‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 25 sur 97 · P. L., XLIV · texte numérisé non relu

P. L., XLIV

même. Ils ne disent pas seulement que le Christ a souffert pour nous, ils affirment encore qu'il est né pour nous, qu'il est venu pour nous.

D'ailleurs, ces expressions ne seront plus vraies, plus sincères, si, tout en admettant une Incarnation dans une chair impassible, les Pères affirment sans distinction, de la manière la plus universelle, la plus absolue : sans le péché, le Verbe ne serait jamais venu.

L'Ecriture et la Tradition donnent aussi à entendre que l'Incarnation n'a pas été la cause du salut pour les anges. Le céleste messager le déclare aux bergers en ces termes : « Je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple; il vous est né un Sauveur, le Christ Seigneur, dans la cité de David (i). » — Comme s'il disait : Ce n'est pas pour nous, anges, mais pour vous, hommes, pour tout le peuple, pour toute la race des humains : nous le possédons dans sa grandeur, il n'a pas à s'amoindrir pour nous relever; c'est pour vous qu'il se fait petit, se mettant à votre taille; c'est pour vous, les perdus, qu'il se fait Sauveur.

« Oui, s'exclame saint Bernard, c'est pour nous, mortels, qu'il est né, c'est à nous qu'il a été donné, car c'est nous qui avions besoin de lui (2). »

Le pieux abbé Guerric s'écrie de même : « C'est pour nous humains, non pour lui, non pour les anges, qu'il est né (3). »

(1) Luc. II, 10-11.

fci « A'obis ergo nalus. nobis et datus, quia nobis neressarius. » Hom. III. Super Missus est, n. 14; P. L.. CLXXXIII, 78.

(3) « yobis prorsus; non enim sibi, non angelis. » Serra. III, De Nattv. Domini: P. T.., CLXXXV, 35.

Parlant de la passion, saint Bernard ajoute : « Elle m'a été donnée parce qu'elle ne pouvait être donnée à un autre. A qui donc serait-elle donnée? A l'ange? Il n'en a pas eu besoin. Au démon? Il ne se relève pas (i). »

L'épître aux Hébreux nous expliquera la raison de cette profonde théologie. Tous ceux qui sont sanctifiés par le Christ ont une même vie avec lui, ils sont ses frères, l'os de ses os; il a pris leur chair, ils communient à la même nature : Qui enim sanctlficat et qui sanctificantur ex uno omnes (2). Jésus n'est pas de la famille des anges, il n'a pas pris leur ressemblance, il n'a pas communié à leur nature spirituelle : ce n'est donc point son Incarnation qui les a sanctifiés.

Saint Thomas résume avec énergie toute cette doctrine : « S'il s'agit de la récompense essentielle, le Christ n'a rien mérité pour les anges, bien qu'il leur ait obtenu une gloire accidentelle (3). — Nos bonnes œuvres doivent se baser sur les mérites du Rédempteur, il n'en est pas ainsi de l'opération angélique : Operatio hominis fundatur in merito Chrîsti, non vero operatio angeli (h). »

Ainsi, la grâce essentielle des anges vient du Verbe seconde personne de la Trinité, elle ne vient pas du Verbe Incarné; elle est une grâce de Dieu, non pas une grâce du Christ.

(1) « Miht data est, quia alteri dari non potuit. Numquid angelo? sed ille non.-ruit. Numquid diabolo? sed ille non resurgit. » Serm. in fer. IV, hebd. sanct., n. 10; P. L., CLXXXIII,

(2) Hebr., II, 11. — Cf. 14-18.

(3) S. THO.M., QQ. dispp., De Verît., q. 29. a. 7, ad 5.

(4) II Sent., dist. 9. q. 1, a. 8. ad 2.

Incarnation

Les deux assertions capitales sur lesquelles sont d'accord tous les thomistes ont donc bien leur fondement dans l'Ecriture et dans la Tradition.

Nous allons voir comment elles se justiûent au regard de la théologie.

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