‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 110 sur 218 · MATHIEU · texte numérisé non relu

MATHIEU

Nous en avons a grant largesse :

allons nous en le grant chemin.

RUBBN

Gedeon, et vous, Neptalin, bonnes nouvelles vous apporte.

GBDBON

16125 Est ce chose qui nous confforte ou porte consolacion ?

RU BEN

Oy, et grant perfection, et puisque dire le convient, Jhesus, le saint prophète, vient 16130 la sainte cité visiter.

GEDEON

Est il vray?

RUBBN

Plus n'en fault doubter :

il vient pour nostre remonstrance et ses bons amis confforter.

NEPTALIN

Est il vray?

MOAB

Plus n'en fault doubter :

16135 sur l'asnesse est volu monter, et vient par humble contenance sans monstrer orgueil ne bobance ; nous y pourrons moult proffiter.

ABIRON

Est il vray?

TUBAL

Plus n'en fault doubter :

16140 il vient pour nostre remonstrance. Partons nous en belle ordonnance, allons a l'encontre de luy.

GELIUS

Abacut, n'est ce pas celluy

Uyr7ii-8ô manquent A.

*ble ressussitacion C. -

Pas.

• 16082 En la chassant le - 16137 bombance B.

G. " 16068 Que nostre voye puissions faire A. -^ 16108 De sa

MISTERE DR LA PASSION

qui tel gloire manifesta 16145 quant Lazaron ressuscita, le benoit prophète Jhesus ?

ABACUT

C*est il proprement, Gelius :

allons a sa doulce présence luv faire honneur et reveranco 16150 comme a nostre souverain rov.

RUREN

Chacun se mette en bel arroy :

prenons do palmes beaux rinceaux, draps dorés exquis et nouveaulx, et les cstandons en la place, 16155 aftin que Tasne dessus passe du vray rédempteur d'Israël.

OEDEON

Veez cy le doulx Emmanuel, veez cy le rédempteur du monde, veez cy le sauveur pur et monde 16160 qui nous doit a gloh*e avoyer.

NBPTALIN

0 saint et beneurc loyer de nostre attente désirée, benoite soit ceste journée que nous te poons convoyer!

HOAU

16165 Corps et biens voulons emploicr a ta loange bien euree, o saint et beneuré loyer de nostre attente désirée.

Pitié me constraint larmoier 16170 dessus toy, cité malheuree :

se tu sceussos ta destinée, de lermes te deusses noyer.

ABIRON

O saint et beneuré loyer de nostre attente désirée, 16175 benoite soit ceste journée que nous te poons convoyer!

TUBAL

Cause n^avons de simploier :

veez cy nostre roy, nostre sire, le bien que nosti'c cueur désire, 10180 que les prophètes ont prédit.

Osanna filio David/ a joye «oiez vous reccu !

CELILS

Benoit soies qui es venu ou nom de Dieu, nostre vi'ay perc l 16185 benoit soit le divin mistere

qui ung tel trésor nous envoyé !

ABACUT

Gestez ces rinceaux par la voye, faisons jeus et esbatemens, et estandons nos vestemens 16190 a la venue du seigneui*.

RUBEN

0 benoit saulveur, 0 vray rédempteur d*hamaine nature, A toy soit honneur, puissance et valeur sans fin ne mesure !

OEDEON

Chantons, menons joye, chacun se resjoye a ceste venue.

Le i^euple festoie

et mon cueur larmoyé :

c'est liesse nue.

NEPTALIN

Saulveur benedict, gendre de David, bien soiez venu.

Ce joyeulx conduit sera mal conduit et bien cher vendu.

MOAB

Chacun se concorde et sa voix accorde faire beau record.

0 nude concorde, qu'en faulce discorde vendra oest accord !

ABIRON

Fille de Syon, en devocion ton maistre reçoy, qui vient mettre en toy visitacion.

jHRsrs

Lamentacion, dcsolacion et piteux convoy sur toy venir voy, fille de Syon.

TUBAL

0 noble cite,

16152 et riusseaux C. — 16160 mener C. ^ 16lî7 lermoyer C. «• 101S2 vous manque B. — 16100 do ao^trt d 16110-12 manquent B. -> 16213 malle Ô. — 16125 benoîte C.

SECONDE JOURNEE

grant jo jeusetë doys en toy avoir, (pii vas recevoir ta félicité.

JHBSUS

16330 En perplexité,

en adversité te voy promouvoii' :

c'est piteux avoir, 0 noble cité.

GBLIUS

16235 Filz David, roy de majesté, en qui giat puissance divine, qui les aveugles enlumine et aux mors sces la vie rendre, a honneur puisses huy descendre,

RHO et nous doint Dieu qu*a tousjours mais dessoubz toy puissions vivre en paix comme nous y avons ûauce.

ABACUT

C'est nostre bien, nostre espérance.

Osanna filio David!

i6iVô et benedictus qui veiut

au n(Hn du triumphant haultain !

Maintenant sommes tout certain de la nostre redempcion.

JHBSUS

Pour faire predicacion fj;^ et le peuple vers Dieu attraire, vers le temple me fault vetraire, car il y a des gens foison.

JAOOB, scribe»

Veez cy la plus forte poison, la rage plus desmesuree

ifiâK qu'oncques fortune ait mesurée depms llieure que me congnus :

tout le monde suyt ce .Ihesus, tout le monde luy fait honneur et le tient pour roy et seigneur,

I4f60 et nous sommes mis au derrière.

JORRAN

Tou} le peuple luy fait tel chiere pour ce que pieça ne le vy que tout son courage est raty de luy dons et honneur parfaire,

16265 et briefmeut il n'en peut plus faire s'ilz ne le portent en leui*8 bras.

YSAGAR

On luy estant robes et di*aps, on luy chante motès, psealmes, on luy gette rainceaux de palmes, 16^70 comme ce fust Dieu de lassus.

JMEROBOAN

Bi'iefment nous en sommes deceus, que tout nostre fait n'en vault nen ; nous en pardons tout nostre bien.

Vous voyez qu'ilz le suy vent tous, 16275 et l'en ne tient compte de nous ne de la justice civille a cent pars, non pas a dix mille que Ton souloit faire jadis.

MARDOCEUS

Nous ne procédons que par ditz 16280 et menaces de longue main :

telz fabuzes sont tout en vain, nostre fait n'a point de conduitte :

nos princes l'ont ainsi conduite ; ce sont tousjours de leurs façons.

ANNE

16285 Que voulez vous que nous façons ? nous sommes doUans de ces festes ne plus ne moins comme vous estes :

tant en avon com vous avez.

GAYPHE

S'aucune remède y sçavez, 16290 pour Dieu veilliez le nous apprendre.

MARDocaros Oy : il ne le fault que prendre prestement par cruel effort et Toccire.

GAYPHE

Il seroit bien fort !

Et quand est a ceste pensée,

16205 c'est mal advisé, Mardocee ; et mal conduit son avangarde celluy qui la fin ne regaHe ; mes il ne vient aultres consaulx par coustume de jouvenceaux :

16300 si ne s'en fault point esbayr.

Comment pensez vous envahir cest homme cy soit près ou loing, quand, s'il venoit qu'il eust besoing, tout le monde sei*oit poui* luy ?

16i23iî Ta A. ~ 16232-16835 manquent C. — i6?35 de daaid A. B. — 16236 luist C. — 1623S fais la veue G. — 16S65 I wn iH^Hent A. ~ 16Ï66 porte entre ses bras B. — 16268 notes B. et psealmes B. C. — 16269 et pdlmes B. — KS^i Ce sont tousjours nos redicte Ce sont nos ditz et nos façons G. — > 16291 Ouy bien A; cl coinineni J/i le ptendre % G. <^ IQiKS iiit8 mal aduises B* très mal pente G.

MISTERE DE LA PASSION

16455 VOUS voyez qu*il n'oae mot dire pour ces pharisiens mauvais.

0 mon filz, n*y allez jamais, ne veillez pas hahandonner vostre mère, pour vous donner

16460 a ceulx qui vous veullent destruire.

JHE8US

Ma mère, il me convient conduire selon Tordonnance et la ngle a quoy Tescripture me rigle, et pour endurer ceste peine

16465 ay je formé ma char humaine en vostre ventre vénérable, et de ceste gent misérable Ysaie disoit ainsi :

Hos filios enuirivi ;

16470 ipsi autem spreverunt me !

Dit le prophète prenonmié :

J'ay nourri mes enffans assés, puis eslevés, puis exaulcés, et puis m'ont desprisé en fin.

16475 Vous y voiez ce peuple enclin qui quiert que je soie défiait, et si convient qu'ainsi soit fait pour rhumaine redempcion, et s'il y a diladon

16480 il n'est ame qui les délivre.

NOSTRB DiLMB

Ja Dieu ne me laisse tant vivre, mon cher filz, que je le retarde ; et mesmement quand je regarde que pour elle a effect mener

16485 vous estes voulu incarner en moy, noble journée feis.

Ja Dieu ne plaise, mon cher filz, que j'empesche si haulte chose ; mes ce que mon vouloir propose

16490 par%la bouche qui est ministre, c'est vraye amour qui l'administre et dilection si ardente que nature est insouffîsante a ce que reparer Fen puisse.

16495 Filz, c'est raison que j'obeysse, ne je ne répugne jamès a vostre vâl, mes m'y soubmès; mais aussi n'est il pas licite que moy, vostre mère petite,

16600 ne debvez ung petit oir et en aucuns cas obéir, ou au moins passer ma requeste.

0 filz tant doulx et tant honnestc,

ou amour a mon cueur enté,

1(605 voy le ventre qui t'a porté, voy 4es mameles en pitié qui t'ont nourry et alaitié le temps de ta tendre jeunesse, et considère ma foiblesse

16510 qui ja résister ne pourroit

au grief dueil qui me survendrait a toy voir la mort endurer.

0 cueur, y sçarois tu durer?

te sçaroit constance deffendre?

16515 nennil : douleur te feroit fendre . et depai*tir par le miilieu.

0 très beneuré filz de Dieu, se ma requeste est opportune, je quier de quatre choses l'une :

165S0 vous n'avez excusacion.

JHKSUS

Faictes vostre peticion, ma chère mère révérante.

NOSTRB DAMB

Pour oster ceste mort dolante qui deux cueurs pour ung occiroit,

16525 il m'est advis que bon seroit

que sans vostre mort et souffrance se fist l'humaine délivrance; ou que s'il vous convient mourir, que ce soit sans peine souffHr ;

16530 ou se la peine vous doit nuyre, consentez que premier je muyre ; ou s'il ÛLult que mourir vous voye, conune pierre insensible soie.

Filz, hunblement vous ay servy :

16535 si n'ay pas vers vous deservy chose par quoy doyez débattre a m'ottroier l'un de ces quati^e, car tous sont en vostre puissance.

JHBBUS

Ma mère et ma doolce aliance,

16540 a qui obeyssance doys, ne vous desplaise ceste fois s'il fault que je desobeysse et vostre requeste esoondisse :

ces quatre ne vous puis passer,

16545 non pas l'une ; et devez penser que l'escripture ne ment point Et pour respondre au premier point que requei*ez, que sans mourii* les humains doy ve secourii*,

16550 mourir me convient par envye en adverissant Ysaie

16461 me fault G. — 16474 decharpy B. deguerpy G. — 164S4 offert G. — 16488 jobui queste B. G. — 16508 ma A. B. — 16515 le cueur te A. — 16519 requier B.

uie a B. a — 16603 contiderti It

SECONDE JOURNEE

qui en seB aaintismes devis a dit de moy : Sicut ovis ad occidendum ducituv,

iGjôô 0 fîlz, que ce parler in*est dur et mal savourant a merveille !

Il dit ainsi : Gomme Toueille,

est mené a Toccision ;

il fault que Texecution iCM de la mort sur moy se termine. •

I^ second point, mère bénigne,

auquel requérez que je muyro

sans peine qui me puisse nuyrc,

force est que ja ne l'obtenez ; \^Jia car comme tous ceulx d*Adani nés

ont pesché jusqu'à vous et moy,

je, qui rhumanité reçoy

pour tous les humains délivrer,

doy sur tout mon corps endurer 16070 excessive peine et amere :

oez Ysaie, ma mcre,

et vous contentez a ses ditz ;

dit il pas : A planta pedis

itsque ad verticis metas M57j non est in eo stnitjis?

il me dénonce cstro blecié

tant que de la plante du pie

jusqu'au chicf en la part baultaine

n*y demourra partie saine iQSû qui n*ait souffi'cte dcstresseuze.

0 dolente mère angoisseuze !

0 pitié, o compacion !

|>ourras tu voir tel passion sur ton cher filz exécuter ?

i'r>So 0 dueil iucappable a porter, quel cueur te sçara soustenir ?

Le tiers ne poez obtenir,

ne jamès permettre ne doy

que mort vous prengne devant moy, ic:oo car vostre ame fauldroit descendre

la bas au limbe et moult attendi'e

en plainte et lamentacion

jusques a mon ascencion,

qui seroit chose moult obscure I6ù93 et sambleroit que n'eusse cure

de vostre bien et vostre honneur.

Bu quart ne puis estre donneur

non obstant qu*il me fust po8Bi})Ie,

16336 inalueille C. — lC5j8 menée A. B. — 16572 conacrles B. confermes.C - 16535 A dueil A. B. — 16606 me B. ^ 16630 il vou* G. — lot 38 forment B, C.

c'est que vous feussiez insensible :

il ne seroit pas pertinent que mère, qui si tendrement ayme son filz, vist tel pitié et son filz a tel moit traictié, et de sa dure passion

16605 n*eust en son cueur compassion.

Mes sur ce point vous confortez, ma mère, et constamment portez, car du dueil de vostre pensée serez du tout recompeucee

16610 en joie et exultacion après ma resurrc ction ; car alors vous visitcray et vostre cueur confoiteray de joyc et parfaicte lumière.

NOSTBE DAME

16615 Cher filz, quoi que je vous requière, pardonnez ma simplicité ; puisqu'il est de neeesfuté, vostre bon vouloir en soit fait.

JHESL'S

Frères, pensez à vostre fait :

16020 ung peu reffection prônez,

si qu*avec moy vous en venez ; car il est de neccssit.»

(le retourner en la cité pour aucuns affaires certains.

166?5 Maistrc, le plus doulx des humains, ne feictes ja dilacion :

tant qu'a nostre reffection, nous la tenons pour toute prise.

Ghere mère, en cestc pour prise 16630 ung petit je vous laisseray, et briefment je retourncray par devers vous, n'en ayez doubta.

Mon filz, de ma volenté toute a vous je me vcil consentir.

MARTHE

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