PREMIÈRE THÉORIE
Sans nous attarder sur les opinions particulières des métaphysiciens, nous nous sommes contenté jusqu'ici d'exposer la doctrine sur laquelle doivent s'accorder tous les croyants : l'union des deux natures dans le Christ est substantielle, parce que le Dieu- Homme est un tout substantiellement un; elle n'est
(1) Cf. s. Thom., m p., qq. 2, 4, 17, et ses commentateurs In h. 1. : Cajetan. Sylvtus, Ban>ez, jea.n de Saint-Thomas, godot.
GONTT, CONTESSON, SALMA.MICENSES, BiLLUART. GOTTI; TlPHA.MLS. De
Eypostasi; Suabez, De Incamatlone, disp. xi, sect. 3; Terrien, De Untone hypostatica; Fra.nzkliji, thés, xxxiii-xxxvi; billot, q. 2; L. jANSSBiS, t. IV, pp 621, ss.; PRÉvET, Theol. Dogm. Elementa, t. II; de Récnon, Etudes de Théologie positive sur la Sainte Trinité, t. I
pas essentielle, attendu que les deux natures persistent dans l'union, entières, sans confusion, sans division; elle est personnelle et hypostatique, parce qu'il n'y a dans le Christ qu'une seule personne, celle du Verbe, à l'abri de tout changement et de toute évolution.
Tout le monde convient donc que la nature humaine en Jésus n'a pas de personnalité propre; mais qu'estce qui constitue formellement la personne et en quoi consiste cette réalité que le Verbe supplée dans l'humanité sainte?
Les réponses des théologiens étant nombreuses, nous exposerons à grands traits les principales théories.
Un certain nombre de scolastiques, soit anciens soit modernes, enseignent, à la suite de Scot (i), que la personnalité est un mode négatif et exclusif de toute communicabilité à un autre suppôt; en d'autres termes, que la nature raisonnable, singulière et complète est une personne, de ce chef qu'elle n'est pas prise par un suppôt plus parfait. Ainsi, en Jésus- Christ, la nature humaine n'est pas personne, parce qu'elle a été assumée par le Verbe, mais elle possède en acte tout ce qui, en dehors de cette union, constituerait un suppôt distinct du Verbe.
Si cette conception est interprétée rigoureusement dans le sens d'une négation pure, elle est manifestement inadmissible; car on ne pourra jamais expliquer par un mode négatif cette perfection exquise, cette haute excellence de la personnalité que saint
(1) Cf. SCOT., III Sent., dist. 1, g. 1.
Thomas appelle ce qu'il y a de plus achevé dans l'être (i).
D'autre part, s'il ne manque à l'humanité aucune perfection positive, peut-on dire qu'elle n'est pas réellement une personne?
Enfin, l'union pourra-t-elle être réelle et intrinsèque si elle n'implique qu'une négation, s'il n'y a pas une réalité positive dans laquelle puissent communier les deux natures?
Il ne semble donc pas que l'union hypostatique puisse être réelle dans la théorie du mode négatif pris à la lettre.
D'autres théologiens, après Tiphaine, dont l'opinion a été complétée plus ou moins par Franzelin, Tongiorgi, Palmieri, etc., répondent que la personnalité, outre le point de vue négatif, inclut une certaine réalité positive, qui est la totalité même du composé subsistant.
Solution insuffisante. La totalité n'est que le résultat des parties composantes, sans y ajouter rien de nouveau, de réel, de positif. Malgré cette manière positive de la concevoir, on n'arrive pas à donner à la personnalité une perfection vraiment positive, un élément nouveau qui la distingue de la substance individuelle complète, et on n'explique pas pourquoi celle-ci n'est pas une personne.
(1) « Nomen personae signlflcat Id quod perfectlsslmum est In natura. » I P., q. 29, a. 3