‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 29 sur 78 · MAEC. XIV, 22-25; MATTH., XXVI · texte numérisé non relu

MAEC. XIV, 22-25; MATTH., XXVI

saint Luc et saint Paul (1). N'ayant pas à nous occuper des difficultés soulevées à ce propos et que les exégètes catholiques se sont chargés de résoudre, nous prenons ces textes dû point de vue où le théologien a le droit de les prendre, comme des'documents inspirés sur lesquels peut s'appuyer une argumentation inébranlable.

Dans saint Marc et saint Matthieu le corps et le sang sont représentés comme séparés, ce qui annonce l'immolation violente de Jésus; saint Matthieu, en outre, indique explicitement l'idée de substitution et la valeur expiatoire : c'est à la place des hommes et pour la rémision des péchés que le Sauveur est mis à mort, in remissionem, peccatorum. — Dans saint Luc et saint Paul le corps est représenté cQmme livré et le sang comme versé pour nous, ce qui insinue à la fois et l'immolation et la substitution volontaire.

Enfin, dans les quatre récits, la notion d'alliance est exprimée en propres termes ; il est dit dans les deux premiers : Ceci est mon sang de la nouvelle Alliance ; dans les deux autres : Ce calice est la nouvelle Alliance dans mon sang. — « L'idée de l'Alliance par le sang est une idée qui sort des entrailles de l'Ancien Testament ; sans elle il n'y a pas de Peuple de Dieu, il n'y a pas de Loi, il n'y a pas de Temple. La nouvelle AI-

(1) Luc, XXII, 19-20; I Cor., XI, 23-26.

liance crée le nouveau Peuple de Dieu, qui est l'Eglise, abroge la Loi, abat le Temple; le Pèn-. céleste se donne un peuple qu'il substitue à Israël réprouvé, et l'Alliance est conclue dans le sang même du Fils de l'Homme. Ne peut-on pas dire que cette conception, qui est comme l'âme du message de Jésus, trouva son expression suprême dans les mots prononcés à la Gène ? L'Alliance par le sang suppose toutefois une victime. Voilà pourquoi, avant de parler de son sang versé, Jésus parle de son corps. Le mot de sacrifice n'est nulle part prononcé, mais l'Alliance par le sang est la suite d'un sacrifice (1). »

Il ressort de tout le contexte que le sang de Jésus, versé pour nous, est bien la cause de l'Alliance et que c'est grâce à lui que nous sommes réconciliés avec Dieu. On retrouve aussi dans la mort du Sauveur tous les caractères du sacrifice véritable : immolation complète, valeur expiatoire pour la rémission des péchés, valeur propitiatoire qui nous fait rentrer dans l'amitié divine par une nouvelle et éternelle alliance.

Saint Paul achève la théologie du sacrifice rédempteur. Les passages de l'Apôtre qui établissent cette doctrine sont ceux d'abord où il fait le récit de la Cène et dans lequel nous venons de signaler les éléments du sacrifice : immolation,

(1) Mgr Batiffol, lutudes d'histoire et de théologie positive. Ile eérie, 3e édition, p. 50.

substitution à la place des coupables, alliance et réconciliation avec Dieu. Puis, ceux où il attribue k Jésus-Christ le titre et la qualité de victime : « Notre sacrifice pascal c'est le Christ immolé d). — Le Christ nous a aimés et il s'est livré pour nous comme une offrande et une hostie, hostiam, de suave odeur f-2 . » — Ceux enfin qui reconnaissent a la mort du Sauveur les effets du sacrifice, c'est-à-dire d'être un moyen et un instrument de propitiation pour nos péchés et la cause de notre justification : « Dieu l'a établi instrument de propitiation pour nos péchés dans son sang (3) ; nous sommes justifiés dans son san^ (4). » L'incise « in sanguine suo » marque l'immolation, et les idées de substitution volontaire, Be réconciliation et d'alliance, sont contenues dans les termes : 'propitiationem , jiistifîcati (o).

L'épitre aux Hébreux est un grandiose exposé de ce dogme. Le Christ est prêtre, et, à ce titre, il doit offrir un véritable sacrifice, car telle est la fonction spécifique du sacerdoce ffiV La victime qu'il a immolée c'est lui-même sur la croix. Le Sauveur est ensuite comparé avec le pontife de

(1) I Cor., V, 7.

(2) Ephes., Y, 2.

(3) Rom., III, 25.

(4) Eom., V, 9.

(5) Sur le sens du mot vropitiatio.'u/xG'rci'jv, voir P. PRAT. La Théologie de saint Paul, pp. 282, 287-288.

(6) Hebr., V. 1, VII, 27.

l'ancienne loi : celui-ci n'entrait dans le Saint des saints que par le sang, après avoir offert des victimes ; le Christ, par son sang et après l'oblation de son sacrifice sur le calvaire, entre pour toujours dans le ciel. Le sang des victimes répandu par le grand prêtre ne purifiait que des souillures légales, ad emundationem carnis ; le sang du Christ lave notre conscience de nos œuvres do mort e't nous consacre au service du Dieu vivant (1).

C'est affirmer et démontrer que la mort du Rédempteur est un sacrifice plus réel et plus efficace que ceux de l'antique alliance.

Toutes les conditions du sacrifice sont signalées : immolation sanglante, per jyroprium sanguine m ; substitution, car il est pontife pour les hommes et afin de les purifier de leurs péchés ; réconciliation et alliance, puisque par la vertu de oe sang les hommes sont appelés à servir le Dieu vivant ; el, d'ailleurs, l'épître dit expressément que le sang de Jésus-Christ est le sang de l'alliance (1), le sang de l'alliance éternelle (2).

Saint Jean expose en termes rapides et plefns la réalité et les effets de ce sacrifice. C'est une immolation : Le Christ nous a lavés dans son sang (3) ; c'est une substitution avec une valeur

(1) Eehr., X. 29.

(2) Eehr,

(3) I. JOAN., I, 7; Apoc, I, 3.

expiatoire et propitiatoire pour tous nos péchés et pour tous ceux du monde entier (1); enfin, grâce à elle, le Christ notre avocat nous fait entrer en alliance et en amitié avec le Père (2).

« A qui étudie sans parti pris la signification de la mort de Jésus dans les synoptiques, dans saint Jean, dans l'épître aux Hébreux, dans saint Paul et les autres écrits apostoliques, il est impossible d'ôter à cette mort le caractère de sacrifice et de sacrifice de propitiation. Le Christ mourant est comparé à toutes les victimes de l'ancienne Loi, à l'agneau pascal, au sang de l'alliance et dft l'expiation, à l'offrande pour le péché ; presqi:-j tous les termes du rituel des sacrifices lui sont appliqués ; et la manière dont il parle lui-même de sa propre mort ne permet guère de douter que l'enseignement des apôtres ne remonte jusqu'à lui. D'un autre côté, la rémission des péchés est constamment mise en rapport avec la mort de Jésus Christ ; c'est l'aspersion de ce sang divin qui purifie les âmes; de quelque manière qu'on entende "ilrxnuAq de saint Jean, rîÀa-xs^ôa-. de l'Epître aux Hébreux, VllfxnTr^cio^ de saint Paul, il s'en dégage invinciblement l'idée d'expiation et de propitiation, c'est-à-dire d'une action du Christ qui apaise la colère de Dieu et nous le rend propice et en même temps annule les effets du péché.

En cela, Paul ne se distingue pas des autres apôtres, mais il aide à les expliquer comme ils servent eux-mêmes à le comprendre (1). »

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