‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 49 sur 78 · P. G., XI · texte numérisé non relu

P. G., XI

(3) S. Basil.. Eomil. in Ps. XLVIII. 3, P. G.. XXIX, 437. «s.

(4) Ibidem, n. 4; col. 440.

blessures, il s'est fait malédiction pour nous, afin de nous délivrer de la malédiction (1).

Saint Grégoire de Nysse est plus catégorique que son frère.

Le démon, d'après lui, avait droit à une rançon; et l'Homme-Dieu a voulu se faire cette rançon, mais €n même temps il a pris le démon au piège. Comme un poisson vorace, qui ne se doute pas de l'hameçon, Satan se jette sur l'Hemme-Jésus pour s'en emparer : il est saisi à l'hameçon de la divinité, car le Christ, agissant selon sa nature, détruit la mort et échappe au démon (2\

Nous ne justifions pas ce langage, mais nous répétons ici encore que oe n'est pas là toute la doctrine de saint Grégoire de Nysse : à côté de cette idée, il enseigne la théorie véritable, c'est-àdire celle de la substitution, de la satisfaction, du sacrifice offert à Dieu :

Le Prêtre saint, immaculé, s'est offert à Dieu au nom des hommes et à la place des hommes... : Et c'est ainsi qu'il est devenu la rançon d'un grand nombre, ou plutôt la rançon de tous les peuples (3i. Cette rançon est donc offerte à Dieu et à la place de Vhumanité, comme le sacrifice dont il vient d'être question.

(1) s. BASIL. Bcgxa. fusius tractatse, interrog. II, 4; P. 6., XXXI, 916.

(2) S. GEEGOE. NYSSEN.. Orat. catechist. magn., 22, ss; P. G.. XLV, 60-69.

(3) S. GRECOE. NYSSEN., De Occursu Domini; P. G.. XLVI, 1161-1165.

On retrouvera chez saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme, des allusions à la théorie des droits du démon, avec d'autre^s notions plus fondamentales qui expriment la vérité ; et la métaphore de l'hameçon reviendra chez les orateurs, comme Fulgence Perrand, saint Grégoire le Grand, etc., sans exclure, d'ailleurs, les idées 'de satisfaction et de sacrifice.

Si certains écrivains ecclésiastiques ont erré ou excédé dans leur langage, jamais l'opinion d'une vraie rançon payée par Jésus-Christ au démon n'est devenue la croyance commune de l'Eglise. De même que les exagérations d'Origène étaient déjà combattues de son temps, ainsi la théorie que l'on retrouve chez quelques auteurs du iv^ siècle était dès celte époque réfutée par saint Grégoire de Nazianze : « C'est un blasphème, s'écrie-t-il, de dire que le démon a reçu une rançon de Dieu ou Dieu même en rançon (1). » — Saint Jean Damascène, à son tour, protestera contre l'erreur, indigné à la seule pensée que ie sang du Seigneur ait été offert au tyran. Puisque nous avions péché contre Dieu, c'est à Dieu qu'il fallait verser le prix du rachat (2).

(1) s. GEEGOE. NAZIANZ., Orat., XLV. n. 22; P. G., XXXVI.

(2) S,. JOAN. DAMASCEN.. III, De Fide Orthodoxa, P. G., XCIV. 1096.

LA THEORIE DE L ABbS DE POUVOIU

Il est une autre théorie, très célèbre chez les Pères, que nous allons exposer rapidement.

L'homme, en se laissant vaincre par le démon, dont il a écouté la suggestion, s'est rendu son esclave, et, par une juste permission de Dieu, le diable devient Te bourreau de l'humanité déchue. Tant qu'il reste dans son rôle constitutionnel, tant qu'il frappe des coupables, il a le droit de mettre à mort les hommes, qui ont mérité la peine capitale. Mais, s'il s'attaque à un innocent, sur lequel la mort n'a aucun droit, il outrepasse manifestement son mandat, il abuse de son pouvoir et, par là même, il mérite d'en être dépossédé.

Voilà l'excès oiî s'est porté Satan. II a tramé la perte du Christ, en qui n'apparaissait pas même l'ombre d'une faute, il a porté la main sur le Saint des saints, qui n'était pas soumis au bourreau. Il a donc abusé de son rôle d'exécuteur de la justice, il mérite, de ce chef, d'être destitué de l'office qui lui était concédé : dès lors, les hommes qui lui étaient soumis jusqu'ici, lui échappent pour toujours.

Ainsi, Notre-Seigneur, en se laissant frapper par le démon, lui a fait perdre le pouvoir dont il jouissait auparavant.

Telle est l'idée fondamentale qu'expriment, avec de nombreuses nuances, saint Chrysostome (1), saint Cyrille d'Alexandrie (2), saint Augustin (3), saint Grégoire le Grand (4), etc.

Cette théorie ne présente, en somme, rien de répréhensible : elle ne dit pas que le démon fût le véritable maître des hommes ni qu'il eût un droit réel à une rançon ; mais elle a pour but de montrer d'une façon tangible et saisissante que Satan a été, par son injustice même, en voulant attenter à la vie de l'Innocent, privé de son office de bourreau. Saint Thomas reconnaît la légitimité de cette application, qu'il reproduit d'après saint Augustin (5).

— Ce n'est pourtant qu'à titre d'hypothèse qu'il faut l'admettre. Même en supposant que le démon eût été établi légitimement le bourreau de l'humanité, il a été destitué de son rôle en toute justice, à cause de son abus de pouvoir.

Mais est-il vrai que le démon possédait légiti-

(1) 8. CHEYSOST., In Rom., homil., XIII. 5; P. G., LX, 514.

(2) S. CYEIL. ALEXANDE., In Joan., lib. VI, P. G., LXXIII.

(3) S. AUGUSTIN., IV, De Trinit., c. 13, et XIII, De Trinit., c. 12; P. L., XLII, 900, 1026, 1029.

(4) S. GEEGOE. MAGN., ^Tornl., II. 22, 41; P. L., LXXV, 575,

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