‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 36 sur 78 · ISAIE, LU, LUI · texte numérisé non relu

ISAIE, LU, LUI

tre, contient l'idée équivalemment ; idée bien différente, sans doute, de celle qu'on avait du sacerdoce lévitique, de même que le sacrifice du Messie-victime est d'un autre ordre que le sacrifice légal : nouveau sacerdoce, parce que nouveau sacrifice. C'est bien le Serviteur souffrant qui est à la fois victime et sacrificateur, car il s'offre luimême ; c'est bien lui qui est médiateur entre Dieu et les hommes : il réconcilie le peuple avec le Seigneur et il fait descendre les dons célestes sur le peuple, puisqu'il justifie les multitudes ; enfin, il est appelé par Dieu à ce ministère, c'est par une disposition de lahvé qu'il est chargé *de représenter le peuple et d'expier pour lui.

Des divers passages du nouveau Testament par lesquels nous avons prouvé le dogme du sacrifice on peut inférer aussi le sacerdoce de Jésus-Christ, car il n'est personne en dehors de lui pour offrir cette victime dont le sang lave nos crimes, dont la vertu efface tous les péchés du monde (i).

L'épître aux Hébreux, qui appelle Jésus-Christ notre Pontife suprême, notre grand prêtre, Pontificem magnum^ Sacerdotcni magnum (2), établit longuement la supériorité de son sacerdoce sur celui de l'antique alliance. Tout ce qui convient à Aaron et à ses descendants convient plus excellemment encore au Rédempteur. Il est pris parmi

f\) Voir le chapitre quatrième, n. IVt \9,) Uebr., IVi 14. X. 21.

les hommes pour gérer leurs intérêts auprès de Dieu ; il est le médiateur qui purifie les consciences et réconcilie les coupables avec la divinité ; il a reçu l'institution de Dieu lui-même, qui lui a dit : Tu es mon fils. — Prêtre selon l'ordre de Melchisédech, il est, comme le roi de Salem, le prince de la paix ; de même que oelui-ci apparaît dans l'Ecriture sans père ni mère, sans généalogie, ainsi le Christ est prêtre, non point en vertu d'une succession charnelle, mais uniquement par le choix éternel de Dieu. Melchisédech avait une supériorité sur Abraham, et par conséquent sur les prêtres lévitiques qui devaient descendre d'Abraham, puisqu'il le bénit comme un inférieur et reçut de lui la dîme comme d'un sujet ; ainsi le Christ est supérieur à tous les prêtres antiques.

D'où il suit, non seulement que le Christ est prêtre, mais qu'il est le prêtre par excellence (1).

— ■ Les Sociniens et les rationalistes objectent que l'épître aux Hébreux place dans le ciel toute la fonction sacerdotale de Jésus-Christ (2).

— Il y est, sans doute, fait allusion au rôle que Notre-Seigneur exerce encore dans la gloire en intercédant pour nous ; mais cette représentation,

(1) Hehr.. Y. VIL VIII. IX, X.

(2) « C'est une sorte de messe idéale et divine, ei nous osons ainsi parler, que le grand prêtre, selon l'ordre de Melchisédech, accomplit pour les hommes éternellement. Ainsi, la mort du Christ sort de l'histoire et prend le caractère d'un acte métaphysique. « Auguste SABATIEB, La Doctrine de l'eœpiation, pp. 36-37.

cette application, oe complément de son sacrifice au ciel supposent évidemment le sacrifice déjà offert, en réalité, sur la terre ; comme le signe suppose la chose signifiée et l'effet, sa cause.

L'épître parle très nettement d'un Christ prêtre jadis sur la terre, quoique son sacerdoce ne soit pas de la terre mais possède une vertu éternelle ; d'un prêtre qui a eu les conditions de notre humanité ; qui, aux jours de sa vie mortelle, a exercé l'office d'intercesseur et de médiateur ; qui a offert pour nous le sacrifice de son propre sang et nous a sanctifiés par l'offrande de son corps faite une fois pour toutes (1).

Page 1