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LA CAUSE FINALE. LA LIBERTÉ DIVINE PAR RAPPORT

A l'incarnation

Deux manières de concevoir la nécessité de l'Incarnation : en soi et indépendamment du péché de l'homme, hypothétiquement et supposé notre malheur, l'universelle catastrophe de l'humanité.

La nécessité absolue a été affirmée par des fatalistes qui ont nié la pleine liberté de Dieu dans ses communications au dehors. Il est de foi, au contraire, que l'Incarnation est une œuvre entièrement libre et gratuite de la part de Dieu, car elle suppose la création, qui est une oeuvre de suprême liberté. Les déclarations du Magistère infaillible sont nombreuses à ce sujet. Jean XXII avait déjà proscrit la proposition dans laquelle Eckart soutient que le Père a produit l'univers comme il engendre son Fils (i). Le concile de Constance réprouve le blasphème de Wiclelï : Tout arrive par nécessité (2). Le concile du Vatican s'attache spécialement à réfuter cette erreur. Le chapitre De Deo rerum omnium creatore établit le principe de la liberté divine : Dieu crée, non par nécessité ni par indigence, mais par bonté, pour manifester ses perfections par les biens qu'il octroie aux créatures, et dans la plénitude de sa connaissance et de sa liberté, liberrimo consilio (3). Le canon V attaque de front toutes les erreurs, soit celles des panthéistes et des rationalistes, soit celles de Guenther : Anathème à qui dirait que la volonté divine n'est pas libre de toute nécessité, mais que Dieu crée le monde aussi nécessairement qu'il s'aime lui-même (It). — Enfin, le Saint-Office, le ili décembre 1887, condamna la dix-huitième proposition de Rosmini : « L'amour par lequel Dieu s'aime dans les créatures, et qui est la raison pour laquelle il se détermine à créer, constitue une nécessité mo-

(1) nPiZINOBR, 374.

(2) InFM, 607, f3) InFM. 178.3.

(i) IDEM, 1805.

raie qui dans l'Etre parfait produit toujours son effet (i). »

En Dieu donc, soit pour la création, soit pour l'Incarnation, ni déterminisme physique ni même nécessité morale.

Il faut, pareillement, se garder ici de l'optimisme. Dieu, dit-on, se manifeste librement; mais, supposé qu'il ait résolu de créer, il doit rechercher le degré de gloire le plus élevé et, partant, décréter l'Incarnation, qui réalise cet idéal suprême. Voilà à quoi doit logiquement conduire, si on le pousse au bout, le système de Malebranche.

Leibniz fait écho à cette opinion par son principe de la raison suffisante. Dieu ne crée rien sans raison suffisante, déclare-t-il. Or, pour le souverain Bien, la raison suffisante c'est de se donner souverainement, infiniment, ce qui implique l'Incarnation, terme achevé des communications divines.

Théories radicalement insoutenables. Si l'optimisme n'est pas une hérésie directement anathématisée par l'Eglise, il est, à coup sûr, une erreur, qui restreint arbitrairement l'indépendance absolue, la parfaite liberté de Dieu.

L'Agent infiniment bon n'est pas obligé de manifester au dehors sa perfection, sa sagesse, son art exquis, mais seulement s'il lui plaît, de la manière et dans le degré où il lui plaît.

Pour que l'Infini ait une raison suffisante d'agir, * pas n'est besoin qu'il se donne infiniment au dehors ou qu'il produise l'infini; c'est assez qu'il s'affirme

(1) DENZLNCER, 1908.

Incarnation

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