‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 6 sur 218 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

qu'il eus t iiory soubz le règne dudit Philippes et de Charles 7. ce seroit chose trop miraculeuse : qui est cause que je pense qu'il y ait faulte en Timpression du livre, qui dit sur la fin que ce livre du Cœur de philosophie aye esté traduit par ledit Simon Greban parle commandement du Roy Philippes le Bel; car c'est chose toute asseuree qu'il florissoit soubs le règne de Charles 7. lequel mourut en

Tan 1461. Nous avons plusieurs de ses compositions escrites a la main et non encore imprimées ^ »

Qui a pu induire Lacroix du Maine a reconnaître dans ce Simon de Compiègne, qui dédiait son ouvrage à Philippe le Bel, Simon Greban qui, de son propre aveu, florissait sous Charles VII ? c'est ce qu'il est impossible de deviner ^ : le livre qu'il avait sous les yeux ne prête en aucune façon à cette confusion *. Cette identification absurde est cependant la seule preuve qu'il apporte à l'appui de son dire* Pour rendre possible un rapprochement que rien au monde ne justifie, il s'est avisé de supposer une faute à l'impression, mais cette hypothèse est tout à fait inadmissible. Non-seulement le Cuer de philosophie ^ porte après le titre : Translaté de latin en françoys a la requeste de Philippes le Bel, roy de France; non-seulement Yexplicit (f* 144 v*") répète la même formule, non-seulement dans sa dédicace, évidemment remaniée par celui qui a procuré l'édition de Vérard, mais authentique pour le fond, Simon de Compiègne s'adresse à son <k souverain seigneur, Philippes le Bel, roy de France, )» mais le style, malgré le maladroit rajeunissement qu'il a subi, porte, autant que les idées, le cachet du temps de Philippe IV et non de Charles VII ou de Louis XL On ne peut pas davantage soutenir, comme l'avait imaginé Prosper Marchand ^ et comme l'a

* La Bibliothèque du sieur de la Croix-du- Maine, Paris, Abel TÂngelier, 1584, in-fo, p. 456.

2 A le lire, on croirait que le Cuer de Philosophie fait à la fin mention de Simon Greban ; il n*cn est rieu. Il n'est parlé que de Simon de Compiègne, comme on le verra dans le passage même, cité plus loin.

3 Nous avions eu Tidée, pour expliquer en quelque façon l'étrange erreur de Lacroix du Maine, de supposer qu*il avait trouvé Simon Greban dans Texemplaire du Cuer de philosophie dont il s'est servi, et nous imaginions, non sans vraisemblance pour qui connaît les mœurs typographiques d*alors, qu*un éditeur du XYi* siècle, voulant faire profiter le Cuer de philosophie^ qu'il réimprimait, de la célébrité de Simon Qreban, avait substitué, soit sur le titre^soit sur Vexplicit, son nom à celui de Simon de Compiègne, en laissant d'ailleurs subsister ce dernier à un autre endroit. Pour vérifier cette conjecture, i^ fallait consulter rédition donnée en 1520 par Philippe le Noir, puisque c'est celle-là qu'a eue sous les yeux Lacroix du Maine. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Aucune bibliothèque de Paris ne la possède. Brunet la décrit minutieuse ment et ajoute qu'il la décrit d'après l'exemplaire de l'Arsenal : or, à l'Arsenal, on a trois éditions du Cuer de philosophie^ dont aucune ne contient d'ailleurs le nom de Oreban, mais on n'a pas celle que Brunet dit y avoir vue, et les conservateurs assurent qu'on ne Ta jamais possédée. Nous espérions que les livres de I.acroix du Maine se retrouveraient à la bibliothèque du Mans; mais M. H. Chardon nous apprit qu'il avait transporté ses livres à Paris et qu'on n'en possède aucun daas sa ville natale. Nous eûmes alors recours à l'obligeance d'une personne fort instruite. Miss L. T» Smith, qui voulut bien faire pour nous des recherches au British Muséum, Elle y dé.^ouvrit en e(fet lédilion tant pourchassée, mais notre conjecture se trouva fausse. L'édition de Philippe le Noii*? 1520, ne parle, comme les autres, que de Simon de Compiègne, et ne dit pas un mot de Simon Oreban. L'aberration de Lacroix du Maine demeure inexpliquée..

4 Paris, Antoine Vérard, s. d. (Bibl. Nat. R. + 721 C). -— Remarquez que Lacroix du Maine, par suite d'une confusion dans ses notes, fait deux ouvrages différents de celui-là et de VÉspere du Monde ^ qui n'en est qu'une partie.

s Vict, historique, t. I, p. 288, note E (cité par M. Sorel).

INTRODUCTION xi

fait M. A. Sorel*, que Simon Greban n'aurait été que le réviseur d'un livre plus ancien, dû à maître Aignan et dédié par lui à Philippe le Bel. C'est bien Simon de G>mpiègne qui parle dans la dédicace, et quant à la notice où il est parlé de « raaistre Aignan » à côté de « maistre Symon de Gompiengne, qui fut moine de Saint Richier en Ponthieu,» il faut lentendre en ce sens que Simon de Gompiègne traduisit une partie de sa compilation, celle qui est relative au Comput et au Kalendie7\ du latin d'un maître Aignan* qui vivait peu de temps avant lui, et dont Touvrage est arrivé jusqu'à

nous^

lle^t étonnant qu'une allégation au$si directement contraire à l'évidence que celle (le Lacroix du Maine ait obtenu autant de succès. Elle s'est maintenue en faveur jusqu'à nos jours ; non- seulement Gompiègne a revendiqué les frères Greban par l'organe •ie M. Sorel ^, mais M. Hauréau et D. Piolin, au nom du Mans, ont renoncé pour leur yille à l'honneur de les avoir vus naître. Pour nous, revenant à la tradition évidemment authentique attestée par du Bellay et Marot, nous regardons, ainsi que le faisait Pasquier^ vingt-quatre ans avant la publication du livre de Lacroix du Maine, Arnoulet Simon Greban comme « frères nez de la ville du Mans. »

Il ne nous reste plus qu'un point à examiner, c'est la forme du nom de famille de notre auteur et de son frère. On l'écrit le plus souvent Gresban^ et c'est l'orthographe adoptée par le manuscrit A dans sa précieuse rubrique. Gependant nous ne la trouvons qu'exceptionnellemeiit aux quinzième et seizième siècles, et on avait à cette époque une telle manie d'insérer partout des s prétendues étymologiques qu'il ne faut pas s'étonner de cette altération. Les documents officiels nous donnent deux formes : Greban (registre de Saint-Julien du Mans et délibération d'Abbeville) *, et Greben (registre de la Faculté de théologie, ms. 2340). Gette dernière forme n'est qu'une façon de noter le son du mot Greban; la bonne ortliograplie esiGrebayi, comme on le voit dans la dernière staiice d'un poëme du plus jeune des deux frères, dont les neuf premiers vers forment l'acrostiche Simon Greb, qui se complète avec la première et la dernière lettre du mot final amen"^. Il est vrai

* Ouvr. cifc., p. 17.

* Viijci ce passtige, tel qu*il doitéfcre lu : « Cy fine l'ordonnement du monde et commence rordonnemeiit du • 3:os(e(du kalendier, et les noms de ceuU qui le firent, si comme maistre Symon de Gompiengne, qui ^Qtmo'me de saint Richier en Ponthieu, lequel le translata de latin en françois (et) selon maistre Aignan. » :: 126 r> de l'exemplaire de 1 1 Bibl. nat., coté R -f- 721 C).

' B.bI.Nat. Ms8. lat., 7423, 8129, 8429 A, 15159. On voit dans ce dernier manuscrit, entre autres (f^ 204), que ■ le «magister Anianus » n'avait fut lu-njêine qu'abréger Alexandre de Villedieu, lequel f.orissait dans '1 [reiaiere moitié du xiii* siècle, et qu'il avait même dû écrire un certain temps après lui.

* M. Sorel (p. 9) et déjà Valletd? Viriville, dans son article Greshan de la biographie Didot, rattachent 3 u K auteurs (au moins par descendance collatérale) la famille encore exictante de Greban de Pontourny,

"-> fimille est donnée comme originaire de Compiè^^no, mais il fauirait savoir si cette origine n'est pas -;i"t -clique et » elle n*a pas été admise par la famille précisément en vue de se rattacher aux Orehan du .•'l'izeme siècle, supposés natifs de cette ville.

'* Recherches de la France, Paris, éd. 1633, Liv. vu, ch. 5, p. 612. ' Voj. ci-de88U8, p. ii et p. vu, note 4. ■ Voy. Sorel, U c, p. 15.

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