LE TEMOIGNAGE DES PERES
Lres Pères Apostoliques, non contents de donner au Sauveur le titre de pontife et de grand prêtre, professent que la passion est un sacrifice et que sa chair a été offerte en victime '£].
Saint Justin voit la figure du sacrifice expiatoire de Jésus-Christ dans l'immolation du bouc émissaire (3), et saint Irénée, dans l'immolation d'Isaac (4) ; oblation très efficace, ajoute sainf. Justin, car le sang de Jésus purifie ceux qai croient en lui (5).
Au dire dé Clément d'Alexandrie, le Christ est la victime parfaite, et de son sacrifice découlent sur nous les effets les plus abondants ^^6).
(1) p. PUAT, op. cit., p. 283.
(2) BAENAB., Epist., VIII, 25.
(3) S. JUSTIN., Dialoo. cum Tryph., 40; P. Cf., VI, 561.
(4) S. IREN., IV, Adv. Haeres, V; P. G., VII, 986.
(5) S. JUSTIN., Dialog., 54; P. G., VI, 593.
(6) CLEM. ALEXANDE., Strom., V, 11; P. G., IX, 108.
Be même, aux yeux d'Origène, Jésus est l'agneau immolé, dont le sacrifice a une valeur da^ propitiation et d'expiation pour les offenses du monde entier : prêtre comme l'attestent les Psaumes et l'Epître aux Hébreux; victime, comme l'affirment toutes les Ecritures, il opère, à ce double titre, la rémission des péchés (1).
Saint Athanase, pour faire mieux ressortir le dogme de la satisfaction vicaire, explique qu'il fallait une compensation pénale, une immolation saiiglante : c'est pourquoi le verbe a pris un corps passible et mortel, qu'il a offert à Dieu comme une hostie immaculée, comme un sacrifice très pur, et par cette acceptation volontaire de la mort, il arrache les autres à une mort trop méritée (2).
Saint Grégoire de Nysse, contemplant en Jésus la victime offerte pour nos péchés (3), reconnaît à cette immolation une efficacité expiatoire, car Jésus est notre propitiation en son sang (4); une efficacité satisfactoire, car le prêtre immaculé et parfait se donne lui-même au nom de l'humanité et se fait la rançon de tous les hommes (5).
Eusèbe expose la théorie du sacrifice antique, dans lequel la vie des animaux était un échange pour l'âme des pécheurs ; puis, il fait l'applica-
(1) ORIGEN., p. G., XIV, 85, 292, 296, 946, ss., 1095.
(2) S. ATHANAS., De Incarnat. Verhi, 91; P. G., XXV, 111.
(3) S. GEEGOR. NYSS., Cont. Eunom., VI; P. G., XLV, 717.
(4) Idem. De Perfect. Christian, form., P. G., XLVI, 261,
(5) Idem, De Occtirsu Domini, P. G., XLVI, 1161, 1164.
tion au sacrifice de l'Agneau sans tache, lequel prend notre châtiment et expie à notre place (1).
Saint Grégoire de Nazianze voit aussi en Jésus- Christ la grande victime qui lave toutes les souillures; et, jaloux de la dignité du sacrifice chrétien, il reproche à Julien l'Apostat d'oser lui opposer les sacrifices païens. Que peut le sang de telles victimes comparé au sang divin qui* a purifié le monde entier (2) ?
Saint Chrysostome insiste sur la merveilleuse efficacité de ce sacrifice : il est unique, il n'a .été offert qu'une fois, et cependant il continue encore et sans cesse à justifier les hommes (3). Si les sacrifices de l'ancienne loi devaient se répéter, c'est à cause de leur imperfection : celui du Christ est parfait, et voilà pourquoi cette unique oblation nous sanctifie à jamais (4).
Le sang de toutes les victimes réunies ne suffisait pas, s'écrie saint Cyrille d'Alexandrie, pour expier les péchés de tous 'les 'hommes; c'est pourquoi Jésus-Christ a pris sur lui en quelque façon les péchés de tous et s'est fait victime pour tous (5).
— Personne, conclut saint Jean Damascène,
(1) ETISEB., Demonstr. Evang., I; P. G., XXII, 84-89.
(2) S. GEEGOE. NAZIANZ., Orat., XXXVIII; P. G., XXXVl, 640 et Orat.. IV. n. 68; P. G.. XXXV, 589.
(3) S. CHRTSOST., Homil., XVTII in Jnan.: P. G., LIX. 116.
(4) Idem, Homil., XIII. XVIII in Epist. Helr.; P. G., LXIII, 107. S8.; 119. 88.; 135. ss.
(5) s. CYEILL. ALEXANDE., mJoan.,IV; P. G., LXXIII, 564-565.
personne n'étant capable d'offrir un sacrifice pour nous, Jésus-Christ, ému de pitié pour notre sort, s'est constitué notre pontife, afin d'expier lu\même pour nos péchés (1).
L'Eglise Latine a toujours affirmé sa croyance à ce dogme, et avec non moins d'énergie que l'Eglise Grecque. — Il fallait, dit Tertullien, que Iç Christ devînt le sacrifice universel pour toutes les nations, lui qui s'est laissé immoler comme îa brebis sans défense (2). Il s'est donc fait hostie pour nous tous (3j ; et c'est la volonté du Père qui l'a établi prêtre et victime (4).
— Souverain Prêtre de Dieu, ajoute saint Gyprien, il s'est offert le premier en sacrifice, et il nous a conmmandé d'en renouveler le souvenir à l'autel (5).
Saint Ambroise considère dans la mort du Sauveur un sacrifice complet : expiation pour les péchés signifiée par l'immolation du bouc émissaire ; offrande volontaire, signifiée par l'immolation des brebis ; victime immaculée, signifiée par l'immolation des veaux et des génisses (6j. Son sang ainsi versé a lavé toutes les souillures, effacé tous les crimes de l'univers (7).
(1) s. JOAX. DAMASCEX., In Hehr., II, 17; P. G., XOV, 911.
(2) TEETTTLL., Adv. Judaeos. 13; P. L., II, 676
(3) Idem, ibid.; P. L... II. 680.
(4) Idem, Adv. Marcionem. III, 18; P. L., II, 374-375.
(5) s. OYPÈIAÏI., Epist., LXIII. XIV; P. L., IV. 385, 386.
(6) S. ÂMBBOS., De Spiritu Savcto. I, 4; P. L XVI 705
(7) Idem, P. L., XIV. 1059, 1063, 1114.
LE MTSTÈRF. DE LA RÉriMPTlON. — 9
Saint Augustin a condensé les divers enseignements patristiques dans cette vigoureuse synthèse : « En prenant la forme de l'esclave, il est devenu le véritable médiateur de Dieu et des hommes, lui qui est l'Homme-Ghrist, Jésus.
« Quoique par sa nature divine il reçoive le sacrifice comme le Père, avec lequel il est un seul Dieu, il a mieux aimé, dans sa nature d'esclave, être sacrifié que recevoir le sacrifice, afin que nul ne pût trouver une occasion de croire que le sacrifice peut être offert à une créature. C'est ainsi qu'il est prêtre, sacrificateur et sacrifié. Il a voulu que le souvenir de son immolation fût renouvelé chaque jour dans le sacrifice de son Eglise, cette épouse auguste qui, étant le corps de ce Chei immortel, apprend à s'immoler par lui. Ce sacrifice véritable a été signifié par les divers sacrifices des saints de l'antique alliance. Unique et indivisible, il était cependant figuré par des rites multiples, comme une seule et même réalité, qu'il faudrait exprimer par des paroles nombreuses, afin que la variété de l'éloge, empêchant l'esprit de se lasser, lui en fît mieux apprécier la valeur. Voilà le suprême et vrai sacrifice, auquel tous les faux sacrifices ont cédé la place (1). »
Il a une valeur expiatoire, car il a « purifié, aboli, éteint, tout ce qu'il y avait en nous de
(1) s. AUGUSTIN., De Ciiit. Dei, lib. X, c. XX; P. L., XLI,
i"autes (1) » ; il a la valeur propitiatoire et celle de rhostie pacifique, car « le véritable et unique Médiateur nous a, par son sacrifice de paix, réconciliés avec Dieu (2). »
Ces mêmes idées sont exprimées avec une égale éloquence par saint Léon : « Que les docètes nous disent, s'écrie-t-il, quel est le sacrifice qui les a réconciliés, quel est le sang qui les a rachetés! Quel est donc celui qui s'est livré lui-mëm<f comme une offrande et une hostie de suave odeur ? Fût-il jamais un sacrifice plus auguste que celui qu'a offert notre véritable Pontife sur l'autel de la croix par l'immolation de sa chair? Quoique la mort d^ bien des saints ait été précieuse aux yeux du Seigneur, jamais cependant le martyre d'un innocent n'a pu être un sacrifice de propitiation pour le monde. Les justes ont bien reçu des couronnes, mais ils ne pouvaient pas en donner ; la force et le courage des croyants ont été des exemples de patience, ils n'ont pas conféré les dons de la justice. Chacun mourait pour soi et aucun n'acquittait par sa mort la dette des autres : un seul a ainsi payé, Notre-Seigneur-Jésus-Christ, dans lequel tous ont été crucifiés, tous sont morts et ensevelis, et aussi ressuscité? (3). »
Saint Grégoire le Grand montre qu'il fallait,
(D'De Trinit., lib. IV, c. XIII, n. 17; P. L.. XLII. 899.
(2) Ibid., c. XIV; P. L., XLII, 901.
(3) S. LEO M., Serm., LIV, 3; P. L., LIV, 359-360.
pour expier les iniquités du monde entier, l'immolation d'une victime raisonnable, entièrement innocente ; et, comme tous les mortels étaient coupables, le Fils de Dieu a dû prendre la nature humaine sans en prendre la faute. « Il s'est fait ainsi sacrifice pour nous, il a offert pour les péchés son corps comme une victime sans tache, qui avait l'humanité pour mourir et la sainteté pour nous purifier (1). »
Saint Thomas, recueillant comme en un faisceau les multiples données de la Tradition*, expliquera, avec la rigueur théologique et avec une précision qui sera définitive, comment le Christ est prêtre et comment sa mort sur la croix a eu tous les caractères et produit tous les effets du sacrifice (2).