LA MORT
Achilgar, pourtant, se ranima au retour de l'Aimée. Il voulut sentir sur sa poitrine la rondeur ferme de ses menus seins érigés. Ressuscité pour un moment, il promenait des mains tâtonnantes sur sa chair, toutes ses souffrances évanouies dans le désir passionné qui l'envahissait comme une fièvre dernière.
Il cueillit les fleurs somhres de ses yeux, la corolle animée de sa bouche, et le frémissement angoissé de tout son être.
L'air, maintenant, lui semblait plein de flocons légers, semences vagabondes, pollens impalpables se dirigeant vers de mystérieux nids de baisers. C'était comme une envolée
cotonneuse, un duvet tiède de tourterelle, un»' poussière micacée, errante dans la lumière.
Le soleil descendait sur une braise de topazes et de rubis ; paraissait sortir par une porte de ilammes ouverte sur une fournaise sidérale d'une insoutenable splendeur. Des gerbes de clarté bleue jaillissaient de l'incendie magique, s'enlevaient dans un tlaraboiement d'hyacinthe, d'onyx et de sardoine, tandis que toutes les voix de la nature s'entlaient, éclataient, se déchiraient en un formidable râle d'amour.
C'était l'ivresse, le délire des violons soupirant sur la chanterelle aigué, dans la fanfare des cuivres sonnant éperdument l'hymne éternel de volupté.
Bien d'étonnant à cela, puisque 1 Aimée était présente.
Achilgar expira sur le cœur de Viamalah, et elle ne sut pas comment ce malheur était arrivé.
On alluma des ieux verts autour de la couche, où le défunt, beau comme un jeune dieu, dormait dans les roses ardentes, et les pleureuses liront retentir le palais de longs gémissements. Tous les parents et les amis
défilèrent, apportant des parfums et des fleurs ; puis, des vierges, drapées de blanc, s'étendirent côte à côte, et Acliilgar reposa sur elles, réchauffé parla douceur de leur jeune chair.
Viamalah résolut, selon la coutume du sutty, alors dans toute sa force, de mourir sur le bûcher libérateur, de joindre ses cendres à celles de l'aimé, de réunir, enfin, après la mort, ce qui n'avait pu se mêler, ici-bas, selon la loi d'amour.
Elle s'abstint donc de toute nourriture, ne mâchant qu'un peu de bétel, pour se soutenir. Mais Gloire de la Lune, chaque jour, tressait ses longs cheveux, les trempait dans l'essence de roses de Ghazipour et la frottait entièrement d'onguents et de fards, sans oublier de lui peindre deux étoiles d'or sur les seins et de lui secouer sur les épaules de la poudre de diamants de Karnoul. Elle ne portait plus que des doupettahs de gaze jaune agrafées par des yeux de chat de Geylan ; car, malgré sa douleur, elle devait paraître sans défauts pour que le don de sa vie fut jugé plus méritoire.
Avec impatience, se croyant coupable de faiblesse et de trahison, elle attendait le mo-
ment de se jeter dans les bras d*Agni, le dieu du feu ([ui purifie les cœurs inlîdùles. Elle voulait se laver dans les llammes, comme d'autres se lavent dans les ondes sacrées du Gange pour se libérer de ses fautes. Et, ainsi, son extase expiatrice s'augmentait de ses jeûnes et de ses prières, devenait une sorte de joie mystique, un jaillissement de l'âme vers les splendeurs astrales.
XIÏ