‹ Le mystère de Kama: roman [magique]Chapitre 5 sur 35 · PETITES DIGRESSIONS SUR LA MAGIE NOIRE · texte numérisé non relu

PETITES DIGRESSIONS SUR LA MAGIE NOIRE

L'Inde, que latradition kabbalistiquenous dit avoir été peuplée par les descendants de Gain, et où se retirèrent, plus tard, les enfants d'Abraham et de Gétliurah, est par excellence le pays de la goétie, des incantations, des envoûtements et des prestiges. La science maudite de la magie noire s'y est perpétuée avec les traditions originelles du fratricide, rejeté parles castes oppressives et expié parles parias.

L'Inde, l'ancêtre aux lourds secrets, au passé de meurtres, de spoliations et de viols, a vu fleurir toutes les idolâtries. Les dogmes de ses gymnosophistes pourraient nous enseigner la sagesse, s'ils ne commençaient

par nous familiariser avec les plus diaboliques pratiques et les vices les plus monstrueux. La terrible trîmourti des brahmes se compose d'un créateur, d'un destructeur et d'un réparateur. Leur Addha-Nari, qui ligure la divinité mère ou la uature céleste, se nomme aussi Bohaii^nie, et les Thugs ou étrangleurs, lui oiTrent des sacrifices humains. Vichnou, le réparateur, ne s'incarne que pour tuer un démon invincible, puisqu'il reriait sans cesse par la volonté de Rutrem ou Siva, dieu de la mort !

C'est à la kabbale de l'Inde que les gnostiques empruntèrent leurs rêves voluptueux et pervers. C'est la magie indienne qui, se présentant, tout d'abord, avec ses passions et ses vices, attire et épouvante les imaginations éprises du merveilleux. Le grand rituel magique, le livre de l'occultisme indien, VOupnek'haty enseigne aux iakirs les moyens physiques et moraux de consommer leur puissance mystérieuse-, d'arriver par degrés à l'état divin ou, il faut bien l'avouer, aussi à la dé'mence criminelle. UOupncii'hai, le plus ancien des grimoires, est divisé en cinquante sections. C'est un ciel de ténèbres sillonné d'éclairs. On y trouve des sentences

merveilleuses de vertu et d'abnégation à côté des oracles les plus coupables, des abominations dignes des stryges, des empuses et des lamies. Pour se procurer des visions, pour arriver aux phénomènes de la seconde vue, les brahmes se mettent dans un état qui tient du sommeil, de la mort et de la folie. Leur science est aussi celle des empoisonnements, et leurs élèves, les yoguis, n'ignorent aucun de leurs secrets. Ils prétendent même tuer par congestion ou par soustraction subite de lumière astrale, lorsque, par une série d'exercices étranges et douloureux, ils ont fait de leur appareil nerveux, assoupli à toutes les tensions et à toutes les fatigues, une sorte de pile galvanique vivante capable de condenser et de projeter avec force cette lumière qui enivre ou dévore.

Le grand arcane de VOupnek'hat c'est l'absolu en immoralité, en fatalité et enquiétisme mortel. Voici ce que dit le livre, pages 35 et 92 du tome premier de la traduction d'Anquetil :

« Il est permis de mentir pour faciliter les mariages et pour exalter les vertus d'un brahmine ou les qualités d'une vache.

» Dieu s'appelle vérité, et en lui l'ombre

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et la lumière ne font qu'un. Celui qui sait cela ne ment jamais, car s'il veut mentir, il fait de son mensonge une vérité. Quelque péché qu'il commette, quelque mauvaise œuvre qu'il fasse, il n'est jamais coupable. Ouand même il serait deux fois parricide, quand même il tuerait un bralime initié aux mystères des Védas, quelque chose qu'il commette, enfin, sa lumière n'en sera pas diminuée, « car, dit Dieu, je suis Tàme universelle, en moi sont le bien et le mal qui se corrigent l'un par l'autre. (]elui qui sait cela n'est jamais pécheur : il est universel comme moi. »

Sûrs de l' impunité, les fakirs, profanateurs des temples, pourvoyeurs des bûchers, ont mêlé à la sève narcotico-âcre des jusquiames et des ciguës, le lait caustique de la titiiymale, ont versé des philtres d'aconit et de mandragore avec d'innomables venins et d'étranges semences... Oubliant leur vœu de chasteté, ils se sont fait aimer jusqu'au meurtre par de jeunes vierges soumises à leur inlluence, et, malgré la disgrâce de leur corps, ont été désirés éperdument.

LES BAYADÈRES ENAMOUREES

Nassudamy, qui était beau et bien fait, demeurait prosterné devant Firnage de Siva. Son corps musculeux, qu'étreignait seule une étroite bandelette de toile, se détachait sur la blancheur des marbres, et il étendait les bras dans un geste tragique.

— 0 dieu terrible, disait-il, dieu de sombre justice et de châtiment ! dieu d'amour et de mort! écoute la prière du plus ardent de tes serviteurs 1 0 dieu formidable ! Ougra, Sthanou, Roudra, Sarva... Tu reposes sur le mont Kailaça et tu accordes tes faveurs incomparables aux mendiants des chemins...

Maître, à la gorge noire, aux longs cheveux, aux yeux déformés !... N'es-tu point le visi-

teur 4es palais et des tombes, toi qui portes la massue ornée d'une tète de mort et }a peau d'éléphant?... Je viens, avec unesprit humble et fervent, faire au destructeur de Tripoura le sacrifice de ma chair, et ne veux aimer une femme qu'en pensée... Donne-moi, Ougra,la force de ne jamais poser mes lèvres sur son corps en tlcur, et que le rêve seul me fasse coiiiiaitre les suprêmes délices!... Mais que colle que j'ai choisie m'appartienne d'imagination et d'intelligence, comme jo lui a[)partiendrai, si tel est ton bon vouloir !... Qu'elle me comprenne et m'obéisse, malgré la distance et le temps ! Qu'elle soit mon esclave fidèle et la source de toute joie... 0 seigneur des richesses, Kchitimoukha, ami de cœur delà déesse Gàuri, matrice de l'univers, père de Koumàra, dieu des vaches sacrées et des taureaux puissants ! Toi qui sers dévoie aux organes des sens, exauce mon vœu de pureté et d'amour ! »

Les bayadères, autour de lui, acceicnuciu leurs danses, le frôlaient de leurs corps souples frottés d'aromates, imbibés d essences, auréolés d'eflluves, et se risquaient parfois à une caresse plus directe, r:ir il «'tait de ceux que les filles remarquent.

Habituées à satisfaire les caprices compliqués des brahmes, elles souriaient ingénument au jeune fakir, convoitant le festin nouveau qui semblait s'offrir.

— Nassudamy, j'ai la peau plus fraîche que la pulpe du modhavi,

— Nassudamy, je brûle comme la flamme des bûchers, et la cire de l'arbre d'amra se fond dans ma chair !...

— Ma langue a le goût musqué du tamala ! . . .

— Je suis arrivée d'hier, mon corps est comme une touffe de fleurs... Vois, je n'ai que six ans.

— Moi, j'en ai dix, mais je sais des jeux gentils.

— Veux-tu que je te récite les soixantequatre manières du Kama? tu reconnaîtras que je suis une élève appliquée...

— Nous lirons ensemble le Kamasoutra pour nous en mieux pénétrer.

— J'ai la douceur tendre de la colombe, ■— Je tourne comme une aiglonne audessus du passereau.

— Je meurs vingt fois en une nuit et Je ressuscite comme un papillon de lumière...

— J'ai les spasmes convulsifs de la panthère blessée!

— Moi, je te réserve une surprise...

— Moi aussi...

— Tu verras ! Tu verras !...

Elles faisaient tintinabuler les colliers de leurs seins nus, aux pointes avivées de fard, glissaient mollement, les orteils «'cartés par les chatons des bagues, les chevilles lourdes d'anneaux et de gemmes. Une odeur indélinissable, chaude, tenace, vanillée et poivrée se détachait d'elles, et leur peau luisait comme de l'or sous la transparence nacrt'^e des <'*charpes.

Trois petites de six à sept ans, qui ne se quittaient pas, le harcelaient plus que les autres, essayaient de lui passer aux bras et aux jambes des liens de roses.

— Nassudamy, prends-nous toutes les trois, nous sommes sœurs et vierges encore... Tu nous feras un peu soulfrir, et ce sera plus amusant...

En riant, elles lui jetaient des p«Hales rouges, arrachaient leurs voiles pour montrer leur fréh* nudité, leur gorge unie de fillettes impubères, leurs lianes étroits.

Doucement le charmeur les repousi^a.

— Gardez-vous pour les brahmes qui aiment les feuilles en bourgeons et les fleurs non décloses.

Mais elles firent la moue.

— A quoi bon, puisqu'ils n'ont, plus la force de violer le mystère des calices?... Les brahmesontpassél âge des larcins d'amour... Toi, tu es jeune, tu es beau, ton corps est souple, fort, fait pour l'étreinte et la caresse, tes yeux sont comme deux étoiles dans un ciel d'orage... Nous t'aimons...

— Pourquoi ne veux-tu pas, Nassudamy?... Tu ne sais pas ce que tu refuses !

— Nous t'avons apporté du vin de lotus et des gâteaux de miel...

Le fakir, dédaigneux, s'éloigna, sans répondre. Alors, les petites, dépitées, offrirent leur miel aux singes.

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