I, ad. Cor. iii
temples de Dieu. » Oui, temples de Dieu, tabernacles où Jésus habite, ciboires où Il se plaît à demeurer, voilà ce que nous devenons par la communion ; et nous sentons bien qu'il se produit en nous alors quelque chose de divin, quelque chose d'éternel, par la suavité qui nous envahit, la lumière qui nous inonde, la chaleur qui nous embrase, l'ardeur qui nous pousse vers la vertu, la résignation et la paix, qui descendent sur nos facultés comme une rosée du matin. Ah ! non, cela n'est pas de la terre, rien d'humain n'a une telle force et une telle vertu. C'est la grâce divine du sacrement qui nous donne comme un avant-goût des délices qu'elle nous réserve dans l'éternité. Futurœ gloidœ nohis pignus datur.
L'Eucharistie est enfin principe de gloire, à raison également du sens enveloppé dans son signe extérieur. Ce signe veut dire réfection spirituelle de
l'âme, sa restauration par un aliment proportionné à ses besoins ; et comme les espèces eucharistiques — pain et vin — sont faites de divers grains de froment et de raisin, broyés sous la meule, macérés dans le pressoir, et résolus en l'unité d'une même matière, le grand Docteur saint Augustin voit, dans cette unification, un symbole de l'union intime que l'Eucharistie est appelée à opérer, entre le Christ-Jésus et les fidèles qui le reçoivent ^ Or, la réfection de l'âme, aussi bien que son union avec Notre Seigneur, s'accomplissent sans doute ici-bas par le sacrement de vie et d'amour, mais elles s'accomplissent d'une manière imparfaite -. Et l'imperfection vient de nousmêmes, de notre état présent. La condition actuelle de notre âme empêche le Divin Maître de produire en elle, tota-
1. Tract. 26 in Joan. parum ante finem. Cité par saint Thomas, IIP, P. qu. Ixxix, art. 1, c.
2. (( Refectio cibi spiritualis et unitas significata per species panis et vini habentur quidem in priesenti, sed imperfecte ; perfecte autem in statu gloriœ. » III", P. qu. Ixxix, art. 2, in corp.
lement et immuablement, les effets surnaturels de ce grand mystère. Notre âme, n'étant pas lixée dans le bien, demeure toujours libre, hélas ! après avoir été nourrie par lui du froment des élus, de courir après des chimères, de se laisser prendre aux vaines illusions de la chair et du monde, de se laisser séduire par des ombres de bonheur. Et notre expérience sacerdotale, notre pratique du ministère, ne nous apprennent que trop la facilité, la légèreté, avec laquelle les fidèles oublient le caractère de sanctification dont ils ont été revêtus à la table sainte, l'insouciance avec laquelle ils profanent à nouveau, par le péché, ces corps et ces cœurs qui étaient devenus pourtant les | tabernacles du Dieu vivant. C'est que le 1 libre arbitre, dans notre nature déchue, est une puissance fragile ; l'homme est un roseau, que le moindre souffle agite en sens contraires ^. Et le vent de l'Esprit
1. « Gratia est forma quaedam habens esse completum in anima, ideo est in ea miitabiliter, sicut anima est mutabilis secundum liberum arbitrium, in via. w IIP, P. qu. Ixiii, art. 5, ad P.
vient à peine de le redresser vers le ciel, ou de l'incliner du côté de la lumière, de la « beauté divine toujours ancienne et toujours nouvelle », que les passions mauvaises le secouent et le font pencher dans l'ombre, le souillent et le dépouillent. Et d'ailleurs, quelque fidélité qu'apporte l'âme à rester unie au Dieu de l'Eucharistie, si jalouse qu'elle soit de garder la saveur de la manne céleste, qu'elle a cueillie au banquet des anges, elle ne peut pas voir les ineffables transformations, la divinisation opérées en elles par l'Eucharistie. Elle y croit fermement, elle les adore, elle en a l'intuition surnaturelle, elle a comme la sensation de ces merveilles. Mais elle ne les voit pas. Or, la foi est un état temporaire et imparfait. La perfection de la foi, c'est la vision éternelle. Notre Seigneur, qui est la perfection infinie, ne peut pas ne pas vouloir produire des opérations parfaites.
Et, puisque notre condition terrestre ne lui permet pas de porter, jusqu'à leur suprême développement, les effets essentiels à l'Eucharistie, il se réserve d'achever
leur consommation dans la gloire. Ah !
oui, c'est là le terme auguste où s'accompliront dans toute leur étendue, et se révéleront dans toute leur splendeur idéale, les mystères eucharistiques. Participant à l'immutabilité divine, l'âme ne pourra plus commettre d'infidélités envers Dieu ; mais sa volonté, fermement assise dans la Substance Incréée, se portera éternellement vers elle d'un mouvement jamais ralenti, jamais fatigué. Là, elle n'aura jamais faim, elle n'aura jamais soif d'autre chose que de Dieu. Et Dieu excitera éternellement sa soif en l'apaisant toujours ; toujours il éveillera sa faim en la rassasiant éternellement. L'âme, liée au Christ-Jésus par une union indissoluble, verra clairement les affinités qu'il y a entre elle et Lui ; et pour les siècles des siècles, elle sera heureuse et comblée, par le fait de cette alliance absolue avec l'unique objet pour lequel elle avait été créée. Et la grande lumière du jour sans déclin rendra diaphanes ces mystères eucharistiques célébrés ici bas. En les contemplant dans leur réalité, dépouillés de
leurs voiles et de leurs énigmes, notre être glorifié mêlera sa voix au cantique éternel, et comprendra tout le sens des mots qu'il avait si souvent entendu retentir ici-bas, au son des cloches, dans la pénombre et le silence des églises, au moment où le prêtre, en qui s'incarnait le Christ-Jésus, allait immoler sur l'autel la Victime sans tache : « Saint, Saint, Saint, est le Seigneur le Dieu des armées. Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire. Hosanna dans les hauteurs des cieux ! »
L'Eucharistie et le péché