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LA PERFECTION ET LA BEAUTÉ DU CORPS DE JÉSUS-GHRIST

Le sens chrétien, par une sorte d'intuition plus profonde que nos raisonnements, comprend et

(1) Apoc, I, 5; I PET., I, 18.

(2) Clem. VI. Extravag. comm., De Celebratione Missarum, lib. V; t. IX, C. H.

affirme que le corps épousé par le Verbe devait être harmonieux, parfaitement beau.

Ce corps avait été organisé par miracle (i); il avait fallu la vertu du Très-Haut pour le former d'une vierge et au premier instant, car nous croyons qu'il, a été dès le principe animé par l'âme raisonnable et uni au Verbe vivificateur. Si Dieu intervient ainsi, c'est pour réaliser un chef-d'œuvre : quand la toute-puissance est inspirée et dirigée par l'amour, elle ne s'arrête pas à l'imparfait (2). Il semble donc que cet organisme a dû réunir en lui toutes les richesses de la nature, pour être, en quelque sorte, la merveille et l'idéal du monde des corps. Notre imagination peut très légitimement essayer de se construire une représentation de cette beauté immaculée, pourra-t-elle jamais atteindre la réalité miraculeuse qui est le produit d'une puissance et d'un amour infinis?

Seconde raison, ce corps doit être parfait à cause de l'âme qui lui donne la vie. Chez les autres humains, le corps est souvent réfractaire à l'action du principe vital; les indispositions de la matière interceptent la clarté de l'esprit, et le soleil de l'âme, prisonnier de la chair, doit retenir en lui le trop-plein

(1) Cf. s. THOM., III p., q. 33.

(?) Saint Thomas, m P., q. 46, a. 6, après saint Chrysostome, observe que ce qui est produit par miracle est toujours plus excellent : c'est ainsi que le vin de Cana fut particulièrement exquis. Le corps du Christ devait donc être d'une romplexlon parfaite, précisément parce qu'il était formé par l'opération du Saint-Esprit : « Nam et secundum corpus erat optlme complexionatus, cum corpus ejus fuerit formatum mlrarulose operatione Splritus Sanctl; slcut et alla quse per mlracula facta sunt fuerunt al Ils potlora, ut Chrysostomus dlclt de vlno in quod Chrlstus aqunm convertit In nuptlls. »

de sa lumière : le corps manque d'éclat, c'est la laideur ou la vulgarité.

Mais en Notre-Seigneur pouvons-nous concevoir de semblables indispositions? Cet organisme que le miracle a formé pourrait-il rester un instant rebelle à l'action de l'esprit? La puissance divine qui modelait ce chef-d'œuvre devait-elle permettre des résistances et des obstacles? Cette chair et cette âme ont dû s'épouser et vivre dans l'harmonie; et, donc, l'âme a communiqué au corps ces excellences et cet éclat supérieur qui font la beauté (i).

Troisième raison, l'union du corps avec le Verbe (2). L'Humanité dans le Christ est individualisée et constituée telle en vue de son terme, qui est sa fin et sa raison d'être. Le corps aussi aura son individuation, tel degré de perfection et de gloire, en vue de sa merveilleuse destinée, l'union avec le Verbe de Dieu.

Quand on réfléchit que le terme est le plus noble qui se puisse concevoir, que l'union est la plus intime qui ait jamais existé, que les deux natures se donnent l'une à l'autre avec une force et une tendresse indicibles, et dans une étreinte qui aboutit à une seule personne, on est amené à conclure que l'humanité épousée par Dieu doit posséder, soit du côté du corps soit du côté de l'âme, toutes les gloires que peut porter une créature.

Si Dieu fit le corps du premier homme si parfait

(1) Nous appliquons ici — la raison étant encore plus forte — ce que nous avons dit de la beauté de Marie dans Mère de Grâce, p. 3.

'2) Nous avons exposé dans le Mystère de la Très Sainte Trinité comment le Verbe est la beauté du Père, pp. 198, ss., 351.

à cause du corps que le Verbe devait revêtir un jour (i), que sera maintenant ce corps même oii le Verbe vient habiter? Si le premier Adam avait tant de charmes, que sera le nouvel Adam, idéal du premier? Les autres corps sont beaux à cause de leur ressemblance avec leur modèle, le corps de Jésus sera beau, ineffablement beau, parce que le Verbe de Dieu, source de toute beauté, est sa raison d'être, son terme et sa fin (2).

Telles sont les preuves du sens catholique; la révélation, la tradition, vont-elles les contredire?

Les saints Livres célèbrent en maints passages les charmes du Messie-Roi, le plus beau des enfants des hommes, du Bien-Aimé que l'Epouse ne consent jamais à quitter (3). Ces expressions peuvent s'entendre de la beauté divine ou de la beauté de la grâce, ou bien signifier encore la beauté physique de l'Humanité tout entière.

Un texte d'Isaïe mal compris a fait croire à plusieurs écrivains ecclésiastiques des premiers siècles que le Sauveur s'était présenté au monde sous des dehors chétifs et sans attraits : « Il n'y a en lui ni éclat, ni beauté; nous l'avons vu, et il ne gardait aucune apparence (4). » Il est démontré par tout le contexte que ce passage se rapporte à la passion, dans laquelle Jésus a été défiguré et tourné en dérision comme le dernier des humains.

(1) « Quodeumque entm limus exprimebatur, Christus cooitabetur homo futurvs. • Tkrtull., De Resurrect. carnis, cap. vi; P. L.. II, 848.

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