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LES EXCELLENCES DE CE DIVIN SACRIFICE

Et, d'abord, il y a perfection complète, parce qu'il y a complète unité. « Il faut, dit saint Augustin, remarquer dans tout sacrifice ces quatre choses : à qui il est offert, par qui il est offert, ce qui est offert, et pourquoi il est offert. Or, dans le sacriffce de paix qui nous réconcilie avec Dieu, notre unique et véritable Médiateur demeurait un avec son Père, auquel il l'offrait, il nous

(1) Cf. s. AMEEOS., In psalm. 47; P. L., XIV, 1208.

(2) CONC. TEIDE>'T., sess. XXII, cap. 1.

faisait un avec lui, nous pour qui il offrait, fA c'était le même qui offrait et qui était offert (I). »

Mais, pour faire mieux ressortir ces excellences, il faut considérer : la perfection de la victime, la perfection du sacrificateur, la perfection de l'immolation, la perfection des effets produits.

La victime, qui possède, en vertu de l'union' hypostatique, une dignité infinie, est infiniment agréable à Dieu : tout ce qui vient d'elle, adorations, prières, offrantes et sacrifices, expie et répare infiniment ; parce que tout cela est uni à la divinité par un lien physique et indissoluble ; parce que tout cela est l'œuvre d'un EHeu !

De plus, la victime est entièrement innocenté et immaculée : non seulement elle est pure et belle, mais elle est la pureté, la beauté, la sainteté ; et la grâce en elle est tellement au comble que Dieu, de sa puissance ordinaire, ne saurait y ajouter (2).

Les dispositions de la victime sont admirables. Quoique, dès le premier instant de l'Incarnation les vertus et les dons se soient épanouis au degré parfait, qui est l'héroïsme (3). c'est surtout pendant la passion et dans la scène suprême du Calvaire que les vertus ont été portées jusqu'au sublime et que les dons ont produit tout ce qu'ils

(1) s. AUGUSTIN, De Trinit., lib. IV, c. XIV; P. L., XLII.

(2) Cf. S. THOM., III, P.. a. 7, a. 12.

(3) Id., ibid.. a. 2 et ss.

peuvent réaliser d'excellent et d'exquis : vertus, dons et grâces étaient en harmonie avec ces circonstances les plus grandioses de l'humanité, avec cet acte définitif qui est l'apogée dans la vie de l'Homme-Dieu...

Parmi ces dispositions qui ont rendu la victime si agréable à Dieu et son sacrifice si salutaire pour nous, il en est deux que l'Ecriture et la Tradition se plaisent à mettre en relief : l'obéissance et la charité.

Tandis que La désobéissance d'un seul nous avait tous perdus, l'obéissance d'un seul nous a rendu à tous le salut fl). Le premier cri de Jésus à son entrée en ce monde fut un acte d'obéissance : Ecce venio, me voici, ô Dieu, pour faire votre volonté (2) ; et son dernier soupir sur la croix sera encore un acte d'obéissance.

Il pourra se rendre lui-même ce témoignage qu'il a accompli jusqu'au bout le précepte du Père et que tout est bien consommé (31. Aussi saint Paul pourra-t-il résumer les vertus du Sauveur dans ces mots : Il a été obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix (i).

(1) Rom., V. 19.

(2) Hehr.. X. 9.

(3) Joan.. XIX, 30.

(4) Philipp., II, 8. Cette obéissance répond au précepte que le Père lui avait imposé de mourir : Hoc MANDATUM accepi a Pâtre meo. .Toan. X, 18. Comment ce précepte peut-il se concilier avec la liberté humaine de Jésus-Christ? C'est une question qui sort évidemment de notre sujet et qui relève du traité de l'Incarnation.

La passion est aussi le triomphe de la charité. Charité envers Dieu d'abord : Jésus commence son martyre en déclarant qu'il va au supplice par amour pour son Père : « Afin que le monde connaisse que j'aime mon Père et que j'accomplis son précepte (l). » Charité envers les hommes : elle est si manifeste que saint Paul ne peut y penser sans tressaillir : « Il nous a aimés et il s'est livré pour nous (2) ». Elle est si exquise qu'elle contrebalance tous les crimes de l'univers : « L'iniquité des bourreaux, s'écrie saint Thomas, si grande qu'elle fût, n'était pas de taille avec la charité sublime du Christ souffrant pour nous (3). »

L'obéissance et la charité en Jésus s'appellent et s'aident mutuellement : c'est par obéissance qu'il accomplit le précepte de la charité la plus ardente envers Dieu et envers l'humanité ; et c'est l'amour qui le rend obéissant jusqu'au trépas (4).

L'héroïsme de ces deux vertus explique l'héroïsme de toutes les autres. Il est, d'ailleurs, superflu d'insister sur ces dispositions : c'est une étude que la piété chrétienne a vite comprise et

(1) JOAX., XIV, 31.

(2) Ephe?.. V. 2; Gai.. II. 20.

(3) S. THOM., III, P. q. 49, a. 4, ad. 3.

(4) S. ThoM., III, P., a. 47, a. 2, ad 3.

qui doit s'achever dans la méditation et la prière (1).

La perfection du sacrificateur égale celle de l'hostie. L'acte sacrificatoire, à raison de sa fin et de son objet, est déjà excellent, même quand le ministre n'est qu'une cause instrumentale et d'une dignité relative : ici, le sacrificateur est cause principale, revêtu d'une dignité infinie et marche l'égal de Dieu 1

Le sacriÇce reste encore agréable au Seigneur alors que le ministre humain n'a que des dispositions imparfaites et ne sait pas s'immoler luimême avec ce qu'il offre : ici, le sacrificateur pratique toutes les vertus au degré héroïque ; il possède comme prêtre les sublimes qualités que nous admirons dans la victime...

Perfection de l'immolation. Nous avons observé, avec saint Thomas, que Dieu a voulu faire sortir de la nature humaine la satisfaction la plus complète, comme si cette nature était seule à expier. Dès lors, il fallait qu'elle fût comme réduite à néant, par une immolation complète. Le Christ,

(1) Les ratioualistes et les protestants reconnaissent et admirent ces dispositions parfaites du Christ. Cf. Auguste SABATIER, La doctrine de l'expiation, pp. 106-111.

Mais, d'autre part, ils nient la réalité du sacrifice rédempteur, parce au'il ne comprennent ni la malice du péché, ni l'économie d'une satisfaction qui rétablit l'ordre brisé par le péché, ni la dignité infinie de ce prêtre et de cette victime qui se met à la place des hommes, devenus eea membres, et qui offre à Dieu pour eux une expiation dont la valeur est infinie.

représentant universel du genre humain, a dû subir en lui toutes les douleurs de rhumanilé, et ses souffrances ont dépassé toutes les autres et en étendue et en intensité. En étendue d'abord, car il a souffert de toutes manières, comme si tous les genres de douleurs s'étaient donné rendezvous sur cet innocent pour le martyriser ! Il a subi les assauts de toutes les classes de la société : hommes et femmes, Juifs et gentils, chefs et peuple, prêtres et soldats. Il a été atteint ijar tous les côtés d'où peut venir la douleur et sur tous les points où elle peut nous meurtrir : dans ses amis qui l'ont abandonné ; dans sa renommée, par les blasphèmes ; dans son honneur et sa gloire, par les outrages et les dérisions ; dans son âme, par la tristesse, l'angoisse, la crainte ; dans chaque membre de son corps : dans sa tête, par le couronnement d'épines ; dans' son visage, par les soufflets et les crachats ; dans ses pieds et dans ses mains, par la blessure des clous ; dans tout son corps, par les fouets ; sa langue a ét-é abreuvée de fiel et de vinaigre ; ses oreilles ont été déchirées par les cris des injures et des malédictions ; ses yeux ont été attristés par le spectacle de sa mère désolée (1)...

En intensité, car il ne lui a rien manqué de ce qui peut rendre la douleur plus aiguë. Au dehors,

(1) s. THOM.. III. P., q. 46, a. 5.

les tourments les plus atroces : l'ensemble de ce supplice, depuis la flagellation jusqu'au crucifiement était si horrible que les Romains déclaraient indigne d'un homme libre d'en entendre seulement prononcer le nom ! Or, le doux Sauveur en a voulu connaître et savourer toute l'affreuse réalité (l). Au dedans, une sensibilité merveilleuse qui servait à souhait toutes les causes capables de faire souffrir. Plus, en effet, un organisme est parfait, mieux il vibre sous l'archet de la douleur. Le Christ, type achevé de la nature humaine, était doué d'une complexion exquise, car son corps avait été formé par un miracle de l'Esprit-Saint, t, quand Dieu met en jeu une telle puissance, .i'est assurément pour produire un chef-d'œuvre. fout cela avait élargi, approfondi, creusé en Jésus des capacités de souffrir que la passion a dû combler ! Enfin, sa connaissance très détaillée du présent et de l'avenir permettait à la douleur de le saisir tout entier.

Il contemplait, comme en un tableau, tous les crimes de l'univers, toutes les ingratitudes de l'humanité, l'inutilité de ses souffrances pour beaucoup d'hommes, qui devaient répondre à son amour par un défi, un refus, un mépris. Il était alors chargé d'un double fardeau : celui du monde et celui de nos péchés. Le poids de l'univers, le

(1) Cf. p. Olliviee, O. p., La Passion.

géant de l'éternité ne le sent pas, et il le porte chaque jour sans fatigue ; mais le poids cfe nos fautes était si lourd que son cœur en a été meurtri, brisé et broyé.

Chez nous, la douleur n'est pas sans mélange : nous pouvons faire diversion, nous distraire, et, quand la partie inférieure peine davantage, le royaume des facultés supérieures est soulagé, ei réciproquement. En Jésus rien de semblable : toutes les puissances, maintenues dans un équilibre parfait, souffrent de concert, sans que le terrible travail des unes diminue en rien le travail des autres, et l'esprit, qui a toujours les yeux ouverts sur son objet, ne saurait éprouver aucune distraction qui atténue un seul instant l'immensité de ce martyre. Oui, c'est la douleur et la tristesse sans mélange, ex doloris et trisiitiœ ■puritaie, comme dit saint Thomas, Voilà bien l'immolation complète, universelle, afin qu'elle soit suffisante pour expier tous les crimes du genre humain et obtenir aux hommes tous les fruits du salut éternel (1).

Perfection des effets, car la passion a réalisé toutes les fins du sacrifice. C'est d'abord la valeu? latreutique : l'adoration la plus parfaite qui puisse être offerte à Dieu pour reconnaître son souverain domaine n'est-ce pas la mort de son Fils?

(1) s. THOM., III, p., Q. 46, a. 6.

C'est aussi l'efiicacité expiatoire, satisfactoire., propitiatoire, car nous avons montré que ce »a- "rifice a une valeur infinie pour payer toutes nos dett-es et nous réconcilier en Dieu.

L'efficacité eucharistique, car notre remerciement, notre action de grâces, aussi dignes que le bienfait reçu, c'est le Dieu-Homme, le Christ im mole... Enfin, l'efficacité impétratoire, puisque la passion nous donne des droits auprès de Dieu pour obtenir tous les secours dont nous avons besoin afin de vaincre nos ennemis et parvenir au triomphe éternel. C'est ce qui ressortira avec une entière évidence quand nous aurons exposé les deux derniers aspects de la Rédemption : la Délivrance et la Restauration de l'humanité. Ces effets sont, pour ainsi dire, la communion des hommes au sacrifice du Rédempteur.

Pour montrer la perfection définitive du sacri fice de l'Homme-Dieu, il faudrait faire voir comment il se renouvelle dans l'Eucharistie et s'achève dans le ciel; mais cette étude est hors de notre plan, qui est le Mystère de la Rédemption en lui-même, et non point la Rédemption dans ses applications, ses suites et son couronnement (1).

Après ce que nous venons de dire, à la suite des

(1) C'est pourquoi nous nous abstenons de discuter ici les théories de quelques mystiques sur le sacrifice fl(.' .Tésus- Chriatt au ciei.

LR MYSTÈRE DK I,A RÉDEMPTION. — 10

Pères et à la lumière des principes de la vraie théologie, il sera permis de s'écrier avec l'Eglise : 0 véritable sacrifice, ô digne victime, qui a brisé les portes de l'enfer, qui a délivré le peuple captif et lui a rendu la vie du bonheur ! (1 ).

(1) G vere digna hostia,

Per (luam f racta sunt tartara :

Redempta pleba captivata,

Reddita vitse praemia !

(Hymn. Vesp. Sabb. infr. hebdom. Pasch.)

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