‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 17 sur 78 · LE TEMOIGNAGE DE L ECRITURE · texte numérisé non relu

LE TEMOIGNAGE DE L ECRITURE

Ce dogme fait partie du dépôt des Ecritures. Il faut citer, en premier lieu, la prophétie d'Isaïe

(1) Sess., VI, c. VII.

(2) CONC. EPHES., can. 10: DENZINGEE-BANNWABT. 122.

(3) Ihid., 86.

connue sous le nom de Poème du Serviteur de laheé, que le Targoum appliquait déjà au Messie. L'interprétation des Pères est unanime à reconnaître dans ces passages, surtout dans lu, 13, LUI, 12, une prédiction de l'œuvre de la Passion de Jésus-Christ. Ce n'est que vers la fin du dixhuitième siècle que l'interprétation messianique fut abandonnée par l'exégèse rationaliste, comme impliquant une prophétie, c'est-à-dire une impossibilité. Toutefois des auteurs de grand renom défendaient encore le sens traditionnel (1).

Parmi les critiques actuels, les uns tiennent pour le sens collectif, voyant dans le Serviteur de lahvé la personnification du peuple d'Israël, soit de l'Israël historique, soit de l'Israël idéal , d'autres y ont vu un contemporain du prophète, un martyr inconnu. L'exégèse catholique peut se résumer en un mot : unanimité constante à lire dans ce passage, pris au sens littéral, une description prophétique de la Passion de Notre-Selgneur Jésus-Christ (2).

Après avoir établi l'authenticité de C€3 textes, le P. Condamin défend l'interprétation messianique et répond aux objections, d'une manière si victorieuse que le P. Lagrange a pu écrire : « L'auteur s'arme de toutes les ressources de la critique

(1) p. COîvT)AMlN, s. J., Le Uvrp d'Isaîe (Parie, LECOPPEE. 1905). p. 326.

(2) P. CO^TDAHIX Le livre d'Isaîe, p. 327-330.

i moderne, pour démontrer, conformément à la tradition, que le Serviteur est une seule personne et que le tableau de ses souffrances et de sa gloire ne s'est réalisé qu'en Jésus. L'argumentation est très bien menée et nous paraît irréfutable (l). )>

Avec ces preuves décisives de la critique, le théologien peut invoquer des autorités plus irrécusables encore : le témoignage des Pères, qui sont unanimes sur ce point {'2), et le témoignage du Nouveau Testament, qui interprète ainsi l'oracle prophétique : « Pour que fût accompli ce qu'avait écrit Isaïe, le prophète : Il a pris sur lui nos infirmités (3). » Notre-Seigneur se l'applique à luimême : « Il est écrit du Fils de l'homme qu'il doit souffrir beaucoup et être méprisé (4). » Les Actes nous représentent l'eunuque éthiopien lisant le prophète Isaïe. Le passage était celui-ci : « Gomme une brebis, il s'est laissé conduire à la mort, et comme l'agneau devant celui qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche. » S'adressant à Philippe, l'eunuque lui dit : « Je t'en prie, de qui parle ici le prophète, de lui ou d'un autre? » Et, partant de ce texte, Philippe lui annonça Jésus(5)

(1) p. LAGEANGE, Bévue Biblique, 1905, Eecensions^^. ^t,

(2) Le P. Condamin indique (p. 326-327), les passages cSea Pères, depuis saint CLÉMENT de Rome jusqu'à saint OHEYSOS- TOME et THÉODOEET.

(3) MATTH., VIII. 17. ' }-tj.

(4) MAEC. IX, 16. A]Vl¥'

(5) ACT.. Vin, 32-35. ' '"

— L'apôtre saint Pierre donne la même interprétation (l).

Il est donc certain que Jésus-Christ et la primitive Eglise ont affirmé le caractère messianique du célèbre poème.

Cette messianité une fois admise, nous trouvons là tous les éléments de la doctrine de la satisfaction, ridée plénière de la substitution volontaire, qui domine toute la théologie de la Rédemption, une disposition divine, un plan providentiel, en vertu duquel le Messie meurt pour les péchés du peuple.

Quatre idées principales, c'est-à-dire tout le fond que contient la théorie de la saiisfactio 'vicaria, sont énoncées dans cette prophétie. D'abord, le Messie porte sur lui la peine de nos fautes et c'est pour nous qu'il subit sa passion : « Il a pris sur lui nos souffrances et de nos douleurs il s'est chargé ; il a été transpercé pour nos péchés, il a été broyé pour nos iniquités... Tous, nous étions errants comme des brebis ; chacun suivait sa propre voie ; et lahvé a fait tomber sur lui l'iniquité de nous tous. » En second lieu, c'est un innocent qui souffre : n'ayant pas besoin pour lui de ses satisfactions, il les cède au peuple coupable, et cette substitution est agréée par le Seigneur : << Il n'y eut point d'injustice en ses œuvres et

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