‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 54 sur 78 · CE QUE NOTRE-SEIGNEUR A MÉRITÉ POUR NOUS · texte numérisé non relu

CE QUE NOTRE-SEIGNEUR A MÉRITÉ POUR NOUS

Mais, pour entrer plus avant dans notre sujet proprement dit, le mystère de la Rédemption, il nous faut montrer que Notre-Seigneur a mérité notre restauration, c'est-à-dire notre réintégration dans les biens surnaturels.

La prophétie d'Isaïe tant de fois citée donne à entendre que le serviteur de lahvé méritera la prospérité de son Eglise : « S'il offre sa vie en sacrifice pour le péché, il aura une postérité nombreuse ; en ses mains l'œuvre de lahvé prospérera (2). » — En même temps qu'il expie et satisfait, il mérite la justification et le salut d'un grand nombre : « Pour avoir sacrifié sa vie, il justifiera des multitudes et portera leurs péchés, lui qui a intercédé pour les coupables (3). »

Ces textes attribuent ainsi au Messie un triple

(1) Apoc, V, 11-12.

(2) ISAI.. LUI. 10.

i3) Ibid., 11.

pouvoir : de satisfaction, de mérite et d'interce.* sion, non pour lui-même, mais pour l'humanité, qu'il représente.

Les passages du Nouveau Testament que nous avons utilisés à propos de la satisfaction et du sacrifice gardent ici toute leur force, attendu que le mérite et la satisfaction vont ensemble : le même acte surnaturel produit sous l'influence de la charité possède en même temps la double valeur d'expier et de mériter.

Semblable remarque au sujet des textes déjà étudiés qui ont trait à la rémission des péchés : puisque la coulpe n'est effacée que par la grâce, dire que Notre-Seigneur remet les péchés, c'est déclarer qu'il nous a mérité le don divin qui purifie les âmes.

Il est d'autres textes, non moins riches, que les Pères et les Docteurs n'ont pas manqué de faire valoir. L'Evangile de saint Jean, après avoir énoncé que Jésus-Christ est plein de grâce et de vérité, ajoute aussitôt : Nous avons tous été enrichis de sa plénitude, et la grâce nous vient de lui (1).

Et comment déverse-t-il sur nous la plénitude des biens surnaturels ? Il ne s'agit pas de l'action commune et générale de Dieu, mais bien d'une

(1) JOAN., I, 14-16. — Cf. S. CHRYSOST., Homil. U in Joan., F. G.. LIX. 91. ss: .S ArGUSTIX.. Trarf. 3 in Joan., 8-9; P. L., XXXV, 1399-1400; S. THOM.. Comm. in Joan., cap. I.

efficacité propre au Verbe Incarné. Le Père est aussi bien que le Verbe la cause physique de la grâce ; le Verbe fait chair la répand sur nous à un titre tout spécial et singulier, parce qu'il en est la cause méritoire.

Notre-Seigneur déclare qu'il est pour nous la voie, la vérité et la vie : via, veritas et vila (1). Dans quel sens? Il montre qu'il est au-dessus de tous les hommes, qu'il n'est pas seulement un docteur et un maître, ou un modèle, pas seulement un idéal qui indique le chemin par son enseignement ou ses exemples, mais le Seigneur qui nous infuse intérieurement la vraie vie, la vie divine, en nous appliquant ses propres mérites.

Saint Paul inculque de toutes les manières que la grâce nous vient des mérites de Jésus-Christ : La grâce de Dieu c'est la vie éternelle par Jésus- Christ 'Notre-Seignenr (2). Voilà déjà en honneur la formule sacrée que l'Eglise fera chanter à travers tous les siècles : Per Christum Dominum Nostrum.

De même que le premier homme a causé notre mort en nous faisant héritiers du péché originel, le nouvel Adam nous rend la vie en nous restituant la grâce qui répare et ressuscite ; en sorte que les mérites du Rédempteur apportent aux

(1) JOAN., v. 6.

(2) Rom., VII. 25.

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