ELLE EST IMMÉDIATE
Nombre de théologiens ont imaginé entre l'humanité et la divinité en Jésus-Christ un lien substantiel distinct de chacune d'elles et qui les unirait substantiellement et indissolublement.
Théorie réfutée par saint Thomas. « Il faut savoir, dit-il, que dans l'union de la nature humaine et de la nature divine il ne peut pas y avoir une sorte de milieu qui produirait l'union par manière de cause formelle et auquel la nature humaine s'unirait d'abord avant de s'unir à la personne divine. De même, en effet, qu'il ne saurait y avoir entre la matière et la forme un milieu qui saisirait la matière avant la forme (autrement l'être accidentel serait avant l'être substantiel, ce qui est impossible), ainsi entre la nature et le suppôt il ne saurait y avoir un intermédiaire (i). »
(1) s. Thoh., III Sent., dlst. n, q. 9. a. S, qusestlunc. S.
— iS/i —
Les deux natures se donnent donc l'une à l'autre directement, se touchent immédiatement, sans se confondre; la personne du Verbe communique par elle-même sa subsistance et son existence à la nature humaine, devenue ainsi sa propriété inaliénable et son épouse ineffablement aimée.
Nous ne mettrons donc entre les deux natures qu'une relation : réelle du côté de la créature, qui dépend effectivement du Verbe, et seulement de raison du côté de Dieu, qui n'est modifié en rien par l'humanité assumée.
Pourquoi, en effet, le Verbe, qui produit immédiatement la nature humaine, ne pourrait-il pas la perfectionner, la terminer par lui-même, s'unir à elle directement.^
Et puis, l'union serait-elle vraiment substantielle si les deux substances ne se touchaient pas ellesmêmes, mais seulement par un intermédiaire, par un lien distinct d'elles-mêmes?
Voilà donc ce qu'est l'union hypostatique : le don immédiat de la personne divine à l'humanité; telle est cette onction d'allégresse qui a sacré l'humanité et l'a embaumée tout entière...
La personne du Verbe s'est communiquée en même temps à toutes les parties de la nature hu maine. C'est un point de l'enseignement catholique, contre les rêveries des origénistes, que l'âme de l'homme n'est pas créée avant d'être unie au corpp et que le moment de sa création est le moment dp £on infusion dans l'organisme (i). D'autre part
(1) Cf. notre Cursus Philosophix Thomisltcae. t. III. pt I9f, sa
l'âme du Christ n'a pas été créée avant son union
avec le Verbe. Elle aurait eu une subsistance propre, et dès lors deux hypothèses impossibles : ou cette subsistance demeure et dans ce cas point d'union hypostatique; ou elle est détruite, et dans ce cas gigantesque miracle, inutile, choquant, inadmissible, puisque le Verbe dans l'Incarnation ne vient point détruire mais perfectionner.
Le^ corps, de son côté, n'a pas été pris avant l'âme, car ce qui le rend digne de l'union c'est d'être humain et il n'est humain que par l'âme raisonnable.
Donc, union immédiate du Verbe au corps et à l'âme, et dès le premier instant de l'Incarnation. Aussi bien le symbole affirme-t-il que Jésus-Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu, a été conçu du Saint- Esprit dans le sein de la Vierge Marie, comme pour donner à entendre qu'au même moment eut lieu la conception et l'union hypostatique (i).
Toutefois, puisque le corps est voulu à cause de l'âme, que l'âme est parfaite à raison de l'esprit, que les parties sont recherchées en vue du tout, désiré pour lui-même, on peut dire que le Verbe a pris le corps par l'intermédiaire de l'âme, l'âme par l'intermédiaire de l'esprit (2). Mais c'est seulement une formule, destinée à mettre en relief l'ordre de dignité entre les diverses parties de la nature humaine. Il est bien certain que le Verbe s'est uni à toutes directement et au même instant; il les à
(1! Cf. s. LEO M., Evlst. XXXV ad JuUan., c. m; P. L., 1 iv
â' ». Thom., III p., q. 6
Incarnation 9
toutes pénétrées jusqu'au tond, leur a octroyé à toutes ce don inénarrable cpii dépasse nos conceptions et qui fait que Jésus, comme nous l'avons déjà expliqué, est la beauté de Dieu, la grâce, le charme de Dieu, révélés aux hommes...