Le commandant Mangin au ministre de la Guerre
pleine de sens et de modestie : elle consiste à rappeler au ministre que, si la mission du point de vue marocain doit remplir un rôle militaire, ce rôle, du point de vue français, est essentiellement politique.
Les résultats obtenus sont, au point de vue français, d'ordre politique, au point de vue marocain d'ordre militaire, c'est-à-dire purement technique.
Au point de vue français, la mission a fait son trou au Maroc ; elle y devient de plus en plus indispensable ; son personnel tend à constituer le cerveau de cette armée. Car si on peut faire des soldats des Marocains en un temps assez court, autre chose est de créer des chefs. Donc, tendance à une collaboration militaire dans laquelle l'élément français serait l'élément directeur.
A la dernière question d'une si parfaite candeur : rôle éventuel de l'armée chérifienne, il répond :
Cette armée est à la disposition du sultan, dont on connaît les tendances autoritaires. Il en fera donc ce que bon lui semblera, si une autorité plus puissante que la sienne n'intervient : cette autorité ne peut être que l'influence prépondérante de la France, assez puissante pour se faire entendre.
D'une manière générale, j'aime à croire que cette armée servira à rétablir dans le Maroc du makhzen le respect de l'autorité chérifienne, la sécurité, la liberté des transactions, et à assurer le paiement de l'impôt et la protection des travaux publics.
Quant à la date de son utilisation pour ce rôle, elle dépendra des ressources financières, du nombre des instructeurs, de l'autorité qui leur sera attribuée par le makhzen et du maintien des troupes dans les camps d'instruction.
Cette démonstration si simple et si lumineuse à la fois, devrait, semble-t-il, forcer la conviction. Il n'en est rien. Et, le 12 février, le ministre de la Guérie se borne à annoncer la désignation de dix instructeurs au lieu de trente qu'on lui demandait. Il poursuit le dépouillement des dossiers et il entend « se rendre un compte exact de la nouvelle
situation de la mission ». Cette fois ]e ministre des Affaires étrangères s'alarme et, pour la première fois, met les points sur les i. 11 faut envoyer dès maintenant le renfort complet, « dans le plus bref délai ». La question est « essentielle ». C'est une question « politique ».
Je vous serais obligé de procéder dès maintenant à la désignation des autres officiers et sous-officiers demandés par le makhzen et de les diriger le plus tôt possible sur Tanger.
L'état des négociations engagées avec l'ambassadeur chérifien El Mokri permet en effet d'escompter l'organisation d'un budget militaire suffisant pour l'exécution du programme que le commandant Mangin a fait accepter par le sultan.
Nous devons favoriser par les moyens dont nous disposons, cette reconstitution de l'armée marocaine.
Aussi, me plaçant au point de vue des intérêts politiques dont mon département a la responsabilité et dont la mission militaire est un élément essentiel, je considère comme très désirable de renforcer, dans le plus bref délai, notre cadre d'instructeurs jusqu'à V effectif admis par le sultan l.
Mais cette insistance vient trop tard : car la Guerre est butée. En outre, elle est froissée : car elle a reçu, par les Affaires étrangères, un projet de réorganisation de l'armée marocaine et elle a l'impression qu'on la dessaisit.
Il résulte des divers documents concernant l'augmentation de notre mission militaire au Maroc, que vous m'avez adressés et de ceux qui m'ont été envoyés par le chef de la mission que le projet de réorganisation de l'armée chérifienne n'est pas soumis à mon département pour étude ou avis préalable, mais au contraire présenté comme un fait acquis, arrêté entre le chef de la mission et votre département
Je m'étonne que le chef de la mission ne m'ait pas préalablement soumis, au point de vue technique, son projet de réorganisation des troupes chérifiennes.