‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 77 sur 97 · MATTH., XXVI, M · texte numérisé non relu

MATTH., XXVI, M

L'heure de quitter ce monde et d'aller au Père était fixée par Dieu : Venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Patrem (i).

D'autres inconvénients très graves découlent de cette conception. Il suivrait de là que le Sauveur n'a pas été libre par rapport à sa mort et qu'il n'a point mérité par sa mort elle-même. Or, au dire du concile de Trente, c'est par cette mort très sainte, c'est par sa passion sur l'arbre de la croix, qu'il nous a mérité la justification et tous les biens du salut (2).

Enfin, pas pSus que la précédente, cette théorie ne saurait concililr la liberté avec les préceptes naturels.

Troisième solution. Le commandement aurait été conditionnel tout d'abord et ne serait devenu rigoureux qu'après seulement que Notre-Seigneur eut choisi lui-même la mort comme moyen de salut pour l'humanité.

Bien loin d'avoir un fondement dans la révélalion, cette opinion ne tient pas compte des textes déjà cités, qui impliquent de la part de Dieu un précepte absolu et de la part du Christ une obéissance complète. Dans cette hypothèse, la cause première de la rédemption des hommes, la cause déterminante, c'est la volonté humaine du Christ, tandis que l'Ecriture fait toujours remonter à la volonté divine, à Dieu lui-même, le bienfait du salut : « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique (3). » — Ce n'est point parce

(2) CONC. TRIDENT., SeSS. VI, cap. VII; DENZINGER, 799, 800.

(3) JOAN., m, 16.

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que la liLerté humaine a choisi la première que Jésus est livré, c'est parce que Dieu aime le monde et veut le sauver. Enfin, cette théorie ne résout pas mieux que les précédentes le problème de la liberté par rapport aux préceptes naturels, qui sont absolus et indispensables.

Quatrième solution. Pour les thomistes, le précepte est absolu et rigoureux, soit quant à la mort soit quant aux circonstances, mais la difficulté ici n'est pas autre que la difficulté générale de concilier la liberté créée avec la prescience éternelle et avec le concours divin.

De même que le décret prédéterminant porté de toute éternité ne nuit en rien à la contingence de l'acte qui se produira dans le temps, de même que la liberté demeure intacte sous l'influence de la motion divine; ainsi le précepte du Père ne rend point fatale l'obéissance du Christ et la grâce, toujours efficace en lui, bien loin de gêner la volonté, assure et produit les actes parfaitement libres et méritoires.

L'union hypostatique entraîne pour l'âme cette plénitude de grâce habituelle ou actuelle qui se soumet toutes les puissances et exclut le péché; elle garantit pour chacun des actes humains une motion infaillible qui les rend parfaits.

« Dieu opère en nous, comme dans tous les êtres, selon notre propriété, et, comme son concours avec les forces de la nature ne fait pas qu'une lionne enfnnte des agneaux, son concours avec une puissance libre ne fait pas qu'elle produise des actes nécessaires ni qu'elle perde en agissant le pouvoir

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radical de résister (i). » — Ainsi donc, en Jésus- Christ, le pouvoir radical de ne pas mourir ou de ne pas poser tel acte existait véritablement, c'est seulement le fait de ne pas mourir ou de ne pas opérer qui ne s'est pas réalisé et qui, vu le plan divin, ne devait pas se réaliser. La liberté est donc demeurée intacte dans le Sauveur, comme j'avais l'entière faculté de m 'asseoir à tel moment, bien que le fait n'ait pu avoir lieu parce que je me suis trouvé en marche à ce même instant. La prédestination et la grâce efficace, tout en laissant la puissance entière, assuraient infailliblement que le fait ne se produirait pas, comme il est arrivé infailliblement que je n'ai pas été assis à telle heure de ma journée.

La plupart des théologiens modernes reviennent à la solution commune parmi les thomistes. Tout le monde, assurément, n'explique pas de la même manière l'accord de la liberté humaine avec le concours de la Cause première; mais même des écrivains molinistes, comme le P. C. Pesch (2), reconnaissent qu'il faut résoudre le problème spécial de la liberté du Christ comme le problème général de la liberté créée sous l'action divine et sous la grâce efficace.

Quoi qu'il en soit des explications, il est démontré que le Christ est libre et impeccable, que notre contact avec lui nous vaudra des énergies durables pour éviter le péché, que notre humble obéissance, greffée sur la science, nous obtiendra d'éclatantes victoires. . .

(1) p. MONSABRÊ, Carême de 1876, 23' conférence. (2,1 Cf. C. PESCH. De Verbo Incamato, prop. xxvi.

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