EXCELLENCE DE LA SENSIBILITÉ EN NOTRE-SEIGNEUR
La sensibilité en Jésus était exquise : au point de vue physique, d'abord, parce qu'elle était aidée par un organisme parfait, chef-d'œuvre de l 'Esprit-Saint; au point de vue moral, ensuite, parce qu'elle n'était point ternie ni troublée par la concupiscence et que, ne pouvant dévier vers le désordre, elle restait toujours au service de la vertu.
Les passions du Christ, quoique réelles comme la nature humaine, dont elles attestent la vérité, sont cependant volontaires, au dire des saints docteurs (3), en ce sens que la volonté les tient toujours sous son empire.
(1) MARC, m, 5; JO*N.. II, 14-17, XIV, 31. XVIII, 4. SS.
(2) Mgr Chollet, La Psychologie du Christ, t. II, p. 121. •
(3) Cf. S. Augustin., De Civil. Del. llb. XIV, c. ix, n. 3; P. £.. XLI, 415; s. FULOENT., Evlst. 18 ad Beglnum. c. iv, n. 10; P. L.. LXV. 496.
Incarnation 14
Les nôtres se portent souvent vers l'objet mauvais, qui nous séduit par ses perfldes amorces, ou vers l'objet frivole, qui nous fait gaspiller nos énergies; celles de Jésus sont toujours orientées vers l'honnête, vers l'utile, vers la lin de la Rédemption.
Les nôtres préviennent plus d'une fois la raison et troublent la sérénité de ses décisions; celles de Jésus, commandées par la partie supérieure, n'agissent que sur ses ordres.
Les nôtres aboutissent parfois à des effets désastreux : au lieu de se tenir dans leur domaine propre, elles empiètent sur celui de la raison et entraînent avec elle la faculté maîtresse qui aurait dû les gouverner et les dompter; celles de Jésus, toujours harmonieuses, ne sortent jamais de leur rayon et servent toujours l'esprit.
C'est pourquoi de grands docteurs, à la suite de saint Jérôme (i), disent que les émotions en Notre- Seigneur sont plutôt des propassions que des passions.
Elles sont bien des passions véritables au sens philosophique, c'est-à-dire des mouvements réels de l'appétit sensitif, mais elles restent entièrement affranchies des désordres qui trop souvent accompagnent ces mouvements chez les autres humains. Les passions telles que nous les décrit l'histoire du monde ont été les vraies reines de l'humanité, elles ont courbé la raison sous leur honteux empire. Pour faire donc bien comprendre que la sensibilité en Jésus a toujours été sous la gouverne de la volonté
(1) s. HiERON.. In Matth.. v, 28; p. L.. XXVI. 38.
et que le royaume des facultés inférieures a toujours gardé la tranquillité de l'ordre, on dira très justement que le Sauveur a eu des propassions (i).
Toutefois, le terme de passion n'impliquant par lui-même que la réalité philosophique déjà expliquée, on pourra le conserver aussi et affirmer que le Christ a eu des passions de la même nature que les nôtres, différentes seulement par les conditions et le mode d^agir. « Jésus, qui aima et qui aima de l'affection la plus tendre et la plus violente à la fois, dut avoir les passions les plus vivantes et les plus fortes. Fleurs épanouies sur l'arbre de l'affection la plus pure, elles furent nobles, sans tache, et dégagèrent le plus suave parfum (2). »
Cette excellence de la sensibilité, cette harmonie des passions, résultaient infailliblement des mêmes causes qui ont produit l'abondance des grâces, l'exemption de la concupiscence, l'impeccabilité absolue.
Il suffît à notre but d'avoir exposé les principes théologiques; on trouvera, pour le reste, de beaux développements dans nombre d'ouvrages pleins de doctrine, de piété, de poésie (3).
(1) s. THOM., III p., q. 15. a. 4; Salmant., disp. XXV, dub. vni. nn. 104, ss.
(2) Mgr ChOLLET, op. cit., p. 147.
(3) Voir, entre autres : Bossuet, Premier Sermon pour la Profession de M°" de la ValUère; P. Monsabré, 39' conférence, Le Cœur de Jôsus-Christ; Mgr Chollet, La Psychologie du Christ, ch. IX; P. Ollivier, Les Ainitiés de Jésus- Charles Sauvé, Jésvis Intime.