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POURQUOI LA RÉDEMPTION DE\ AIT ÊTRE UN SACRIFICE

Nous avons montré que c'est par un excès de bonté, par un luxe de tendresses et de grâces que Jésus-Christ a voulu se faire victime. Dieu pouvait nous relever par pure miséricorde, sans nous racheter ; et, même dans Ihypothèse du rachat, où la justice exige un paiement complet, le sacrifice proprement dit n'était point nécessaire.

S'il est vrai que la rédemption demande une satisfaction, il est prouvé également que celle-ci peut être équivalente, surabondante même, sans aller jusqu'à la souffrance et sans se terminer

dans limmolatlon. 11 y a surabondance de satisfactions, avons-nous dit, lorsqu'une personne divine offre à Dieu, dans une nature créée, raisonnable et libre, des hommages et des réparations proportionnées à l'offense et dignes d'un Dieu.

Dès lors, un Dieu fait ange pouvait nous racheter, au sens rigoureux du mot ; et, si de sublimes convenances réclamaient comme sauveur un Dieu fait homme, le Verbe pouvait revêtir une humanité glorieuse ; ou, s'il voulait que son humanité fût davantage à notre portée, il pouvait prendre une nature impassible, plus parfaite en core que celle de nos premiers parents dans l'état d'innocence. La moindre opération, même celle qui n'exige aucune peine et qui est la plus délectable, comme la contemplation et la charité, à cause de la valeur personnelle infinie, pouvait satisfaire et surabondamment, pour toutes les créatures ; en outre la valeur objective, augmentée avec chacun des actes, aurait ajouté sans cesse un nouveau surcroît de satisfaction.

Pourquoi donc s'imposer encore le sacrifice? Nous pouvons le répéter, c'est pour aller jusqu'au bout de l'amour envers son Père et envers nous que le Christ s'est immolé. Oblatiis est quia ipse vohiit.

Par là aussi se révèlent la sagesse et la justice divines. Oui, c'est sagesse et justice que la nature hlirn'Tine dans le Christ répare ce qu'a fait la na-

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lure humaine dans le pécheur ; et, pour cela, il faudra faire sortir de l'humanité rédemptrice la satisfaction la plus complète qu'elle puisse offrir pour le péché.

Saint Thomas nous livre à ce propos une doctrine non moins profonde qu'originale, fort belle, que les théologiens et les orateurs de la Rédemption n'ont peut-être pas assez exploitée.

Pour que la justice soit parfaite, il convient que la réparation vienne de l'humanité ; et, par suite, il ne faudra pas considérer seulement la valeur que la Passion tire de la personne divine mais, faisant, pour ainsi dire, abstraction, un instant, de la divinité, examiner ce qui selon la nature humaine peut être regardé comme suffisant pour une telle satisfaction, c'est-à-dire toutes les douleurs qu'il faudrait subir dans 1 hypothèse oii il n'y aurait que la nature humaine pour expier (1).

Pensée très touchante qui devrait arracher au genre humain des cris de reconnaissance ! Une telle réparation demande un sacrifice et des douleurs insondables.

(1) '< Christus voluit geiius humanum a peccatis liberare non sola potestate, sed etiam justitia. Et ideo non solum attendit Quantam virtutem dolor ejus haberet ex divinitate unita; sed etiam quantum dolor ejus sufficeret secundum humanam naturam ad tantam satisfactionem. » S. ThoM., III P., q. 46, a. 6, ad. 6. Tout« cette belle question est à lire: elle peut suggérer à la spéculation des aperçus pleins d'intérêt et à la piété de fécondfl eu.iets de méditation.

Pour comprendre à quel degré de souffrance doit aller la satisfaction, considérons ce que fait l'homme par le péché mortel. Il cherche dans le bien périssable une indigne jouissance, qu'il aime jusqu'au mépris de Dieu, jusqu'à ravaler Dieu, dans son appréciation, au-dessous de la créature. L'ordre exige donc que celui qui répare subisse une peine sensible en compensation du plaisir illégitime goûté par le pécheur ; et, puisque l'attachement à la créature a été immense, jusqu'au mépris du Créateur, la douleur subie pour la réparation doit être immense aussi, aller jusqu'au mépris de la nature qui a été choisie pour satisfaire : en sorte que cette nature soit comme brisée et broyée, réduite oomme à néant, de même que Dieu, dans le jugement et le choix du pécheur, a été mis au-dessous du créé, au niveau de rien (1)^

Donc, la satisfaction considérée ainsi, du côté de la nature qui expie, requiert déjà des douleurs effroyables, même s'il ne s'agissait que d'un seul homme el d'un seul péché mortel... Que sera-ce donc s'il faut réparer pour tous les crimes du genre humain tout entier ! Puisque Jésus-Christ

(1) « Dieu n'a pas besoin d'être réconbilié avec lui-même », objecte Auguste SAEATIEE, La doctrine de l'expiation, p. 100. — D'accord, mais il faut que les droits de Dieu soient reconnus et affirmés très clairement, il faut que l'ordre soit rétabli, et voilà pourquoi celui qui expie au nom des coupables doit être comme réduit à néant par la souffrance réparatrice, puisque Dieu a été mis au niveau du néant aans l'appréciation du pécheur.

est le représentant universel des hommes et qu'il se substitue à la place de chacun d'eux, sa passion aura quelque chose d'universel... Gomme si toutes les souffrances du genre humain s'étaient concentrées en lui seul, qui souffre pour tous à la fois, au point que sa douleur surpassera toutes les autres, en intensité et en étendue, et qu'il n'y aura jamais sur la terre une douleur pareille à cette douleur (i) ! Telle est la sublime raison de l'expiation pénale : voilà pourquoi la satisfaction du Christ devait être aussi un sacrifice, extrêmement douloureux, complet, universel.

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