoire d'organisation et d'instruction des troupes chérifiennes que je lui ai soumis l'an passé.

Il m'a informé en outre de son intention de ramener le plus tôt possible à Fez la mahalla de Hayaïna afin que nous puissions la reprendre en main, la discipliner et l'instruire.

J'ai fait ressortir au sultan qu'il m'était matériellement impossible d'entreprendre une tâche aussi lourde avec un personnel aussi peu nombreux que celui dont je dispose à Fez.

J'ai demandé que la portion centrale de la mission fût augmentée de : un médecin militaire, un interprète militaire, quatre sousofïîciers...

Moulay-Hafid a donné son assentiment à cette proposition.

Il m'a chargé de vous demander d'intervenir auprès du gouvernement français pour que ce personnel nouveau fût envoyé le plus tôt possible au Maroc.

Si Taieb-el-Mokri doit écrire au vizir Hadj-Mohamed-el-Mokri pour le mettre au courant de cette décision du sultan et l'inviter à faire effectuer le versement en Banque d'État de la somme de 42.888 francs.

Cette augmentation de personnel est d'autant plus nécessaire que, ainsi que vous le savez, nous sommes forcés de tout faire ici, faute d'auxiliaires marocains instruits.

Il en résulte pour tous des fatigues excessives : c'est ainsi qu'actuellement le sous-officier d'artillerie Guerraz souffre d'une fièvre typhoïde, heureusement légère, qui doit être attribuée à un été particulièrement pénible et au surmenage que nous ne pouvons éviter complètement 1.

En novembre, après le désarmement des tabors et le réengagement de leurs soldats, de nouveaux renforts deviennent nécessaires. Le sultan demande, outre les six instructeurs réclamés le 13 octobre, un officier de cavalerie et sept sous-officiers. Le 9 novembre 1910, le chargé d'affaires de France à Tanger appuie cette demande et en signale le caractère d'urgence.

Il semble qu'au moment où Moulay-Hafid cherche à nous donner des preuves de sa bonne volonté, il y aurait tout intérêt à constituer ainsi à Fez une mission renforcée qui, en introduisant l'ordre et l'instruction militaire dans les mahallas, permettrait au sultan de lever les impôts dans des régions jusqu'ici inaccessibles à ses troupes.

De plus, la création de ces unités donnerait peut-être à Moulay- Hafid une supériorité militaire qui inspirerait de la crainte aux tribus du Maroc septentrional et serait susceptible d'arrêter le travail de désagrégation politique qui se poursuit avec succès dans un rayon toujours plus étendu2.

Ce « travail de désagrégation », c'est lui qui, en se développant, nous obligera en avril 1911 à marcher sur

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