‹ Le mystère de l'Eucharistie [microforme]Chapitre 31 sur 51 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Hic est sanguis meus novi Testamenti, qui pro mulitis chundetur in rémissionem Peccatorum.

Ceci est mon sang, le san de la nouvelle Al , ed

pandu pourun dnombre en nd, ae sn péchés, Matth, XXVI. 28.

La partie précédente nous a ouvert les horizons infinis. La gloire éternelle, dans le sein de Dieu, nous est apparue comme le terme dernier et nécessaire du mystère eucharistique. Nous appuyant sur les paroles mêmes de Notre Seigneur, nous &VOnS vu que la vie bienheureuse est promise comme effet suprême de l’Eucharistie. Et cette destinée, extraordinaire et brillante, est Parfaitement en harmonie avec l'essence de ce mystère. La grâce étant contenue dans ce sacrement comme dans sa Source, et la fin de la grâce étant

d'évoluer, de s'épanouir en gloire, faire monter l'homme, de degré en deg jusqu'à la vie glorieuse, rien d’étonn:

que l'Eucharistie ait Ja vertu de jaillir, de nous emporter avec elle jusqu'à hauteur de son origine, c'est-à-dire ciel.

D'autant plus que l'oblation du Ca vaire, renouvelée et reproduite dans sacrifice eucharistique, a précisément e Pour effet de rouvrir à l'humanité rége nérée les portes de Ja vie éternelle, C'es en consommant son Immolation sur 1:

Croix, que Notre Seigneur Jésus-Chris a restauré nos droits à l'héritage Infini, lesquels nous avions perdus Par le péché, Et puisque l'Eucharistie représente et Continue cette Immolation, elle a donc la même valeur de Propitiation, elle est, au même degré, cause de gloire. Et enfin, notre Condition présente ne permettant pas au Christ-Jésus de produire

en notre âme, dans toute leur perfection, les opérations essentielles au mystère eu- Charistique, qui sont le rassasiement spirituel et l'union absolue et éternelle avec

loire, de lui, le Divin Maitre remet au jour sans n degré, fin la réalisation intégrale des merveilles étonnant que ce sacrement contient en germe et aillir, et qu'il commence en nous. Là-haut, une squ'à la fois devenu. ‘nCorruptibles et immortels, -dire le notre être se prêtera totalement à l’action

de son amour, et le laissera achever cette transformation éternelle en Ja Divinité, qui est l’objet, la destinée nécessaire de la manne céleste qui germe sur nos autels,

du Cal.

dans le nent eu

é régé. et qui aspire à trouver son eforescence ES dans la lumière de gloire.

sur la Examinons maintenant l'Eucharistie Christ sous un angle bien différent, et voyons

Infini, péché.

nte et donc

ses rapports avec le Péché. Un tel sujet Peut vous paraître étrange. L'Eucharistie, c’est la lumière, et quels rapports la lumière a-t-elle avec les ténèbres, figu-

le est, rées par le péché ? L'Eucharistie, c'est la . Et vie, et quels Tapports la vie at-elle avec per- la mort spirituelle, qui est la perte de la duire grâce ? L'Eucharistie, c'est le Bien su-

tion, Prême, et quels rapports le Bien a-t-i] e eu- L spi- Au point de vue religieux,

avec et dans la vérité des ch

siste uniquement dans la désobéissance à Dieu, dans la désharmonie avec l’ordre éternel, qui est ce que l'on désigne sous le nom de péché. Ou encore, pour parler de façon abstraite, et Pour ainsi dire ls langage de l’école, l'Eucharistie, c'est Dieu, c'est l’Être par essence, et le péché, c'est le non-être. Or, dans quelle attitude l'être est-il vis-à-vis du néant, si ce n'est donc une attitude d'opposition radicale? L'’Eucharistie et le péché se repoussent donc l’un l'autre ; il y a entre ces deux notions une antinomie foncière.

Et chercher leurs rapports, les endroits par lesquels elles se touchent, semble être une œuvre vaine, sinon une profanation du « don de Dieu ».

Et cependant, la théologie catholique se pose cette question, elle l’étudie dans toutes ses subtilités et ses profondeurs.

Nous allons l’examiner à sa suite. Ici, et plus que jamais, nous suivrons l'enseignement de saint Thomas, où la pensée de l'Eglise s’est cristallisée. En une série d'articles fortement enchainés, l’angélique Docteur considère sous toutes ses

faces ce sujet mystérieux de l’'Eucharistie et du péché; et sa doctrine est nonseulement admirable de précision et de clarté, mais encore d’une simplicité qui la rendrait accessible à l'esprit d’un enfant.

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Et d’abord, l’Eucharistie a-t-elle our effet de remettre le péché mortel? I] ya un genre de peché qui s'appelle mortel, prrce qu'il donne la mort à l’âme. Ce péché comporte gravité de matière — c'est le côté objectif ; il implique pleine advertence et plein consentement de la part de celui qui le commet — c’est Je côté subjectif. Le résultat d’un tel péché est de détruire en nous la grâce, qui est la vie spirituelle. L'âme est dite en état de grâce, parce qu'elle est agréable à Dieu, parce qu’elle est en faveur auprès de Dieu, parce qu’elle a avec Lui quelque ressemblance. Et Dieu ne peut habiter avec Son contraire, qui est le mal, Dieu ne peut se complaire en une âme qui l’offense, qui lui désobéit. Et quand cette offense est grave, alors l’image divine s'efface en l’âme qui le commet ; Dieu cesse de se reconnaître en elle, de con-

templer et d'aimer en elle des reflets de son essence. Le germe déposé dans cette âme par Dieu, cultivé et développé par Lui, germe qui la faisait 2. .ticiper à la vie divine, périt complètement ; il n'existe plus, il ne peut donc plus agir ni se manifester. Et c’est ce que l'on appelle l'état de péché mortel. Au lieu de complaisance, Dieu n’a plus Pour cette âme que de l'aversion. Or, l'Eucharistie a-telle pour effet de remettre un tel péché, d'abolir une pareille offense dont la conséquence est si désastreuse? Voici la réponse de saint Thomas: la vertu du sacrement eucharistique doit être considérée à un double point de vue : Premièrement, en Soi, et il est certain que, de ce chef, l’Eucharistie a le pouvoir de remettre tous les péchés, les plus graves et les plus énormes; car la source et la cause de la rémission des péchés, c’est la passion du Christ !; et comme cette pas-

1. Virtus hujus sacramenti potest considerari dupliciter : #0 modo, secundum se, et sic hoc sa- Cramentum habet virtutem ad remittendum quæ

sion est renouvelée réellement dans je sacrifice eucharistique, il s'ensuit que l'Eucharistie est assez riche et assez généreuse pour laver toutes taches et effacer les souillures morales les plus hideuses ; deuxièmement, Par rapport à celui qui reçoit ce sacrement, où il s'agit de voir si ce sujet est apte ou non à bénéficier de l'effet eucharistique. Or, dans le cas d’une âme en état de péché mortel, il y a inaptitude absolue à percevoir la grâce de ce Sacrement ; l’Eucharistie est nécessairement inopérante dans l’âme qui a commis une faute grave. Et Pourquoi ? Parce que cette âme est morte spirituellement, et que la vie surnaturelle s’est retirée de son essence !. Voici une plante dont la SRE Rene, cumque peccata ex passione Christi, quæ est fons

et causa remissionis peccatorum. II]* P. qu. 79, art. 3. ;

1. Alio modo Potest considerari hoc sacramentum per comparationem ad eum qui recipit hoc Sacramentum, prout in eo invenitur vel nou invenitur impedimentum percipiendi hujus sacramenti effectum. Quicumque autem habet conscientiam peccati mortalis habet in se impedimentum percipiendi effectum hujus Sacramenti, tum quia

tige a séché sous un souffle empoisonné, dont le germe a péri, rongé par un ver destructeur. Vous auriez beau entourer cette plante des soins les plus délicats, la baigner de rosée, lui donner de l'air et de la lumière. Est-ce que tous vos efforts ne seraient pas en pure perte? Et voici quelqu'un qui vient d’expirer : le souffle vital a quitté le corps qu’il animait. Et quand même vous voudriez administrer à ce cadavre les aliments les plus exquis, les médicaments les plus efficaces, est-ce que cela le ferait revivre ? La nourriture eucharistique reste donc vaine pour l’âme qui a péché gravement. La faute dont elle s’est chargée la rend incapable d’absorber et de goûter le pain des anges.

Son péché est lié à sa substance, l’imprègne et l’informe, de telle façon que toutes ses facultés s'opposent à l'union avec le Christ, qui est l'effet de l’Eucharistie. Elle est envahie par une force ena non vivit spiritualiter... tum quia non potest uniri Christo, (quod fit per hoc sacramentum) dum

est in affectu peccandi mortaliter. III", P. qu. 79, art. 3.

nemie qui repousse la sainteté de Jésus.

Et comme les ténèbres s'opposent à la lumière, le péché de l'âme empêche l'âme de recevoir la clarté infinie qui émane de ce Sacrement. Bien plus, l'âme qui s’approche, en pareil état, de la table sainte, quand ses ffections vont au mal, quand toutes ses puissances répoussent la blancheur immaculée de l'Eucharistie, l'âme qui est assez malheureuse pour faire entrer Celui « qui se plaît parmi les lys 1»

dans un domaine où règnent les ombres de la mort, cette âme-là ajoute à sa faute première le plus grand des crimes, que l'on appelle le sacrilège, crime de lèsemajesté divine. Non, il n’est pas permis « de jeter des perles devant des Pourceaux, il n’est pas permis de donner aux chiens ce qui est saint ?», ce sont là les images terribles et vengeresses dont Notre Seigneur lui-même s’est servi ; et ces expressions, d’une énergie qui fait frémir, indi- . “en meus, qui pascitur inter lilia, cant.

2. Matth. vii, 6. « Nolite dare sanctum canibus, nêèque mittatis Margaritas vestras ante porcos. »

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quent clairement les dispositions d'innocence qu'il faut apporter au banquet sacré, et le châtiment qui attend celui qui s'y présente, la conscience souillée d’une faute grave. Ah! la destinée qui lui est réservée est affreuse: l'on en voit le signe dans la parabole évangélique : « le royaume des cieux est semblable à un roi qui faisait les noces de son Fils...

Le roi entra dans la salle du banquet Pour voir ceux qui étaient à table, et ayant aperçu là un homme qui n'était pas revêtu de la robe nuptiale, il lui dit :

Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une robe de noces ? Et cet homme resta muet. Alors le roi dit à ses serviteurs : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures :

c'est là qu’il y aura de: pleurs et des grincements de dents !. »

1. Matth. xxii, 1-13. « La commencera ce pleur éternel, a dit Bossuet dans l’oraison funèbre d'Anne de Gonzague ; et cela est un magnifique barbarisme, que Lacordaire a relevé et commenté magnifiquement dans son Discours sur les Princes de la Pensée.

Telle est donc la doctrine de l'Eglise, formulée avec netteté et vigueur par le Docteur angélique, au sujet de l’Eucharistie et du péché mortel : c'est une doctrine sévère, mais il est impossible de ne PaS reconnaître combien elle est juste, légitime et vraie. Cet enseignement s’harmonise avec l'essence de ce sacrement et avec la notion de faute grave !,

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L'autre question à se poser est celle-ci :

le sacrement eucharistique remet-il les fautes vénielles ? I] est, en effet, une autre espèce de péché, appelé véniel, parce qu'il implique toujours légèreté de matière, et que la pleine advertence et le plein consentement qu'on lui donne n’en changent pas la nature. Un million de péchés véniels ne constituera Jamais un péché mortel : ce sont deux ordres d’essences séparés par un abîme ; il y a, de

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