‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 21 sur 78 · L.\ SURABONDANCE DES SATISFACTIONS · texte numérisé non relu

L.\ SURABONDANCE DES SATISFACTIONS

On peut dire que c'est là une vérité certaine qui appartient au dépôt de la foi catholique. Les théo-

(1) s. ANSELM., Orat., II; p. L., CLVIII, 860-861.

logiens ont pu discuter sur des points accessoires, comme nous le dirons bientôt, chercher d'où la satisfaction tire sa valeur, de la dignité même des actes" ou seulement de l'acceptation de Dieu ; mais ils sont d'accord sur le fond de la doctrine. • • Les témoignages de l'Ecriture sont catégoriques et précis. Saint Jean a posé ce principe universel, extrêmement fécond : Jésus est une victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier (i) . Saint' Paul s'est plu à faire ressortir les suporiorités de la Rédemption sur la faute : il y avarL abondance du côté du péché, il y a surabondance du côté de la grâce (2). Pour que ces paroles soient vraies dans toute leur plénitude, et par rapport à Dieu et par rapport aux hommes, il faut que la Rédemption apporte aux hommes plus de bien que la chute ne leur a fait de mal et rende à Dieti plus d'honneur que le péché ne lui a fait d'injure

Quelques textes des Pères suffiront à nous renseigner sur la tradition. « L'injustice des pécheurs, dit saint Cyrille de Jérusalem, n'était pas de la taille de la justice du Christ, mo'.rt pour nous ; nous n'avions pas péché autant que justifie Celui qui a livré son âme pour nous (3) ^k

Selon la belle comparaison de saint Chysostome,

(2) Rom., Y, 15-20.

(3) S. OYRILL. HIEEOSOL., Cateches., XIII, p. 33; P. G XXXIII, 813.

— sole Christ a payé surabondamment notre dette, autant que le vaste océan dépasse en grandeur une goutte d'eau (1).

Saint Cyrille d'Alexandrie emploie fréquemment le terme d''avTâ;to; , qui traduit très bien l'équivalence et la surabondance de la satisfaction i2). Il ajoute : « Un seul est mort pour tous, qui les surpassait tous en dignité... Il avait plus de valeur que tous les hommes à la fois, plus même que la création tout entdère, puisque, tout en étant homme parfait, il restait le Fils unique de Dieu (3) ».

Concluons, avec saint Anselme, que la vie si sublime et si belle de l'Homme-Dieu suffit à solder tout ce qui est dû pour les péchés du monde entier, et plus que tout cela à l'infini : Ut sufftcere possii ad solvendum quod pro peccatis totius mundi debetur, et plus in infiniium (4),

Aussi bien le pape Clément VI a-t-il pu résumer en ces mots les enseignements du magistère suprême : « Ce n'est point par l'or et l'argent corruptibles, mais par le sang précieux de l'Agneau immaculé que nous sommes rachetés. Ce sang, le Christ nous l'a donné en abondance et comme par

(1) s. CHETSOST., Homii. X in Rom., 2; P. G., LX, 477.

(2) Cf. P. G., LXIX, 548; LXXV, 1216; LXXVI, 1164.

(3) S. Cteill. ALEXAND., Quod unus sit Christus. P. G., LXXV, 1356; Epist. ad Maxim. Const., P. G., LXXVII, 152. — Cf. RIYIÈEE, op. cit., pp. 195 ss.

(4) S. ANSELM.. Cur Deus-Homo. II, 18; P. L., OLVIII, 425.

torrents, et cependant une seule goutte, à cause de Vunion avec le Verbe, aurait suffi pour la rédemption du genre humain tout entier (1). Le pape, en même temps qu'il affirme la croyance de l'Eglise, assigne le fondement théologique de cette doctrine : Par le fait de l'union hyposta tique, tout ce qui vient de Jésus-Christ, l'offrande d'une goutte de sang, toute souffrance, toute prière, toute action. ix)ssède une valeur infinie, attendu que c'est la propriété d'une personne dont la dignité est infinie. Il s'ensuit qu'une seule de ses actions procure à Dieu plus de gloire que le péché ne lui avait infligé d'outrage.

Voici comment on peut, d'après saint Tho mas (2), exposer la preuve dans sa plénitude : Satisfaire, c'est offrir à l'offensé quelque chose de tellement parfait que celui-ci l'estime et l'aime autant et même plus qu'il ne déteste l'offense. Eh bien, Jésus-Christ, en s'immolant par obéissance et par amour, a offert à Dieu cette compensation excellente : il a donné plus que n'exigeait la réparation pour les crimes du genre humain tout entier. D'abord, à cause de sa charité : elle était portée au degré suprême et tellement héroïque qu'à elle seule déjà et sans la passion, elle honorait Dieu bien plus que le péché ne peut l'injurier. Ensuite,

Cl) CLEMENT VI, Extravag. Unigenitua, de poenitent. et revriissione.

'2) III P., q. 48. a. 2.

•F SlYSlKllR r>E lA hÉDI' Ml'l ION. — (I

à cause de la dignité et de la valeur que possède la vie du Christ, offerte comme satisfaction pour nous : c'est la vie d'un Dieu-Homme, de quelqu'un qui, à raison de sa nature humaine, peut offrir à la Trinité comme à un supérieur des réparations et des hommages et dans lequel la personne divine confère à tous les actes une infinie valeur. En troisième lieu, à cause de l'universalité de sa passion et de la grandeur de ses souffrances, car Jésus- Christ a souffert de toutes les manières, et sa douleur surpasse toutes les autres douleurs. (1).

Nous reviendrons plus tard sur l'immensité de ces souffrances quand nous parlerons du sacrifice du Rédempteur ; retenons, pour le mament, la raison fondamentale, tirée de l'union hypostatique : c'est la satisfaction d'un Dieu-Homme ; donc elle est infinie, donc elle est surabondante !

Telle est la vérité catholique. Le Catéchisme du Concile de Trente l'a condensée en quelques mots, pleins et concis : « La satisfaction payée à Dieu par Jésus-Christ, pour nos péchés, est complète, entière, parfaite de tous points, non moins qu'admirable (2) ».

(1) Cf. III p., q. 46, a. 6.

(2) « Est intégra atque omnibus numeris perfecta satisfactio quam admirabili quadam ratione Jésus Christus pro peccatis nostris Iteo Patri persolvit. » P. I, art. VII, n. XXV.

Page 1