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EC0^D COROLLAIRE : LA FILIATION UNIQUE DU CHRIST

Une fois admis que la filiation convient à la personne, il est manifeste qu'il ne peut y avoir qu'un seul fils, partout où la personne est unique.

L'Eglise eut à défendre directement cette vérité contre l'adoptianisme.

Nous avons déjà signalé l'erreur de Diodore de Tarse, lequel distinguait dans le Sauveur le Fils de Dieu et le Fils de David (i).

Vers la fin du huitième siècle, Elipand, archevêque de Tolède, et Félix, évêque d'Urgel, enseignèrent que le Christ en tant que Dieu est Fils par nature et en tant qu'homme fils adoptif. Bien loin de comprendre que professer deux filiations en Jésus c'était introduire deux personnes et renouveler le nestorianisme, ils prétendaient, au contraire, mettre davantage en relief la doctrine du concile de Chalcédoine et affirmer plus efficacement l'intégrité des deux natures dans le Sauveur.

Ils entraînèrent à leur suite l'évêque Acaric et le moine Fidelis, abbé d'une communauté des Âsturies.

L'Eglise vit le danger : diverses condamnations furent portées successivement par le concile de Fréjus (791), que présidait Paulin, archevêque d'Aqui-

(1) Plus haut, p. 37.

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lée; par le concile de Ratisbonne (vQi), enfin par le concile de Francfort (794), qui fut convoqué par les soins du pape et de Charlemagne et auquel prirent part plus de trois cents évêques, en présence des légats du Saint-Siège. La décision du concile fut confirmée par le pape Adrien P'' (i).

Au douzième siècle une nouvelle controverse s'élève dans les Gaules et en Allemagne, avec Luitholphe, Folmare, Pierre de Frisingen. Des conciles particuliers arrêtèrent les excès de langage et de doctrine et l'erreur s'éteignit peu à peu (2).

L'Ecriture et les Pères avaient déjà exclu les principes et les affirmations de l'hérésie adoptienne.

Le Christ visible, le Verbe en tant qu'incarné, qui habite parmi les hommes, est appelé par saint Jean le Fils unique du Père (3), ce qui ne laisse point de place pour une filiation humaine. De même, pour saint Paul, le Christ né de la race de David selon la chair; le Christ livré au trépas pour nous, et donc le Christ même en tant qu'homme, est le Fils de Dieu, non pas le Fils adoptif, mais le propre Fils : De Filio suc, gui factus est et ex semine David secundum carnem (l\); qui etiam proprto filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum (5). Affirmations analogues dans l'épître aux Hébreux : le Christ comme homme, le Clirist visible, par lequel le Seigneur nous a parlé, est le Fils

(1) Cf. DENZINCER. 311-314.

(2) Cf. H. QniLiET, E. PORTALiÊ. AdopHanismc , dans le Diction, de Théol. cath.

(4) nom., I, 3.

(5) Rom., vin. 32

de Dieu, non par adoption, comme les anges, mais par nature, car c'est à lui seul, et non point aux anges, que Dieu a dit : Tu es mon Fils (i).

Saint Hilaire, en quelques mots d'une concision pleine, traduit parfaitement tout le dogme christologique : « Celui-là est le vrai et le propre Fils de Dieu, par origine et non par adoption, en vérité et non pas seulement de nom, par naissance et non par création (2). » — Non moins expressif saint Augustin : « Il devait baptiser Celui qui est le Fils de Dieu, Fils unique et non pas adoptif. Les fils adoptiSs sont les membres du Fils unique; le Fils unique a la puissance, les fils adoptif s ont un ministère délégué (3). »

Si ce terme d'adoption vient parfois sous la plume des Pères, le sens est bien déterminé par le contexte : quand on dit que la nature est adoptée, on entend, non pas qu'il y a dans le Christ une filiation adoptive, mais que l'humanité a été assumée par le Verbe gratuitement, d'un amour de condescendance et non point à cause des mérites naturels (4).

La preuve théologique ressort de tout ce qui a été dit. Adopter c'est prendre une personne étrangère et lui donner droit à un héritage qui ne lui était pas dû en vertu de sa naissance. Impossible de concevoir dans le Christ une personne étrangère, car l'unique personne est de la famille de Dieu, engendrée par Dieu, possède toute la nature de Dieu, a droit naturellement à tout l'héritage de Dieu.

(1) Hebr., 1, 4, 5.

(2) S. niLAR., De Trin., llb. III. n. II; P. L., X, 82.

(3) S. Adgdstin., Tract. \m in Joan., n. 4; P. L., XXXV. 1439

(4) Cf. S. HrUR., De Trin., llb. II, n. 27; P. L., X. 68.

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La dualité des uatures ne saurait fonder une double filiation; car la filiation, terminée au tout complet, subsistant, ne convient pas à la nature comme telle, mais en tant qu'elle subsiste dans le tout : c'est à ce tout, au suppôt, à la personne, qu'elle convient à proprement parler. La nature n'est pas appelée fille, c'est le suppôt seul qui est appelé fils (i). Dès lors, pas de filiation humaine possible, du moment que la personne humaine n'est point possible dans le Sauveur.

Tous les théologiens sont d'accord sur ce point fondamental : le Christ même comme homme est Fils de Dieu, non pas d'une filiation morale, mais essentiellement et par nature. Cependant quelques anciens scolastiques, à la suite de Durand et de Scot, ont pensé qu'on pouvait attribuer à Notre-Seigneur, outre la filiation naturelle, une filiation adoptive à raison de la grâce sanctifiante, qu'il possède dans toute sa plénitude. La grâce, disent-ils, doit avoir partout où elle se trouve son effet immédiat, qui est de constituer le juste fils adoptif de Dieu.

Cette opinion, entièrement abandonnée depuis longtemps, est regardée — non pas comme hérétique, car ce n'est pas elle que visaient les condamnations de l'Eglise — mais comme dangereuse ou erronée (2).

La grâce ne peut rendre fils adoptif, c'est-à-dire fils par simple participation, celui qui est fils par nature.

(1) s. Thom., III p., q. 23, a. 4.

(2) Cf. les commentateurs de S. TnOM., in III P., q. 23 : Cajftvn, Sylvu;s, oodot, go.net, les S*LM\NTictv8i8, etc.; E. Poe- TOLiÉ, art. AdopllanUme.

L'adoption, avons-nous dit, suppose une personne étrangère à celui qui adopte. Le Christ, sous quelque point de vue qu'on l'envisage, même en tant que perfectionné par la grâce sanctifiante, ne pourra jamais devenir étranger ni être considéré comme une personne étrangère à Dieu. Il n'est donc point possible qu'il soit adopté à raison de la grâce.

Le principe plusieurs fois invoqué garde ici encore toute sa valeur. La filiation ne convenant qu'à la personne, si le Christ était fils adoptif par la grâce, il deviendrait une personne humaine par la grâce, ce qui est l'hérésie nestorienne!

Enfin, s'il était capable de cette filiation adoptive, il devrait être appelé le fils de la sainte Trinité, aussi bien que les autres justes, conception que les Pères regardent comme une absurdité. « Pourrait-il donc, s'écrie saint Fulgence, se trouver quelqu'un d'assez insensé pour dire que Jésus-Christ est le fils de la Trinité (i)? »

Une seule personne subsistant en deux natures complètes, une seule filiation : voilà l'Incarnation véritable, voilà le mystère du Christ Jésus, Médiateur unique de Dieu et des hommes, qui a daigné nous accepter pour frères et nous donner une participation accidentelle de ce nom béni de Fils qui en lui reste au-dessus de tout nom!

(1) s. FULGENT., Cont. Fabian., c. xxxii; P. L.. LXV. 803.

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