SCIENCE ACQUISE
Quand on a compris que l'âme du Christ est, en quelque sorte, l'idéal spécifique réalisé (i), on est forcé de conclure que son intelligence est incomparablement supérieure à tous les génies et qu'elle a pu acquérir par un facile travail la science qui coûte aux humains tant de labeur.
II a semblé pourtant à de grands théologiens du moyen âge que l'acquisition de la connaissance par l'intermédiaire du monde sensible et avec le concours des sens accusait une imperfection peu compatible avec la dignité de cette humanité idéale. Richard de saint Victor, saint Bonaventure, Durand et tant d'autres, saint Thomas lui-même dans sa jeunesse, enseignaient que le Christ avait reçu directement de Dieu la connaissance qui est acquise chez nous. Ce serait donc en lui une science d'un ordre à part : non point le savoir essentiellement infus dont nous venons de parler, car elle est du genre de la science qui s'acquiert par les actes, non point cependant notre science acquise, parce que Dieu a versé lui-même dans l'intelligence du Sauve\ir cette manne de la vérité que nous devons recueillir sur le vr^ste champ de la création.
fl) Voir plus haut, pp. 140-142.
— aSi —
€ette théorie était trop arbitraire; saint Thomas la combattit dans la Somme, toute l'école thomiste et le plus grand nombre de théologiens admettent que Notre-Seigneur acquit par ses actes une véritable science humaine, dans laquelle il y eut progrès réel, qui s'est perfectionnée successivement, jusqu'au jour où son intelligence s'est reposée dans la plénitude du savoir (i).
Nous l'appelons science acquise et non pas seulement expérimentale, parce que Notre-Seigneur faisait plus qu'expérimenter, il déployait toute son activité intellectuelle et par le vivant travail de l'appréhension, du jugement, du raisonnement, de l'analyse,; de la synthèse, il construisait dans son esprit uni véritable édifice scientifique.
Il faut lui reconnaître cette science pour expliquer; littéralement le texte évangélique : a II croissait enâge et en sagesse (2). » Le progrès en science est réel comme le développement physique du corps si l'Enfant Jésus acquiert avec les années des idées nouvelles qui sont un vrai trésor de savoir et qui lui montrent sous un autre angle et sous un autre jour ce qui lui était manifesté déjà par ses sciences supérieures.
L'Evangile lui attribue encore l'admiration (3). Or cet acte suppose une certaine surprise, une découverte que fait l'esprit, une expérience nouvelle, €n un mot, une acquisition de science.
On donne par là même une interprétation satis-
(1) Cf. s. THOM., III P., q. 9, a. 4, q. 12; et les commentateurs déjà cités.
(2) Luc. n, 57.