Luc. i
3. Gratia, quœ est accidens, est quaedam similitudo Divinitatis participata in homine, III*, P. qu. ii, art. 10, ad P.
en grâce et en faveur auprès de cet ami. D'où vient cela ? Si ce n'est de ce que cet ami a perçu, entre lui et moi, entre son âme et la mienne, des similitudes, des ressemblances, d'intimes affinités, de ces correspondances mystérieuses, comprises sous le nom générique de sympathie. Il s'est reconnu en moi, et c'est pour cela qu'il m'aime. C'est ce qui fait la beauté, le charme de l'amitié.
Pourrions-nous avoir pour agréable quelqu'un dont les goûts, les idées, le tempérament, les aspirations, toute la physionomie intellectuelle et morale, n'auraient rien qui concordât, qui s'harmonisât avec les nôtres ? L'amitié naît donc de la ressemblance, d'une certaine conformité idéale. Une phrase courante exprime très bien cette vérité : (( Pour se lier avec quelqu'un, il faut parler la même langue », c'est-à-dire qu'il faut retrouver en lui quelque chose de soi-même, de ses tendances, de ses goûts, de ses idées. Autrement, ni il ne nous comprendrait, ni l'on ne serait entendu de lui. Là où l'on ne se comprend pas, la sympathie est-elle pos-
sible ? Et même l'amour, dans ce qu'il a de plus noble et de plus fort, l'amour maternel, qui est l'amour humain à son plus haut degré, d'où vient sa puissance, et son intensité, et sa profondeur, si ce n'est des ressemblances que la nature met entre une mère et son fils : ressemblances physiques et ressemblances morales ? Voici deux chairs nées l'une de l'autre : le cœur de la mère est le principe d'où l'autre a tiré son battement ; l'âme maternelle est la flamme généreuse où l'âme du fils s'est allumée. Une mère aime son enfant, un enfant aime sa mère, parce que ces deux êtres, qui si longtemps n'en ont fait qu'un, continuent à se reconnaître, à se ressembler, se sentent attachés l'un à l'autre par des liens de similitude, de sympathie, que la mort seule peut rompre, que dis-je ? par un (( amour plus fort que la mort ^ )), parce qu'il a sa source dans les entrailles, dans les abîmes de l'âme immortelle.