‹ Le mystère de Kama: roman [magique]Chapitre 4 sur 35 · AUTOUR DE SIVA · texte numérisé non relu

AUTOUR DE SIVA

Le jour naissait et la vierge lasse, mais non satisfaite, dont l'esprit et les nerfs subissaient toujours l'étrange suggestion du charmeur, essaya de dormir.

Autour du palais le miroir des piscines reflétait les longues galeries à colonnades de marbre rose et vert, ombragées de girofliers et de bambous. Au loin, fumaient les tuyaux de brique des fabricants d'aromates et des marchands de toutes sortes qui vendent des épices subtiles, des verreries délicates, élancées comme des calices, des moulins à prières, des objets de bois odorant ouvragés, des gemmes frustes, enchâssées de cuivre et d'argent, des essences de plantes pour em-

bellir le visage et des pâtes de pierres écrasées pour polir la peau. Des psylles sifflaient doucement dans la campagne, appelant les serpents ; et les pèlerins, au bord du Gange, commençaient leurs ablutions coutumirres.

Nassudamy, avec quelques autres yoguis fanatiques, évoquaient les Pitris dans le temple de Dourga, tandis que les bayadères, consacrées .aux divinités, tournaient lentement autour d'eux, ou se figeaient en des poses lascives, que les singes sacrés à barbe blanche imitaient de leur mieux.

Toutes les religions, y compris le christianisme , ont admis l'existence de formes astrales pourvues d'intelligence, jouant, sous le nom de devas, d'anges, de saints de dews, d'esprits, le rôle d'êtres intermédiaires futre riiomme et les mondes supérieurs. Les Hindous croient fermement aux apparitions, aux mains de feu, aux miracles, aux présages bons ou mauvais, auxlnlluences funestes et aux envoûtements.

Les yoguis, ou fakirs, en particulier, cxcercent une grande iniluence sur les foules. Par une énergie de volonté incruyabb' ou un fanaiismes poussé, parfois, jusqu'à la démence, ils se condamnent à des supplices

que notre raison a peine à concevoir. Quelques-uns demeurent immobiles durant des années, accroupis, agenouillés et, même, ensevelis jusqu'à mi-corps. Leurs jambes et leurs bras s'atropbient, se raidissent dans la pose qu'ils leur ont donnée, et nul effort ne saurait les assouplir. Ils demeurent ainsi jusqu'à la mort, souvent longue à venir. D'autres s'épuisent en des jeûnes répétés, se placent entre deux brasiers pour activer la décomposition de leurs organes, arrivent à un état de maigreur spectrale, presque de diaphanéité. Un grand nombre de voyageurs ont assimilé les fakirs aux assassins et voleurs de grands chemins ; la vérité est que si ces fanatique sont dangereux par l'influence qu'ils excercent sur les masses, les philtres qu'ils distribuent et la magie noire qu'ils pratiquent, on ne saurait leur imputer d'autres crimes. On a dû les confondre avec les affiliés de la terrible secte des Thugs ou adorateurs de la mort, qui tuent par dévotion — dans l'intérêt même de leurs victimes — et forment, au-delà de l'Indus, une société secrète du caractère le plus redoutable, qui a résisté, depuis trois mille ans, à tous les efforts tentés contre elle.

LE MVSTERK DE KAMA 'l9

Il y a, du reste, des fakirs de toutes les conditions. De même que le catholicisme, au temps de la domination politique, avait créé des ordres religieux dont la mission était d'agir chacun dans sa sphère, sur la classe sociale qu'il était chargé de diriger, de môme, dans rinde où le régime des castes subsiste encore, il y a, dans chacune, des yoguis de condition semblable qui s'associent à sa destinée et qui partagent l'estime ou le mépris qu'elle inspire.

(Juelques-uns de ces religieux, par de mys térieuses pratiques ou la toute-puissance de leur volonté, arrivent à modifier le caractère moral et même la forme humaine. Ils prolongent l'existence ou déchaînent les épidémies qui, en quelques jours, déciment les campagnes et les villes. Ils s'embellissent ou se défigurent, changent la nuance de leurs yeux et de leurs cheveux, les dimensions de leur corps et le son naturel de leur voix. Ils ellacent leurs rides, se rendent invisibles ou semblent soudain arrivés au dernier degré delà décrépitude... Enlin, ils sont maîtres de Vlllusioïi, semblables à Krishna, qui se monlT'd en rnêmi* tcuijj.s^ dans ses seize mille cent huit palais, occupé à rendre ses devoirs à ses seize mille cent huit femmes!

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