‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 14 sur 78 · P. G. XXV, 112, 296, 394, 1078; XXVI · texte numérisé non relu

P. G. XXV, 112, 296, 394, 1078; XXVI

Saint Basile est plus affirmatif encore : « Ce n'est pas un frère, ce n'est pas un ami, ce n'est pas un homme qui pourra nous racheter, mais celui qui dépasse notre nature, un Homme-Dieu, qui seul peut offrir à Dieu une expiation suffisante pour nous tous(l). »

Saint Cyrille d'Alexandrie enseigne également la nécessité de l'Incarnation pour détruire la mort, c'est-à-dire, au fond, pour offrir une réparation suffisante pour le péché, cause de la mort : « Puisque la destruction de la mort dépassait toutes les forces de notre nature humaine, il fallait que le Fils de Dieu prît notre chair (2). » Et, complétant ailleurs son argumentation, Cyrille ajoute : Si lésus-Qhrist n'était qu'un homme, la rançon ne serait pas équivalente, s'il est Dieu et homme, elle ^ra surabondante (3).

Au dire de saint Ambroise, seul un Dieu-Homme oeut racheter le genre humain, et jamais aucun ies hommes n'aura assez de puissance pour porer tous les péchés du monde : Nidlus hominum ■s^e jjotuil qui tothis peccata toUeret mundi (4).

Saint Augustin a trouvé la formule typique : Le renre humain ne serait pas délivré, si le Verbe le Dieu ne dai2:nait se faire humain : Non lihera-

(1) s. Basil., lu Psalm. XLVIII, 3, 4; p. G., XXIX. 437-440.

(2) S. CYEILL.. Ad Beginas, Orat. altéra, 3; P. G., LXXVI,

(3) Idem, P. G., LXXVI, 1208. 1252, 1289. 1297.

(4) S. AMBEOS., In Luc, VI; P. L., XV, 1698.

relur humanum genus^ nisi Sermo Dei dignaretur esse humanus (1).

Aux yeux de saint Grégoire le Grand, la créature j ne peut être relevée que par le Créateur, et pour cela, il faut que le Créateur prenne, par l'Incarnation, la nature qu'il veut racheter : Hoc procul dubio ften debuit quod redemit[1).

Enfin, vient saint Anselme, qui, le premier, a créé la métaphysique de la satisfaction (3). Sa thèse, avec quelques corrections et quelques rebouches, restera définitive en théologie. Il commence par établir la nécessité d'une satisfaction, et dans l'exposé, plus d'une fois, son langage a quelque chose d'outré qui semblerait dire que Dieu était tenu d'exiger une satisfaction et ne pouvait faire miséricorde (4).

Puis, il montre que la satisfaction doit être proportionnée à l'offense : Secundum mensuram peccati o-portet satisfaclionemi esse (•')). Mais l'offense,

(1) s. AUGUSTIN., Serm. CLXXIV; P. L., XXXVIII, 940. — On pourrait citer de nombreux passages oîi saint Augustin parlej des nécessités, des convenances, des utilités de rincarnation par rapport à la Rédemption: Serm. CXXVII, P. L. XXXVIII,] 1996; XI, De Civitat. Dei, c. II, P. L. XLI, 318; De Trinit., ce X et XVII, P. L. XLII, 1024, 1031.

(2) S. GEEGOB. M., Moral., lib. III, c. XIV, n. 26; P. L LXXV. 612.

(3) S. ANSELM., Cur Deus Homo; P. L. CLVIII, 361-430.

(4) Dom Laurent JANSSENS reconnaît que les expressions d saint Anselme ont dépassé la mesure: " Putamus tamen S Anselmum limitas praetergressum esse loquendo de nécessita' absoluta. » De Deo-Eomine, t. I, p. 42.

(5) Cur Deus Homo; P. L. CLXVIII, 392.

qui se mesure à la grandeur de l'offensé, atteint do telles proportions que les actes de tous les hommes ne pourront jamais la réparer (i ;. La satisfaction ne peut donc être faite que par un Dieu-Homme : Necesse est ergo ut eam faciat Deus Homo 2 .

Saint Thomas et les théologiens qui le suivent mettent définitivement toutes choses au point,. Dieu est parfaitement libre dans le choix des moyens pour réparer le genre humain; il n'est pas obligé d'exiger une satisfaction, ou, s'il en veut une, il peut se contenter de celle que lui offrent les hommes convertis et justifiés par sa miséri corde, ou de celles qu'auraient pu lui offrir, s'il avait jugé bon de réaliser ce plan, des créatures innocentes et parfaites, capables de mériter et de satisfaire sans terme, pendant toute l'éternité. Mais dans l'hypothèse, qu'appellent, d'ailleurs, de sublimes convenances, où Dieu choisit la Rédemption et réclame une réparation proportionnée à la faute, l'Incarnation est nécessaire. Voilà une conclusion qui semble désormais acquise dans la théologie catholique et que le concile de Cologne, de 1860 (approuvé par le Saint-Siège), auquel nous avons déjà fait allusion, a reproduite comme l'enseignement commun à notre époque : « Si Dieu voulait manifester sa justice, non moins que sa miséricorde, en exigeant une satisfaction entière,

(1) Ihid., 393, 88.

(2) Tbid., 403. 83.

aucun autre quun Dieu-Homme ne ix>uvait satisfaire (1) ».

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