M. Pichon au général Brun
Il vous semblera sans doute, comme à moi, tout à fait préjudiciable aux résultats recherchés, qu'une affaire de cette importance soit présentée comme définitive et en quelque sorte hors de discussion.
Comme le projet dont il s'agit n'a pas été, sans doute improvisé brusquement, le chef de la mission aurait suivi une voie meilleure en me faisant part de son projet avant même de provoquer une décision du sultan l.
Le ministre de la Guerre maintient d'autre part sa prétention de considérer la question comme une question militaire ordinaire. A cet égard, les règles de la hiérarchie s'opposent à ce qu'un chef de bataillon ait des attiibutions aussi larges.
Le projet du chef de la mission a peut-être été dicté par des considérations financières, mais paraît l'avoir été beaucoup moins par des considérations militaires.
En ce qui concerne le côté financier, je me borne à vous signaler qu'un chef de bataillon (le chef de notre mission) ne paraît peutêtre pas qualifié pour employer, gérer, administrer un budget de cinq millions par an.
Quelle que soit sa valeur, on peut admettre comme probable que, sans préparation et sans éludes spéciales, il ne soit pas en état de satisfaire à une pareille tâch .
Suit une critique ironique de l'œuvre accomplie et du programme présenté.
Si des résultats politiques ont été obtenus par la mission, les résultats militaires sont moins évidents.
Le commandant Mangin apprécie, en effet, comme un succès d'avoir procédé récemment au licenciement des mahallas que nos officiers et sous-officiers avaient pour mission d'instruire depuis deux ans.
Je suis loin de méconnaître les difficultés très sérieuses rencontrées par nos instructeurs dans leur tâche, mais le passé conseille de ne pas engager l'avenir sans mûre réflexion.