‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 73 sur 218 · MANAS · texte numérisé non relu

MANAS

9070 Qui est U?

NAGHOR

Je ne le congnois, et iîist il yssus d'ung bergier, si peust ou plainement jugier que c'est ung enfiant de hault lieu.

MANAfiSES

Nostre maistre, au vouloir de Dieu

907j vous avez maintes raisons fortes eaulvees et de plusieurs sortes ; mes pour enquerii* plus avant de Cnstus qui est dit devant, s'il est né ou s'il ne Test mye,

%S0 exposez moy la prophecie dont Daniel jadis parla, quand ung angle luy revella qu'après que septante sepmaines seront acomplies et plaines,

9ÛS5 nostre péché doit terminer et vraye justice régner ; prophecies et visions aront lors lem's implecions, et dit qu'a celuy temps futur

^GO sanctus sanclorum ungetur, par lequel Gristus entendons.

ZOROBABEL

Nostre maistre, ung peu attendons :

vous nous mouvez ti'es forte doubte dont j*ay doubté et encor doubte, 0005 passé des ans a grant foison :

il fault confesser par raison que Daniel parle en appert du hault Gristus, et bien y pert, car il le nomme plainement.

MANASSBS

0100 Et vecy dont mon argument :

se depuis le temps que ce dist Daniel jusqu'au temps de Grist n'a de sepmaines que septante, il fault par l'aisou suffisante

0105 que Gdstus soit venu pieça, car du temps que ce dénonça jusques a cy, sans riens rabatre, il y a trois cens ans ou quatre, et ainsi Giistus oppressé

0110 de vieillesse fust trespassé, ou il seroit perpétuel, ou la vision Daniel n'aroit pas esté véritable.

D'aultre part il n'est pas croyable

0115 qu'il fîist venu en son royalme, et si n'en sçaroit parler ame :

aultrement vous fault évaser.

ZOROBABEL

A communément exposer une sepmaine pour sept jours

0120 comme l'en fait le commun cours, vostre argument bien conclurroit mes jamès ne s'i deduiroit ; ains fault que la sepmaine monte largement a trop plus grant compte

0125 pour venir jusqu'à nostre temps.

Prenez chacune pour sept ans pour voir combien a bien compter les septante pourront monter :

espoir que vous y trouverez 0130 le juste temps que vous querez depuis la revelacion dont Daniel fait mencion jusques au temps que nous vivons.

ZOROBABEL

Filz, c'est bien dit : or l'esprouvons, 0135 savoir qu'il en pourroit aller.

Je voys tout par moy calculer

0066 tel plauir C. — 0084 acomplis toutes pleines A. — 0003 ung très bon 6. une bonne G. — 0005 Patte adet ans gnat. B. -> 9108 11 a dea ans trois cens B. G. ^ 0100 expresse G. — 0114 neittoit pas B. — 0120 on le B. — 0188 Mais B. — 9184 manqué G. — 9186 Or prenes chacune a B, G. -» 0187 brief compter A. — 9134 le prenons B,

il8

MISTERE DE LA PASSION

savoir se nombrer le sçaray.

NAGHOR

Et tandis je concorderay nos histoires et nos cronicques 9140 des i*ois et des ducs autentiques, combien ilz ont régné sur nous depuis ce temps.

1IA.NASSBS

Dépêchez vous, il est grant temps d*aller diner.

Icy font semblant d^estudier et les autres de nombrer.

AQUILLA.INB

0 Dieu, qu'il fait dur cheminer 9145 en ce temps d'esté qui est chault ! mes, Dieu mercy, il ne m'en chault, puisque tant nous sommes penees qu'au logis sommes retournées :

loué en soit le Dieu des cieulx !

MA.RIB JACSOBY

9150 Je voj nos maris.

MARIB SALOMB

Tant vault mieulz :

regardez les venir bâtant, ilz ne se ^nt pas hastés tant qu'ilz soient devant nous logé.

Chères seurs, a vostre congé, 9155 et aussi vous, dame Aquiline, ma chère et amee voisine, je me pars, et ne vous desplaisc, car jamès je ne seray aise tant que Jhesus mon enffant voye.

MARIE JACX>BY

9160 Seur, je pry Dieu qu'il vous convoyé : chacune voist a son mesnage.

MARIE SALOMÉ

Nous vous mercions du voyage ou avec nous avez esté.

AQUILLAINE

Je pry au Dieu de majesté 9165 qu'a vous toutes, notables dames, tourne au saulvement de vos âmes et de moy par vostre moyen !

Icy s'en vont chacune en leur logeis»

JOSEPH

Marie, ma joye et mon bien, Dieu vous tiengne en parfait soûlas !

9170 Je viens, je vous promès, bien las et fort traveillié sans doubtance.

NOSTRE DABffi

Et Jhesus, mon cher filz ?

JOBBPB

' Je pense, se m'aist Dieu, qu'il n'en aist pas mains.

NOSTRB DAME

De le regarder trop remains ; 9175 je m'esbays que ne le voy.

JOSEPH

Ou est il?

Dittes le.

JOSEPH

Qui, moy!

je promès Dieu qu'a mon advis depuis le partir ne le vis.

NOSTRB DAME

0 cher eapouz, sans plus d^esmoy, 9180 ou est il?

JOSEPH

Dittes le.

Qui, moy?

il est avec vous, je le croy ; c'a esté tousjours mon devis, le contraire croy bien envis.

JOSEPH

Ou est il?

Dittes le.

JOSEPH

Qui, moy ?

9185 je promès Dieu qu'a mon advis depuis le partir ne le vis.

NOSTRB DAME

0 tendre bouche et riant viz, forme humaine bien disposée, la plus noblement composée 9190 sur tous ceulx du monde mortel, enffans des vivans le plus bel, le plus gent et plus cher tenu,

9137 les scaray B. ^ 9164 a diea de B. — 9166 nos B. — 9170 je vous creans B. C. — 9171 manque B. Atout na petite potence C. — 9177 vous promets B. G. — 9178 Que puis B. G. — 9179 en bonne foy B. G. ^ 918S Sa A. B. C. — 9183 Bncor e crus Je bien B, G. — 9184 Qui moy manque B. — 9187 et mangue B.

PREMIERE JOURNEE

mon cher filz, qu'es tu devenu ?

Dolante et piteuse journée 9195 pour moy si est huy adjoumee

quand de Tostel te fleis bouger !

quel dueU, quel courroux, quel danger,

quel martire, quelz dui^ dépara

aray je, filz, si je te pars ?

6£0O 0 enffant de bonté parfonde

en qui tout mon espoir se fonde

et sans qui n'ay plaisant séjour,

que m'est il advenu ce jour ?

Très amoureuse créature, fêCE) t*ay je lessë a l'aventure

sans garde, sans protection,

sans vivres, sans provision,

saus toy anoncer mon départ ?

et encor ne sçay en quel part, 9ii0 0 cher filz, je te trouveray.

JOSEPH

Chère espeuze, je vous diray ; pour Dieu, tenez moy excusé :

je n'ay pas l'enffant reffusc ne laissé par ma négligence, tti5 mes cuidoie en ma conscience ( ainsi m'aide Dieu a la vie ! ) qu'il fiist en vostre compaignic, et a vous je m'en attendoye.

Et d'aultre costé je cuidoye ssâo ( ce scet Dieu ) qu'il fut avec vous. 0 cher espoux, que ferons nous ?

tout nostre trésor est pardu ; se bnefment il ne m'est rendu courroux me partira le cucur.

JOSEPH

9225 Resoonfortez vous, chiere seur, et vous Boufficc qu'on le qucrre.

Il n'est pas demeuré derrière, je le cuide sçavoir de vray.

0 doulx Jhesus, ou te querray ?

9S30 se de toy puis estre certaine, je n'y plainderay pas ma paine, et deusse jusqu a la mort querre.

JOSEPH

Cessez vos plains : allons enquerre par nos congneus, par nos voisins, 9235 par nos affins, par nos cousins, sçavoir se nous le trouverons.

Allons, jamès ne cesserons tant que nous en ayons nouvelle.

JOSEPH

Dieu doint qu'elle soit bonne et belle, 0S40 si vray qu'il nous en est mestier !

Allez d'ung costé.

JOSEPH

Volentier ; nous ferons icy depailie :

vous en irez d'une partie et j'iray d'aultre |)our sçavoir.

9245 Pçur Dieu, faictes en bon devoir.

JOSEPH

Plaise Dieu qu'a cela ne tiengne, je n'ay pas peur qu'il ne reviengne sur pîez devant vostre regard.

Beau frère, le grand Dieu vous gard !

9S50 nous sommes moult fort desconffis.

ZEBEDEUS

Comment, Marie ?

De mon filz Jhesus, que Dieu veille garder, que ne cessons de demander, et si n*en oyons vent ne voye.

ZEBEDEUS

0255 Par mon ame, je ne sçaroyc pour l'eure le vous assenser, ne je ne sçaroye penser qui le peut avoir retenu :

est il point avec vous venu ?

9860 nous tous espérions qu'il y fust.

Je cuidoye que Joseph l'eust, et luy a moy, d'autre costé.

ZEBEDEUS

Et ainsi l'enffant a esté par ce moyen mis en oubly ?

9265 Ça mon, mes pas je ne l'oubly :

Dieu scet combien j'en suis dolente.

9194 trUtable B. C. — 9195 Par moy as maleheure D. G. — 9202 Sans qui nay plaisance B. — 9210 ou te trouuay B. — 9216 Nainsi maist C. — 9221 O manque G. ~ 9225 belle seur A. -> 9233 salons B. — 9238 oyons G. ~ 9244 fart sauuir B. — 9245 faictes y. Joseph mon deuoir B. bon manque G, — 9256 assener G, — 9261 Jentendove B, — vi^ Et luy moy en bonne vérité A. — 9265 Sa mon A. B, G,

MÎSTERE DE LA PASSION

ZEBEDEUS

En bonne foy, chère parente, sur ce ne sçaroye que dire ; bien sçay que Joseph le bon sire 0S7O cuidoit de vray que vous l'eussiez.

N'est il en lieu que vous sceussiez m'en donner advertissement ?

ZEBEDEUS

Nennil, dame, certainement :

je ne vous sçay assigner place.

NOSTRB DAME

9275 0 père du ciel, par ta grâce

vueiUe ton cher filz prendre en garde et la povre mère regarde en doulceur et vraye amittié, car se de mon fait n*as pitié

9280 a peu sçay je comment il m'est.

ne le tous ramena il mye ?

Nennil, ma doulce chère amie ; 9300 c^est de quoy je me debas tant: il s'en est venu tout bâtant, et l'enffant est la demouré.

BSDRA£

C'est petitement labouré ; il ne l'eust deu laisser jamès.

AQUILLAINE

9906 Ha ! le bon honmie n'en peust mes : il en pense com de soy mesmes ; il a cuidé qu'entre nous femmes l'eussions par de ça ramené.

Voisin, qu'il me soit pardonné :

9310 je vbis mon enqueste parfaire.

AQUILLAINE

Pour meilleur diligence faire, voisine et ma doulce compaigne, je vous pry que je vous compaigne, car vostre dueil me griefve moult.

NOSTRE DABCE

9315 II me plaist bien.

Voisin. •"

ESDRAS

Ma dame, que vous plest ?

comment vous est, je vous en prie ?

NOSTRE DABCE

Povrement, je suis tant merrye

que cueur n'en peust plus, beaux amis.

ESDRAS

9285 Gonmient ce? qui vous y a mis ?

vous me faictes tout espardu.

Jhesus mon enffant est pardu, ce sont nouvelles bien maudites.

ESDRAS

Pardu ! dea, qu'est ce que vous dites ? 9290 ne proferez pas tel langage ; forse qu'il est en ce village, en lieu que nous ne sçavons pas.

Je le quier partout pas pour pas, mes ame n'en scet quelque chose.

AQUILLAINE

9295 Et certainement je suppose qu'il n'est de gueres eslongné ; quant Joseph a eu besongné,

JOSEPH

Dieu benist tout!

Ghers parents, est il de vous nulz qui me sceut enseigner Jhesus, nostre enffançonnet tant habille ?

nous le queiH)ns par tout la ville ; 9320 oncques mon corps tant ne pena.

ALPHEUS

Quant Maine le ramena,

ou l'a el laissié n'en quel lieu ?

Elle l'a laissié, de par Dieu, en Jherusalem la cité.

ALPHEUS

9325 C*est simplement diligente :

il y a plain jour de chemin.

JOSEPH

Nous doubtons qu'aucun bon vobin l'aist ramené sans nostre sceu.

ALPHEUS

Certes nous n'en avons rien sceu, 9330 et est l'aventure ennuyeuse,

9271 ou vous B. — 9276 en grâce B.— 9284 ne B. — 9288 Sont ce B. C. — 9290 ce language C. — 9291 Foraan A. dame trea aage A. — 9292 vous ne scauea paa G. — 9294 ne B. — 9309 il me B. G. — 9315 II me deaplait C. — 93d) tant mon B. G. — 9321 Alpheut ] Zebedew B. G. — 9322 Ou la le A. Ou la elle B. G.

PREMIERE JOURNEE

car la mère est forment piteuse :

ei croy qu'il ne luy plaist qu*ung peu.

MARIE SA.LOMÉ

Qui est ce ?

ALPHEUS

C'est vostre nepveu JhesuBy qu'on quiert de tous costés.

9335 Nous sommes tant desconffoités en nostre hostel de cest annoy, que je ne sçay Marie ou moy qui plus en a de desplaisance.

MARIS SALOMÉ

Or regai-dez quel aggravance :

9340 tODsjours nouveaulx desplaisirs viennent : c*est mal fait a ceulx qui le tiennent qui ne l'ont ramené en l'eure ; mes quoy qu'il soit, je tous asseure que oeans il n'est pas verty.

JOSEPH

9345 Je querray donc aultre party tant que je viengne a quelque fin.

tu n'avoyes plaisance qu'une, ne jamèa plus n'en attendiz ; 9365 or la pers, et mal y tendiz :

tu Yoia le danger qui en sourt.

AQUILLAINB

Se quelque ame ne nous reesoûrt, cause n'y Toy d'y faire chère.

Arbeline, voisine chère, 0370 avez vous point veu cy en sus vostre hostel le petit Jhesus ?

dites le nous, je vous en prie.

ARBBLINE

Qui, Jhesus ?

AQUILLAINB

Lefilz de Marie, qui est de si noble renom.

ARBBLINB

9375 En vérité, m'amye, non, et s'aucune chose en savoie, autant volontiers le diroie comme vous me le requérez.

N06TRB DAME

Eliachin, mon cher affin,

n'est point dedans vostre maison

mon filz Jhesus ?

ELIACHIN

Pour quel raison?

9350 ne sçavez vous, dame, ou il est ?

NOBTRB DAME

Se vous l'avez, et il vous plest, pour Dieu qu'âme ne me le celle, car au jour d'uy cuide estre celle qui a plus de dueil a porter.

ELIACHIN

9355 Se vous sceusse reconforter, dame, je le feisse en brief terme, mes je vous promès et afferme que je ne l'ay veu n'encontré.

NOOTRB DAME

Veez cy pour avoir tout oultré 9360 le cueur par desplaisance amere ; o dolante et piteuse mère, que feras tu de ta fortune ?

ANDROMETA

Et qui est ce que vous querez 9380 si chauldement, dame Aquiline ?

AQUILLAINB

C'est Marie, nostre voisine, qui a pardu tout son désir.

ANDROMBTA

Qui?

AQUILLAINB

Son enffant.

ANDROBIETA

Quel desplaisir l helas ! qu'elle est en grant soucy \

ARBELINE

9385 11 ne peust estre loing d'icy ; avez vous bien par tout enquîs ?

AQUILLAINB

Nous l'avons en tant de lieux quis que ne sçavons mes ou quérir.

ARBBLINE

Vous poiuray je en riens secourir?

9LC0 n'etrûigr.(Z ime a tel besoing.

9330 A noitre B. — 9348 pas B. C. — 9350 ou il se tient B. C. — 9351 Saucun bon voisin le retient B. G. pi m a d» dueil B. — 9363 ton une B. G. — 9306 entendis B. — 937^ supplie B. G. -- 9377 vous diroie B.

MISTERE DE LA PASSION

AQUILLAINB

Dame, ja n'en irez plus loing, nous en ayons tourné maint tour.

JOSEPH

Avez vous point veu cy entour ung enflant d'un bien doulx visage ?

PRiscus, voisin, 9395 Dittes, beau père, de quel aage ? ot après nous le vous diron.

JOSEPH

Il a douze ans ou envii*on, non obstant qu'il est grandelet, ung beau filz assés veimeillet, 0400 les jeulx vers, la char blanche et tendre, les cheveulx blons, et a tout prendi^e il a la bouchete veimeille, et est bel enflant a merveille :

en luj n'y a riens a redire.

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