‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 80 sur 97 · SI LA TOUTE-PUISSANCE DIVINE CONVIENT · texte numérisé non relu

SI LA TOUTE-PUISSANCE DIVINE CONVIENT

A l'humaiMté du christ

Les ubiquitaires du seizième siècle, reprenant sous une autre forme la conception monophysite qui attribuait à l'humanité de Jésus les propriétés mêmes de la divinité, en vinrent à dire que cette humanité a reçu l'immensité et la toute-puissance divines. La droite du Père, expliquent-ils, est partout : Jésus-Christ, même selon son humanité, est à la droite de Dieu; donc, même selon son humanité, il est présent partout. Les novateurs prétendaient prouver de cette manière que le Christ peut être présent sous toutes les hosties du monde sans qu'il y ait transsubstantiation.

Luther s'attacha quelques temps à cette erreur; ses disciples Buntius et Jean de Westphalie lui donnèrent une célébrité que grandirent encore Illyricus et Osiandre.

Des catholiques pleins de foi et de piété, mais trompés par une mystique qui manquait de base théologique, ont écrit, surtout au dix-neuvième siècle, que la vie de Jésus en nous comporte une certaine présence de l'humanité sainte dans les justes.

Les paroles du symbole suffisent à réfuter ces fantaisies. Si le Christ est descendu aux enfers, s'il est ressuscité des morts, s'il est monté aux cieux, s'il doit revenir pour juger les vivants et les morts, il est manifeste que son humanité n'est point partout.

L'union hypostatique ne change pas la condition des natures : l'humanité et la divinité gardent ce qui leur est propre et jamais le caractère distinctif de la divinité ne deviendra un attribut de la nature humaine.

Il répugne absolument que la toute-puissance et l'immensité soient communiquées à une nature, comme il est impossible que l'infini soit jamais renfermé dans le fini. Pour n'avoir pas de limite dans le temps, il faut être éternel; pour n'être pas arrêté par l'espace, pour dominer tous les lieux à la fois, pour étendre sa vertu à tous, il faut posséder l'infinité proprement dite.

Le texte évangélique si mal interprété : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre ))," peut s'expliquer du Christ en tant que Verbe ou du Verbe Incarné à raison de la personne divine, ou,

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s'il s'entend de l'humanité, il signifiera le pouvoir d'excellence donné à Jésus pour opérer les miracles, conférer la grâce, instituer les sacrements, mais qui n'est ni l'infinité ni l'ubiquité.

L'expression « être assis à la droite du Père », si on l'applique à l'humanité, signifie que celle-ci est adorée avec la personne divine, dont elle est inséparable, qu'elle est associée à la béatitude du Père et qu'elle exerce avec Dieu la puissance de juger, mais non point qu'elle a l'ubiquité et l'infinité de Dieu (i).

L'humanité ne pouvait pas non plus recevoir, même à titre d'instrument, le pouvoir de créer ou d'anéantir. La création, parce qu'elle tire l'être du néant, exclut toute idée de sujet préexistant : or, la créature doit précisément faire sortir d'un sujet donné tout ce qu'elle réalise d'être, de vie, d'activité (2).

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