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LES ERREURS. — LA FOI DE L EGLISE

'La théorie de la satisfaction telle que l'exige le plan rédempteur est-elle réalisée complètement en Jésus-Christ? L'Eglise nous assure que Notre- Seigneur a satisfait pour nous, à notre place (satisfactione vicaria), et que ses satisfactions sont, non seulement suffisantes, mais encore surabondantes pour le genre humain tout entier.

Nombreux sont les adversaires de ce dogme* Puisque la satisfaction requiert l'œuvre d'un homme et d'un Dieu, ou, plus exactement, d'un Dieu-Homme, nier en Jésus-Christ l'humanité

réelle ou la (îivinité, c'est attaquer indirectement la rédemption. Saint Ignace d'Antioche entrevoyait C€S conséquences, lorsqu'il réfutait les docètes, qui n'accordaient au Christ qu'une chair apparente ou fantastique; il comprenait que dans cette hypothèse l'œuvre du Sauveur est stérile et la rédemption sans efticacité. « °A quoi bon alors, s'écrie-t-il, me livrer au supplice et au trépas? Mais je souffrirai avec Jésus-GTirist, parce qu'il me soutiendra, lui qui est vraiment homme » (1). De même, les autres hérétiques, en refusant de reconnaître dans le Rédempteur la ^nature divine ou en introduisant en lui deux personnes, devaient logiquement nier la valeur infinie de ses actes et, partant, proclamer Tinsuffisance de ses satisfactions. Mais ces conclusions n'étaient pas dans leur perspective, « et précisément nous verrons que les Pères se sont appuyés, comme sur une base incontestée, sur l'œuvre rédemptrice du Sauveur pour établir la véritable notion de sa personne (2). » •

D'autre part, l'idée d'une satisfaction pénale pour les hommes et à la place clés hommes implique une faute, une déchéance, une souillure dans l'humanité. Dès lors, repousser, avec Pelage et les rationalistes de notre époque, la croyance au péché originel, c'est combattre du coup le

(1) 8. IGNAT., Smyrn., 1, IV.

(2) J. RIVIÊEE, Le Dogme de la lîédemption, c. II.

dogme de la satisfaction universelle ^our le genre humain (1).

Abélard, avec ses tendances naturalistes, ne devait pas comprendre l'efficacité objective de la satisfaction : aussi bien la rédemption pour lui, n'a-t-elle d'autre effet que d'allumer en nous l'amour de Dieu par la passion de Jésus-Christ (2),

Hermès n"a rien vu des divines harmonies de la satisfnctio vicaria. La miséricorde, pense t-il, s'oppose à ce que Dieu demande une compensation pénale pour le péché, et la mort du Christ a pour fin seulement d'exciter en nous, par cet effrayant spectacle, l'horreur du mal (3).

Pour Guenther la satisfaction de Jésus-Christ consiste à rétablir l'équilibre entre Dieu et le genre humain : rompu par la désobéissance du premier homme, cet équilibre est reconstitué par l'obéissance du nouvel Adam. Malgré l'emphase de son langage et l'ambiguïté de ses expressions il en arrive à vider de toute efficacité objective l'expiation du Rédempteur (4).

Mais ce sont surtout les protestants rationalistes qui se sont fait une spécialité d'attaquer le dogme

(1) Ainsi, M. Auguste SAEATIER, après avoir nié le péché originel, déclare que « le dogme de la Eédemption n'a plus de fondement et qu'il reste désormais en l'air ». La doctrine de l'expiation et son évolution historique, Paris, FISCHBACHEE, 1903. pp. 5-9.

(2) Cf. P. L., CLXXX, 1050, CLXXXVIII, 833-836.

(3) Cf. Dogmatik, 3, 335.

(4) Cf. Vorschule, II, 343

lie la satisfaction, depuis les Sociniens jusqu'aux plus récents exégètes.

Tandis que les premiers réformateurs avafent exagéré étrangement l'idée de la substitution, au point de prétendre que Jésus-Christ avait enduré les peines de l'enfer, Soein nia résolument le sacrifice de la croix et la réalité de l'expiation pénale. Le Christ, dit-ii, a prêché la voie du salut, soit dans sa personne, soit dans les faits de sa vie, soit en ressuscitant des morts; il nous a donné l'exemple, il nous excite à la confiance et nous provoque à l'amour de Dieu. Quant à satisfaire pour nos péchés, il n'en est rien, et c'était, d'ailleurs, inutile. Jésus-Christ esf donc un idéal h imiter, un ami qui nous prêche, nous encourage, nous préserve ; il n'est pas le Sauveur (1).

Ces erreurs, réfutées depuis longtemps par les théologiens catholiques, en particulier par Billuart, dont la thèse restera sur ce point un modèle du genre (2), ont été reprises, au dix-neuvième siècle, rajeunies, présentées sous un aspect nouveau qui semble les embellir et les rendre séduisantes, par le célèbre professeur de Gôttingue,

(1) De là le titre de l'ouvrage de SOCIN : De Christo Servatore. Chez les Pères, Servator est bien l'équivalent de Salvator, mais, dans la pensée de Socin, le terme désigne celui qui aide et préserve, non pas celui qui sauve, délivre, rachète, en payant un prix pour le péché et à la place du pécheur.

(2) BILLXTAET. dissert. XIX, art. 4. — Cette thèse de Billuart est communément citée comme un modèle. Cf. Dom. JANSSENS, De Deo Homine, t. II, p. 774, not. 2; J. ElVIÊEE, Le Dogme de la Bédemption, p. 17, not.

Albert Rltschl. Dieu est père, Dieu est amour, et, sachant que le péché est pure faiblesse, il ne saurait éprouver une colère contre le péclié ni exiger un châtiment ou une expiation de la part du pécheur. Toute la mission de Jésus-Christ consiste à délivrer l'homme du sentiment de sa coulpe et à lui révéler l'amour divin, qui pardonne et justifie 1 1 i.

Etrange manière de concevoir Dieu et le pécIié! comme si Dieu n'était pas la Sainteté en même temps que l'Amour ! comme si le péché n'était pas précisément un défi à l'Amour et un mépris de l'Amour (•2i!

M. Auguste Sabatier a fait passer en France ces théories. La mort de Jésus-Christ n'a pour lui, en définitive, que la valeur d'un exemple, exemple qu'il déclare d'ailleurs sublime, plus beau et plus admirable encore que la mort de Socrate et c-elle des martyrs, que le sacrifice de Léonidas, de Winkelried ou du chevalier d'Assas ^8).

(1) Albert RlTSCHL, La doctrine chrétienne de la justification et de la réconciliation, Bonn, 1889. — Cf. Henri SCHOENl Les origines historiques de la théologie de Eitschl, Paris, FlSCHBA- CHEE, 1893.

(2) Ce qui est caractéristiciue dans la théorie de Eitschl et de ses disciples c'est la négation ou la méconnaissance du péché mortel. Il est donc nécessaire, dans un traité de la Rédemption, de bien faire comprendre tout d'abord ce qu'exige la réparation complète d'une faute grave. Tel a été l'objet de notre précédent chapitre.

(3) Auguste Sabatiee, Esquisse d'une philosophie de la religion. Voir aussi La doctrine de l'expiation et son évolution historique, où M. Auguste Sabatier expose les mêmes théories, surtout pp. 89-97-99.

— ei —

M. Harnack et ses disciples, tant en France iii'en Allemagne, prétendent que la thèse de la satisfaction est le fruit des spéculations des théologiens occidentaux et non point l'enseignement de la primitive Eglise ni celui de Jésus-Christ. Pour faire justice de ces assertions rationalistes, M. Tabbé J. Rivière n'a eu qu'à retracer l'histoire complète du dogme de la Rédemption (i).

Enfin, au dire des modernistes, cette doctrine ne serait pas évangélique, mais paulinienne : erreur condamnée par le Saint-Office, le 3 juillet 1907 (2).

La théologie, ou plutôt la foi catholique, enseigne que Jésus-Christ a offert à Dieu, à notre place, une véritable satisfaction pour tous nos péchés. Quand nous disons qu'il a satisfait à notre place, nous n'entendons pas qu'il ait pris notre culpabilité, qu'il ait été puni comme un vrai coupable pour d'autres coupables. Les protestants de l'origine, ayant totalement défiguré cette notion, enseignaient que Jésus-Christ, pendant sa vie et à sa mort, fut vraiment l'objet de la malédiction et de 'la colère de son Père et qu'il dut subir pour les pécheurs les peines infernales (3). La portée

(1) Les théories de Ritschl, de M. A. Sabatier, de M. Harnack, concernent aussi l'œuvre du Christ, rEglise. On en trouvera l'exposé et la réfutation dans le récent ouvrage de Mgr BatIFFOL: L'Eglise naissante et le catholicisme.

i2) Décret Lamentalili, prop. XXXVIII.

(3) M. Auguste Sabatier (La doctrine de l'expiation, pp. 66 et 67) présente comme une conséquence logique de la doctrine

de la satisfaclio vicaria est celle-ci : Jésus-Christ, restant toujours innocent, toujours agréable à son Père, a soldé pour nous et gratuitement la rançon due à la justice divine à cause de nos péchés, semblable à un bienfaiteur libéral payant pour ses sujets la dette qu'il n'a jamais contractée luimême. En d'autres termes, le Rédempteur a pris sur lui la peine de nos fautes, sans en avoir jamais encouru ni accepté la coulpe ou la souillure, et il a offert une réparation égale, supérieure même, à l'offense faite à Dieu par tous les crimes du genre humain.

S'il n'y a pas à ce sujet de définition explicite et formelle (1), le dogme est équivalemment affirmé dans les symboles de foi et les allusions des conciles. C'est pour nous, hommes, et -pour notre saiut, dit le Symbole de Nicée, que Jésus- Christ est descendu des cieux, s'est incarné, s'est fait homme et a souffert ''i . L'Eglise nous fait chanter cette profession de foi, dans la formule

de saint Thomas cette théorie, (jue les principes thomistes repoussent avec évidence ! Pour que Jésus-Christ pût satisfaire pour les pécheurs, il devait être lui-même agréable à son Père; la notion du mérite et de la satisfaction dans saint Thomas exige cela : celui qui mérite et satisfait est agréable à celui qui récompense le mérite et accepte la satisfaction.

(1) Le Concile du Vatican avait rédigé une définition qu'on n'eut pas le temps d'examiner. Le schéma préparatoire portait ce canon : « Si quis non confltetur ipsum Deum Verbum in assumpta carne patiendo et moriendo pro peccatis nostris, potuisse satîsfacere vel vere et proprie satisfecisse, A. S. » Le projet de canon est déjà, à lui seul, un témoignage de la foi catholique.

(2) DENZINGEB-BANNWAET, 54.

devenue définitive après les conciles de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine : Pour nous, hommes, et pour notre salut, Jésus-Christ est descendu des cieux, s'est incarné par 'la vertu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge M-arie et s'est fait homme. C'est pour nous aussi qu'il a été cTucifté, sous Ponce-Pilate (1). Les Pères d'Ephèse déclarent que Jésus-Christ est le pontife de notre religion et qu'il s'est offert -pour nous à Dieu le Père comme une victime de suave odeur (^).

Le Concile de Trente ajoute : « Lorsque nous étions ennemis, le Christ, à cause de l'immense charité dont il nous a aimés, nous a mérité la justification par sa très sainte passion sur l'arbre de la croix et il a offert une satisfaction pour nous à Dieu le Père : Pro nobis Deo Palri satisfecit (3).

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