Le ministre de la Guerre à M. Pichon
Le commandant Mangin a loyalement avoué qu'il ne pouvait fournir certaines précisions. Il a, avec raison, compté qu'il se « débrouillerait ». Le ministère de la Guerre en conclut que son programme est prématuré et qu'il vaudrait mieux constituer d'abord un tabor unique — c'est-à-dire presque rien, — mais qui aurait le mérite d'être « réglementaire ». Au surplus, si le ministre des Affaires étrangères y tient, on fera partir quand même les vingt autres instructeurs, bien qu'on juge leur départ inutile.
A cette lettre du 2 mars, le nouveau ministre des Affaires étrangères, M. Cruppi, répond par deux lettres du 7. Il commence par couvrir très nettement le commandant Mangin.
Le reproche adressé au commandant Mangin de ne pas avoir soumis au ministère de la Guerre, pour étude ou avis préalable, le projet de réorganisation de l'armée chérifienne, préparé sur la demande du sultan et sanctionné par Moulay-Hafid, me paraît sans fondement.
En effet, à la date du 1G janvier 1909, le général Picquart, ministre de la Guerre, faisait connaître à mon département la façon dont il comprenait l'organisation de notre mission militaire au Maroc, qui devait « s'attacher à développer les prérogatives accordées par le makhzen pour arriver ultérieurement à devenir le conseiller militaire du sultan ».
La conduite du commandant Mangin ne saurait donc être incriminée dans la circonstance et vous penserez sans doute avec moi qu'étant sur les lieux seul à même d'observer immédiatement les conditions locales, ayant la responsabilité de ses actes, et d'autre part, ayant pleinement justifié jusqu'ici la confiance du gouvernement, nous devons lui laisser le soin de régler les détails d'une organisation qui doit être spécialement adaptée aux nécessités marocaines 1.