‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 18 sur 97 · GG · texte numérisé non relu

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l'infini par la manière dont il agit; et cette preuve éclate dans la création de l'être le plus chétif, parce que la distance infinie du néant à l'être ne peut être franchie que par une vertu infinie (i).

D'ailleurs, si Dieu devait produire toujours le plus parfait et réaliser l'ordre hypostatique comme couronnement nécessaire de la création, il ne pourrait pas davantage réaliser l'ordre de la nature sans l'ordre de la grâce : celui-ci deviendrait le complément obligatoire du premier, et voilà du coup ébranlée par la base la doctrine catholique sur l'absolue gratuité du surnaturel (2).

Quant à la nécessité conditionnelle, il faut signaler une autre erreur de Guenther. Il prétend que, la chute une fois consommée, l'Incarna'ion s'impose et que partout oti il y a péché originel Dieu est tenu d'instituer l'économie de la réparation. Nous avons montré ailleurs que la réintégration du genre humain dans l'état de justice est toujours une oeuvre de miséricorde entièrement facultative de la part de Dieu (3).

Supposé même que Dieu veuille réparer l'homme, il n'est point obligé de recourir à l'Incarnation : il pourrait réparer sans racheter, sans exiger une réparation, ou, s'il lui plaisait d'en demander une, il pourrait se contenter de celle qui vient d'une créature sainte et comblée de toutes les grâces (/i).

Dans l'hypothèse, cependant, où Dieu réclame une satisfaction rigoureuse pour le péché mortel, il

il) Cf. s. TiiOM., I p., q. 45, a. 5, ad 3; Cajetan, In h. 1. (2) Voir propos, dans n. In Balo. De.nzlncer, 1001 et sa. (.}! Le Mystère de la Rédemption, pp. 31. «. (i) Ibtd.. p. 33.

est nécessaire qu'une personne divine prenne une nature créée capable d'actions morales. A±»solument parlant, un Dieu fait ange aurait pu nous racheter, mais, si l'on tient compte de toutes les exigences morales, on devra convenir qu'il fallait un Dieu- Homme et que la Rédemption ne devait pas aller sans l'Incarnation, selon ces paroles du concile de Cologne (1860) : a Nul autre qu'un Dieu-Homme ne pouvait satisfaire en rigueur de justice (i). »

En fait, dans le plan actuel librement décrété par une loi positive de la Providence, l'Incarnation est l'unique remède, l'unique moyen de salut pour le genre humaiïi. En dehors d'elle point de vie, car il n'y a pas sous les cieux d'autre nom qui promette l'espoir à la race déchue (3). — « Anathème, prononce le concile de Trente, à qui prétendrait que le péché originel peut être effacé par les forces de la nature humaine ou par un autre remède que le mérite de l'unique Médiateur Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui par son sang nous a réconciliés avec Dieu (3). »

L'humanité de Jésus est donc l'unique réservoir auquel tous les hommes doivent aller puiser pour avoir le salut : toute grâce, tout bienfait surnaturel, est une aumône de l'Incarnation. Quiconque veut sincèrement sa fm dernière a salué implicitement le Christ, il est de son parti : le salut pour les individus, ^ pour les familles, pour les sociétés, doit venir du Rédempteur et la vraie félicité consiste à connaître

(1) Le Mystère de la Rédemption, pp. 34. 46

(2) Act., IV, 12.

(3) Conc. Trident., sess. v, can. 3.

Jésus, à vivre de sa vie, à aimer de son amour (i). L'Incarnation est donc la grande Miséricorde faite à l'humanité ruinée; mais n'est-elle que cela, et, dans l'hypothèse d'une humanité toujours innocente et fidèle, le Verbe n'aurait-il jamais habité corporellement avec les enfants des hommes? Quel est donc le motif de la venue de Dieu parmi nous?

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