‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 55 sur 78 · I.P MVSTiHE DE I.A riÉDFMPTIOl · texte numérisé non relu

I.P MVSTiHE DE I.A riÉDFMPTIOl

hommes plus de bien que le péché d'Adam ne leur a fait de mal (1).

Non seulement la grâce sanctifiante, mais tous les autres biens du salut sont, dans la pensée de l'Apôtre, la conquête du sang rédempteur : Béni soit Dieu, qui nous a comblés de toutes les bénédictions spirituelles et célestes par le Christ Jésus (2) ! Toutes les bénédictions, c'est-à-dire tout l'ensemble des dons surnaturels, grâce habituelle, grâces actuelles et tout ce qui en dérive, sont un bienfait gratuit de Dieu, qui nous est octroyé par Jésus-Christ, c'est-à-dire en vertu de ses mérites et de ses satisfactions.

Les Pères se sont plu à faire ressortir cet aspect si consolant de la Rédemption. Nous avons vu comment les Pères apostoliques appellent l'œuvre du Christ une seconde création et saint Irénée, une restauration, une récapitulation (3). Les écrivains des âges postérieurs, reprenant cette idée, expliqueront que la fin de l'Incarnation est de nous rétablir dans notre état surnaturel, de nous refaire à l'image de Dieu, de nous diviniser ; ce qui revient à dire que Jésus-Christ nous mérite et nous rend la grâce, principe et forme de cette déification.

Le Verbe, qui avait tout créé, pouvait seul tout

(1) Bom., V.

(2) Ephes., I, 3.

(3) Voir le chapitre premier, n. VI.

restaurer, dit saint Athanase (1). Il a détruit la mort et nous a renouvelés à son image (2y, L'Incaniation a pour but de i'yire <Je nous des dieux (3), — de nous régénérer intérieurement, — de nous rendre fUs adoptifs du Père céleste, à l'image du Fils éif^rv.'A (-i).

Même doctrine chez saint Grégoire de Nysse : Dieu s'unit à notre nature pour la rendre divine ; en triomphant de la mort, il nous rétablit avec lui dans la vie immortelle (5).

C'est ce que redit saint Basile : Pour nous le Verbe s'est fait mortel, afin de nous délivrer de notre mortalité et de nous rendre participants de la vie céleste (6).

Egalement pour saint Grégoire de Nazianze, la Rédemption a comme effet de restaurer notre nature et de nous diviniser (7).

— Le Fils de Dieu, ajoute saint Chrysostome, se fait fils de l'homme, afin que les fils de l'homine deviennent fils de DieuiSj.

Saint "Cyrille d'Alexandrie montre, d'après Saint Paul et Saint Jean, que le grand œuvre de Jésus-Christ est de tout restaurer, de ramener

(1) s. ATHANAS., De Incarnat. Verbi, 7; P. G., XXV, 109.

(2) Ihid., c. 21. (3) Cf. P. G., XXVI, 990.

(4) Idih.. 254. 371-376.

(5) 8. OREROB. NYSSEN.. Oraf. Cathetic. Magn., 16-25; P. G., XLV, 52-68.

(6) S. Basil., Epist., VII, 5; P. G., XXXII. 692.

'7) S. GREGOR. NAZIANZ., Orat., XXX, 6, 14, 21; P. G., XXXVI, 109, 121, 131.

(8) S. CHETIÎDST., Tlomil. XI in Jorin., i et 2; P. G., LIX, 79.

notre nature à son premier état, de nous* régénérer et nous rendre fils de Dieu (i).

— Saint Jean Damascène explique que la source de la grâce c'est la bonté de Dieu et le moyen (c'est-à-dire la cause méritoire) gui nous la procure c'est la rédemption par le sang de Jésus-Christ (2).

Ecoutons quelques échos des Pères Latins : « Le Fils de Dieu, s'écrie saint Gyprien, a souffert la passion, afin de nous rendre nous-mêmes fils de Dieu (3). »

— Il s'est rendu participant de notre mortalité, dit saint Augustin, afin de nous rendre participants de sa divinité (4).

— L'œuvre du Christ, conclut saint Léon, va jusqu'à nous faire renaître en Dieu et à nous donner une participation de sa nature (5).

L'Eglise a déclaré, avec une précision et dans une terminologie définitives, que notre délivrance et notre déification sont dues entièrement aux mérites de Jésus-Christ.

Le concile de Florence attribue le salut au mérite du Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus- Christ Notre-Seigneur (6).

(1) s. CYRILL. ALEXAXDR., lib. IX in Joan., XIV; P. G., LXXIV. 272-282.

(2) S. JOAN. DamaSCEN., 7?! Ephes!.. I, P. G., XCV, 821.

(3) S. CYPRIAN., Epigt., LVI, 6; P. L., IV. 364-365.

(4) S. Augustin., IV, De Trinit., 1, 8s: P. L., XLII, 889-889.

(5) S. LEO M.. Scrm., XXII, 5; P. L., LIV, 198.

(6) CONC. FLORENT.. Dcrretum pro .Turnhifh, DENZINGEE- BaNNWAET. 711.

Le concile de Trente ne cesse d'exalter la valeur des mérites du Rédempteur. Anathème à qui dirait que le péché originel peut être effacé autrement que par les mérites de Tunique Médiateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ [{) — Les hommes ne peuvent être justifiés à moins de renaître dans le Christ, et cette renaissance consiste en ce que la grâce leur est appliquée par le mérite de sa Passion câi. — La cause méritoire de la justification, c'est le Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui par sa très sainte Passion *sur l'arbre de la croix nous a mérité le salut (^3). — Personne ne peut être juste que celui à qu* sont appliqués les mérites de la Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ ; et cette justification s'opère lorsque, par le mérite de sa Passion trè." sainte, la charité est répandue par l'Esprit-Saint dans le cœur de ceux qui sont justifiés f4i. — La justice est nôtre, parce qu'elle est inhérente à nos âmes; elle est de Dieu, parce qu'elle est infusée par Dieu en nous à cause du mérite de Jésus- Christ (o). — Anathème a qui dirait que l'homme peut mériter sans la justice en vertu de laquelle le Christ a mérité que nous soyons justifiés '6). — ■

(1) CONC. TEIDENT., sess. VI, can. 3; DEXZIXGEE-BANNWAET.

(2) Sess. VI, cap. 3; DENZING., 799.

(3) îhidem, cap. 7; DENZING., 800.

(4) Ihidem.

(5) Cap. 16, DENZING., 809.

(6) Can. 10, BENZING., 820.

Lorsque les mérites du Sauveur nous sont appliqués, lorsque nous devenons les membres vivants du Christ, nous sommes capables de mériter à notre tour, et nos mérites, bien qu'ils soient un don de Dieu, sont cependant nos œuvres à nous, et ils ont une véritable valeur pour obtenir la vie éternelle (1).

Telle est, dans toute sa rigueur dogmatique, la théorie de la restauration : Jésus-Christ a mérité pour nous ; ses mérites nous sont appliqués quand nous recevons la grâce sanctifiante ; cette grâce nous rend les membres vivants de Jésus-* Christ ; alors nos œuvres acquièrent une valeur qui a pour terme la vie éternelle.

La raison théologique est celle-là même que nous avons exposée, d'après saint Thomas, au sujet de la satisfaction. Le m.érite, propriété de la grâce, étend son influence aussi loin que la grâce elle-même. Or, en Jésus-Christ le domaine de la grâce est universel, car c'est une grâce capitale qui lui a été donnée en vue de l'humanfEé tout entière. Puisqu'il est le chef spirituel du genre humain, puisque nous sommes contenus en lui, comme nous l'étions en Adam, notre chef naturel, puisque nous ne faisons qu'un corps mystique avec lui, comme les membres avec la tête, ses richesses surnaturelles peuvent devenir aussi

(1) Can. 32, DENZI.\G., 842 • .

les nôtres dans la mesure où nous lui serons unis. Voilà la raison fondamentale qui explique cette portée immense de ses satisfactions, de son mérite, de son impétration. Représentant-né des hommes, formant une personne morale avec eux, il satisfait pour tous ses membres, comme un particulier satisfait pour soi ; il mérite gour tous, comme un particulier mérite pour soi ; il peut impétrer pour tous, comme un particulier obtient pour soi les grâces et Les biens qui i)nt trait à la vie éternelle. Et ideo o-pera Christi hoc modo se habent tain ad se quam ad sua membra sicut se habent o-pera allerius horninis in^ratia constituti ad ipsum (1).

Telle est l'économie du salut dans le plan actuel de la Providence : pardon, grâce, dons surnaturels, tout dérive de celui qui est l'unique Uhef et Rédempteur des hommes. Il n'est pas sous le ciel d'autre nom qui nous promette le salut (2).

Ainsi, même les grâces reçues dans l'Ancien Testament, étaient données à crédit en vue de ses mérites futurs.

Cette preuve, décisive ÎDOur tous ceux qui appartiennent à l'humanité réparée, est-elle valable aussi pour la grâce d'Adam et d'Eve avant leur chute et pour la grâce et la gloire des anges?

Si l'on embrasse l'opinion scotiste que l'Incar-

(1) s. THOM., III. p., Q. 48, a. 1. — Cf. a. 2, ad 1.

(2) Act., IV. 11-12.

nation était décrétée indépendamment du péché, on admettra, conséquemment, que la grâce capitale rayonne sur toutes les créatures spirituelles et que Jésus-Christ a mérité aux anges la grâce et la gloire et à nos premiers parents, la justice originelle.

Dans la théorie thomiste, qui tend à devenir de plus en plus commune, l'Incarnation suppose la chute, et, par suite, toutes les grâces méritées par Le Christ sont des grâces de réparation et de -rédemption. Donc, les mérites du Sauveur ne s'étendent point aux créatures qui n'ont pas besoin d'être rachetées, comme c'est le cas pour le^ saints anges et pour nos parents avant leur désobéissance.

Adam et Eve doivent bien au Christ leur rédemption, mais leur grâce originelle n'était pas une aumône de l'Incarnation future.

De même, la grâce et la gloire essentielle des anges est indépendante de l'Incarnation et de la Passion. Nos œuvres, dit saint Thomas, doivent se baser sur le mérite du Christ ; il n'en est pas ainsi de l'opération angélique : Operalio hominis fundatur in merito Christi, non vero operatio angeli (1).

II. y a cependant une gloire accidentelle, de.? joies et un bonheur nouveaux, que les anges doi-

(1) s. THOM., II, Sent., diat. 9, q. 1. a. 8, ad 2.

vent à rincarnation et à la Rédemption et que le Sauveur leur a méritées.

Nous concluons donc avec saint Thomas : S'il s'agit de la récompense essentielle, le Christ n'a rien mérité pour les anges ; mais quant à la gloire accidentelle, ses mérites s'étendent jusqu'à eux(l).

Nous nous abstenons de toute autre considération sur cette question du motif de la venue du Verbe parmi les hommes, puisque ce sujet relève du traité de l'Incarnation.

Il nous reste à indiquer brièvement chacun de ces biens surnaturels dans lesquels nous réintègre la Rédemption divine.

LES BIENS SURNATURELS DANS LESQUELS LES MÉRITES DE JÉSUS-CHRIST DOIVENT NOUS RESTAURER

Puisque Jésus-Christ est le nouvel Adam, il doit nous rendre tout c-e que le premier Adam nous avait fait perdre, et même plus que tout cela, en soEt€ que se vérifie, dans toute sa plénitude, la

(1) s. THOM., QQ. Diapp., de verit., q. 29. a. 7, ad 5. — C'eat pourquoi le Christ est le chef des anges, comme nous l'expliquoroTie plus loin.

parole de Saint Paul : S'il y a eu abondance du côté de la faute, il y aura surabondance du côté de la réparation (1). Chef ^e tout l'ordre surnaturel, il devra nous mériter tous les biens surnaturels, selon la parole du même Apôtre : Benedixit nos in omni bcnedictione spirituali in cœlestibus, in Christo (2) ; et c'est pourquoi l'Eglise, dans sa prière officielle, demande toutes choses par lui : Per Christum Dominuni Nostrum,:

1° Le premier trésor que nous a ravi la faute d'Adam, c'est la grâce. Le Sauveur nous la rend par ses mérites ; aussi l'Evangéliste signale-t-il, en premier lieu, la grâce parmi les richesses que nous recevons de cette plénitude : De plenitudine cjus nos omnes accepimus et graiiam pro gralia (3).

La grâce, d'ailleurs, est la source des autres biens du salut, la cause de la rémission des péchés, de notre déification, etc. Celui qui nous justifie et nous divinise a donc mérité, pour ses membres, la grâce sanctifiante (4).

Nous avons rappelé en quel magnifique langage les Pères glorifient cette doctrine 1 5) : ce qu'ils nous disent de la rénovation, de la régénération, de la déification du chrétien par le Christ

(1) nom., V, 15-20.

(2) Ephes., I, 3.

(4) Voir les déclarations des conciles, pp. 228, es.

(5) Voir pp. 226, ss.

se résume en cette pensée : c'est en reconquérant pour nous la grâce que le Sauveur nous rend nos titres d'enfants de Dieu avec tous les privilèges qui dérivent de notre filiation adoptive.

2° La gloire étant la couronne et le terme de la grâce, Notre-Seigneur nous l'a méritée également. N'est-ce pas, d'ailleurs, mériter la fin que de mériter le moyen essentiel qui nous y conduit ?

Tous les textes de l'Ecriture et de la Tradition qui affirment que le Verbe s'est incarné pour notre salut, se ramènent à cette idée, car le salut c'est la gloire.

C'est en vue de la gloire que la grâce est donnée : ce que Dieu veut à ses J)ien-aimés, c'est elle avanE tout, et*3e même ce que Notre-Seigneur regardait tout d'abord en souffrant pour nous, c'était notre gloire éternelle, en vue de laquelle il nous obtenait la grâce. Ainsi, la gloire est à la fois la récompense de nos bonnes œuvres, le don de Dieu et le prix du sang de Jésus-Christ.

3° Le Sauveur nous a mérité toutes les grâces actuelles, tous les secours généraux et spéciaux qui forment comme la trame de notre vie surnaturelle et doivent nous porter au terme final. Cause universelle et très efficace, la Passion nous valait d'avance tout ce que le Rédempteur devait nous communiquer lui-même à travers les siècles ; par suite, tout ce que nous recueillons dans le temps est une application de cette divine valeur

dont l'apogée fut atteinte avec l'acte suprême du Golgotha.

C'est donc en vertu de ses mérites passés qu<3 nous recevons cette influence vitale qui descend de Jésus-Christ comme la sève va du c-ep aux sarments (1), qui est incessante, qui précède, accompagne, suit toutes nos œuvres (2).

4° Tous les autres biens gratuits dont la faute

d'Adam nous avait dépouillés, comme l'exemption de l'ignorance et de la concupiscence, l'impassibilité, l'immortalité? nous ont été mérités aussi par la Passion.

Nous avons vu, par l'Ecriture et les Pères, que la Rédemption est une délivrance complète, du péché, de la souffrance et de la mort. Le mérite du Christ, plus étendu que la faute d'Adam, nous apporte plus de bien, nous l'avons montré, que le péché nous en a ravi : nous avons plus qu'une simple réintégration dans l'état d'innocence, c'est une vraie transformation, car il nous garantit pour l'éternité une science sans lacune, une impeccabilité complète, une impassibilité et une immortalité glorieuses. Lorsque apparaîtra le Christ, noire vie, nous apparaîtrons avec lui dans la gloire indéfectible (3).

Tout cela nous est offert par ses mérites ; il en

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