MATTH., VIII
Incdi laition 13
— aSa —
faisante des passages où les Pères affirment que le Christ ignore selon la chair et qu'il devait prendre, pour guérir l'homme tout entier, une humanité sujette, comme la nôtre, à l'ignorance et au ]^ r^^rès. Il ignore, en effet, selon ce point de \ue, sa nature obéit à la loi du perfectionnement, son intelligence se meuble à nouveau, puisque des idées nouvelles s'ajoutent aux idées déjà formées.
Ce n'est point là une construction artificielle, comme l'ont dit certains modernes peu initiés aux théories scolastiques, c'est l'activité merveilleuse de la plus belle intelligence qui ait jamais honoré l'humanité. Nous croyons à la science acquise du Christ, parce que nous croyons à son génie, parce que nous n'arrivons pas à concevoir que tant d'énergies mentales n'aient pas eu leur expansion normale et leur opération proportionnée.
Si cette activité s'est déployée tout entière, il y a eu dans le Christ progrès fécond et scientifique.
Plus rapide, plus infaillible que le génie dans ses intuitions, l'entendement du Sauveur lisait bien vite dans le livre de la nature tout ce que le Verbe y a écrit.
Le Docteur suprême du surnaturel, le souverain des anges et des hommes, ne devait pas avoir d'autre maître que lui-même (i). Il pouvait bien puiser la science dans la nature, parce que les réalités extérieures sont le signe de la pensée divine, la traduction sensible des idées éternelles; mais les livres et les paroles ne sont que les vicaires des idées d'un
(1) s. TitOM,, III P , (/. 12. a 3.
homme, et le Maître universel n'a rien à demander à la pensée humaine, pas plus qu'il ne doit dépendre des anges, ses sujets (i). L'économie providentielle demandait que cette âme connût par son travail personnel ce qui l'intéressait actuellement et qu'elle n'ignorât rien de ce qui convenait à son état présent.
Nous avons dit que l'esprit de Notre-Seigneur est plus vigoureux, plus actif, plus compréhensif que le génie : il a donc pu voir naturellement toutes les merveilles que les hommes découvriront dans le cours des siècles, et pénétrer plus loin encore, parce que cette énergie était dirigée et comme fécondée par ses deux sciences supérieures.
Bien loin de concevoir une cloison étanche entre les trois sciences de notre Maître, il faut dire, au contraire, que la vision et la science infuse fortifient la science expérimentale et acquise. De même que dans les anges la vision intuitive ne nuit en rien à la connaissance naturelle du pur esprit, de même que, après la résurrection, la vision béatilîque laissera à notre entendement humain toute son activité propre; ainsi en Jésus les deux sciences surnaturelles, bien loin de gêner la science acquise, ont contribué à son complet épanouissement.
Celle-ci, évidemment, n'a jamais eu l'étendue des deux autres, mais les principes établis nous permettent de dire qu'elle a dû atteindre un jour tout l'ensemble des vérités auxquelles l'esprit humain peut s'élever (2). C'est alors que l'intelligence de
(1) s. Thom., ibid., ad 2
(2) Cf. Mgr Chollet, op. cit., ch. v.
Jésus a cessé de progresser pour se reposer dans la possession définitive de la vérité et de la beauté.
Heureux les savants qui travaillent avec le Christl Heureuse l'étude ainsi comprise, heureux les moments passés prèi; de l'âme adorable de Celui qui fait les génies et qui fait les saints (i)l
(1) Le Rosaire et la Samteié, p 43.