‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 36 sur 97 · DANS L INCARNATION L UNION PERSONNELLE EST HYPOSTÀTIQUE · texte numérisé non relu

DANS L INCARNATION L UNION PERSONNELLE EST HYPOSTÀTIQUE

Saint Cyrille d'Alexandrie et le symbole de saiiU Athanase comparent l'union de la divinité et de l'humanité dans le Christ avec l'union de l'âme et du corps dans l'homme. Nous avons eu à déterminer plusieurs fois la portée de cette analogie pour dissiper les équivoques et préciser davantage le concept théologique de l'Incarnation. La comparaison du symbole tend seulement à faire comprendre que deux natures peuvent très bien former un seul suppôt sans que l'une absorbe l'autre et sans que l'une existe à côté de l'autre, comme juxtaposée ou séparée. L'analogie s'arrête ici et la pousser plus loin ce serait aboutir à l'erreur d'Eutychès.

Il nous faut insister encore sur les différences déjà signalées entre l'union purement personnelle et l'union personnelle hypostatique.

Dans l'homme, les substances sont incomplètes, c'est-à-dire parties substantielles plutôt que substances spécifiques : l'une, le corps, est la partie potentielle, passive, l'autre, l'âme, est la partie constitutive, l'acte qui donne l'être, la vie, le mouvement, l'opération.

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Dans l'Incarnation, les deux natures sont des substances complètes. C'est manifeste pour la divinité; quant à l'humanité, bien qu'elle n'ait pas de personnalité propre, elle est cependant achevée dans l'ordre de la substance, elle garde toute son intégrité, réalise toute sa perfection, porte en elle tous les attributs humains. La personnalité propre n'est pas de l'essence de la substance créée, pas plus qu'il n'est de l'essence des accidents de reposer actuellement sur leur sujet propre et leur support naturel.

En nous, la personne humaine n'existe pas et ne saurait exister avant l'union, elle résulte de l'union, comme son terme substantiel et définitif; pareillement, elle s'évanouit avec l'union, les âmes des morts n'étant plus des personnes humaines.

La personnalité chez nous n'est pas une entité séparée que Dieu viendrait lui-même anéantir à notre mort ou qu'il devrait créer de nouveau à la résurrection : c'est une perfection de totalité, une perfection de couronnement, résultant de ce que l'âme et le corps sont unis et forment un tout complet et autonome. Par conséquent, dès que l'union prend fin et que le tout se dissout, la personnalité disparaît natui«ellement, nécessairement, sans aucun acte positif de Dieu; dès que l'union est refaite et le tout reconstitué, la personnalité reparaît naturellement, nécessairement, sans aucun miracle distinct de celui qui produit la résurrection.

Dans l'Incarnation, au contraire, la personne existe avant l'union et elle n'est pas modifiée intrinsèquement par l'union. Ce fut une des erreurs de Nestorius de penser que la personne de Jésus-Christ,

Incarnation a

résultant de l'union, ne se trouvait plus identique avec la personne du Verbe avant l'Incarnation (i). Nous avons montré à plusieurs reprises que, lorsque le Verbe revêt notre chair, sa personne ne subit aucun changement, parce que toute la mutation se fait du côté de la nature humaine (2). Il en serait de même si l'union venait à prendre fin. Nous de^ vons croire, assurément, que le Verbe n'abandonnera jamais ce qu'il a pris, que l'humanité saint lui restera toujours unie par des liens plus forts que la mort et que le temps, forts comme l'éternité; mais, absolument parlant, le Verbe aurait pu retirer librement ce qu'il avait accordé gratuitement et ne plus communiquer sa subsistance à la nature humaine. Dans cette hypothèse, la personne divine ne perdrait rien de sa glorieuse immutabilité : en cessant de perfectionner et de couronner l'humanité, elle ne serait point affectée en elle-même, pas plus que^i^e changent les pyramides quand elles cessent d'être le terme de la connaissance du voyageur.

On voit donc que l'union dans l'Incarnation est tout à fait singulière, incomparable : elle est substantielle, sans être essentielle et elle est plus que personnelle. Il faudra l'appeler d'un nom qui lui soit réservé, hypostaiique, non pas simple synonyme de personnelle, mais qui signifiera personnelle dans une acception unique, puisqu'il n'y a pas, nous l'avons remarqué, d'autre exemple dans l'ordre de la nature ou dans celui de la grâce.

Le terme est de la plus pure tradition catholique.

(1) Cf. plus haut, p. 42.

(2) Plus haut, pp. 60-81

Le grand adversaire du nestorianisme, saint Cyrille d'Alexandrie, l'a, pour ainsi dire, glorifié. « Le Verbe, dit-il, s'est uni hypostatiquement, xa^'ôuodraçiv la chair animée de l'âme raisonnable. Quoique les natures soient différentes, l'union est réelle et elle constitue un seul et même Christ et Fils de Dieu (i). » L'expression revient fréquemment dans les conciles (2).

Bien que personne et hypostase soient des synoi^ymes qui puissent être employés indifféremment l'un pour l'autre (3), il faudra toujours se garder de confondre l'union personnelle simple avec l'union personnelle hypostatique, qui est l'onction joyeuse et divine, le sacre substantiel, du Christ Fils de Dieu...

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