LES DEBUTS DU CONFLIT FRANCO- ANGLAIS
Au début de 1909, la crainte de difficultés avec l'Angleterre conduisait M. Pichon à la conclusion même que lui suggérait la crainte de difficultés avec l'Allemagne. Ici encore, une longue suite d'erreurs, de négligences, d'abdications orientait le gouvernement français vers la solution transactionnelle dont l'accord du 8 février 1909 allait lui fournir la formule.
Quand en 1899 le Congo français fut organisé dans les conditions qui ont été rappelées ci-dessus, le privilège accordé par l'État français aux concessionnaires « d'être seuls à recueillir les fruits du domaine concédé », ne fut pas sans léser divers intérêts dont les plus importants étaient des intérêts anglais. Diverses maisons, notamment les maisons John Hoît et Hatton et Cookson, de Liverpool, avaient depuis longtemps au Congo des comptoirs dont les agents, par l'intermédiaire de traitants indigènes, achetaient l'ébène, l'ivoire et le caout-
chouc. Ce commerce ne comportait pas des établissements considérables. Les maisons anglaises ne disposaient que de constructions légères, peu coûteuses, faites de simples bambous et « d'une destination provisoire, comme le commandent l'insécurité du pays et le caractère essentiellement mobile des opérations volantes qui constituent la traite » l. Elles n'avaient point du reste pour but de faire œuvre de colonisation proprement dite, ni de mettre le pays en valeur, et leur exploitation même n'était pas sans danger pour son avenir. Gomme ellesprenaientlecaoutchoucpartout où elles le trouvaient, sans ménagements techniques, les lianes peu à peu s'épuisaient. Dès 1899, celles-ci avaient complètement disparu sur la côte et près des grandes rivières, et au moment précisément où les décrets de concessions se préoccupaient de mettre un terme à cette destruction. L'ensemble des établissements anglais fut estimé en 1906 par leurs propriétaires à 82.300 francs, par l'administration à 34.000 francs et la vente du matériel ne produisit que 28.000 francs. Il convient de noter aussi que, sur 11 factoreries de la maison Hatton et Gookson, alors remises aux autorités, cette maison n'a pu fournir pour aucune de titres de propriété. Il en a été de même pour onze sur douze factoreries de la maison John Holt.
En fait, depuis les décrets de 1899, la situation de ces maisons, par rapport aux concessionnaires français, eût été, si on leur eût permis de continuer leurs affaires, des plus avantageuses. Tandis que ceux-ci étaient astreints, par leur cahier des charges, à des obligations de toute sorte, travaux d'utilité publique, redevances annuelles,